Du café pour tout le monde!
Arrivée de Grande-Bretagne, cette carte a de quoi contenter bien des animaux amateurs de café… Même une curieuse fille. Serait-ce moi?
Arrivée de Grande-Bretagne, cette carte a de quoi contenter bien des animaux amateurs de café… Même une curieuse fille. Serait-ce moi?
Il n’y a rien de plus beau qu’une clé quand on ne sait pas ce qu’elle ouvre. (Maurice Maeterlinck)
*illustration de Marta Alvarez
avec une fenêtre
c’est vrai
on inaugure le monde
on a métrique
de la chouette
on a la pâte d’espace
collée sur l’os
on a remblai
et bascule
Lambert Barthélémy, Métamorphose du commun
*choix de la lectrice de Robert Froh
Ah! ce que j’aime les illustrations d’Amandine Piu! Et ce stylo Stabiloute, envoyé par Karine, a tout pour me plaire! Et pas qu’un peu!
Les libertés ne se donnent pas, elles se prennent. (Petr Alekseïevitch Kropotkine)
*toile d’Anne Abgott
Crépuscule du matin
La voix qui sous les feuilles profondes chantait là,
Cette nuit, qu’une inquiète et tendre âme exhala,
Voilant de son sourire sa frêle grâce atteinte,
S’en est allée avec cette âme qui s’est éteinte.
Son mystérieux frisson dans l’aurore a passé.
Elle parlait d’Enfance, d’Ailleurs et du Passé.
C’était une voix d’ombre : maintenant elle est morte,
Et voici que les brises amicales l’apportent
Jusqu’ici, dans ces jardins vaporeux et déserts,
Semblable au doux murmure des vagues de la mer,
Lorsqu’elle se meurt, au loin, sur le sable des plages…
Un souvenir de nuit divine qui se propage
Et qui traîne encore dans le crépuscule bleu…
Un écho des jours plus beaux et des temps plus heureux…
Pas même une chanson, mais une voix sans parole,
Qui ne parle de rien, ne sait rien, mais qui console…
Une ondulation des blés profonds et des eaux :
Le silence n’en est pas troublé, ni le repos;
À peine la perçoit-on, tant elle est peu de chose;
Elle ne pourrait pas faire trembler une rose,
Ni éveiller un oiseau. Pourtant, en cette voix
Vit tout un monde invisible, enchanté, d’autrefois;
En ce souffle léger, où se mêlent des parfums,
Respirent et soupirent des cœurs longtemps défunts,
Et d’immortels visages, adorables et calmes,
Y sourient à travers des guirlandes et des palmes.
On entend bruire en elle, éclore, et puis mourir
Les ailes et les lèvres ardentes du Désir,
Et les douces paroles, heureuses et sacrées,
Qu’en ces ténébreux bosquets l’Amour a murmurées.
Sa résonance d’or emplit encore les cieux :
Il faut prêter l’oreille à son chant mystérieux.
Le songe qui la pénètre laisse dans l’âme une ombre,
Et le bonheur, qui s’en éveille dans la pénombre,
Hésite et pâlit. Voyez : Déjà c’est l’avenir,
Les cimes éternelles commencent à bleuir,
Dans les airs doux et pâles les étoiles se fondent;
Un jour nouveau se lève dans la splendeur du monde.
Celles qui sortent, en ce voluptueux matin
Qu’emplit encore l’étrange écho du soir lointain,
Joyeuses, mais tremblantes, craintives, elles toutes,
Sur la pointe des pieds, silencieuses, l’écoutent
Immobiles, et d’un doigt sur leurs lèvres posé
Retenant leurs doux souffles, ainsi que leurs baisers,
Elles l’écoutent mourir dans les fleurs matinales,
Dans l’éblouissement de leurs âmes virginales,
Mourir, la prestigieuse et souveraine voix
Qui chante dans l’aurore pour la dernière fois
Et meurt, souriante et lasse, à leurs songes pareille,
Parmi les fleurs qui s’ouvrent, qui tremblent, qui s’éveillent.
Charles Van Lerberghe, Entrevisions
*choix de la lectrice de Max Beckmann
Dès les premières pages de Demoiselles-cactus, un sentiment d’agacement s’est emparé de moi et il ne s’est jamais éteint, voire estompé, au fil de ma lecture. Celui-ci est probablement intimement lié au personnage de Mélisse, une jeune femme qui passe ses journées à s’examiner et à tout ramener à elle, et aussi au côté fourre-tout du premier roman de l’auteure.
Problèmes alimentaires, pédophilie, sectes, drogues diverses, difficultés relationnelles, tous ces sujets sont abordés dans Demoiselles-cactus, superficiellement la plupart du temps, si bien qu’il est difficile pour le lecteur de s’attacher au personnage principal. Plus difficile encore de croire à ce qu’elle vit. Et pourtant, ce n’est pas faute d’avoir essayé de saisir l’essence du personnage, entre les ambiguïtés et les contradictions, les aberrations et les problèmes de construction.
Il ne suffit pas de mélanger divers ingrédients dont la presse aime s’emparer pour que le tout devienne un roman qui tienne la route; Clara B.-Turcotte en fait la démonstration avec Demoiselles-cactus. On sort du roman sans avoir compris où l’auteure veut en venir, d’autant plus que l’extrait du quatrième de couverture, faisant référence à une phrase qui n’arrive que dans les dernières pages, ne reflète en rien le ton et le contenu de Demoiselles-cactus.
Pourtant, Clara B.-Turcotte sait écrire et nous le prouve avec certaines phrases qui ont un fort pouvoir d’évocation. Mais cela n’a pas été suffisant pour que je m’attache à Mélisse, pour que j’accepte de la suivre dans tous les dédales de son univers fait de psys, d’une amie qui habite aux États-Unis, de parents insaisissables, d’un voisin perdu de vue avec qui elle reprend contact, et surtout d’un colocataire bizarre dont elle découvre le goût pour la pédophilie. Trop de voies empruntées, trop de détours qui ne mènent nulle part, trop de sentiments dont on ne voit que la surface des choses, trop de ce qui nous empêche de saisir le mal de vivre de Mélisse.
Nous sommes loin du magnifique roman en partie autobiographique de Valérie Valère, Le pavillon des enfants fous, publié en 1978, lequel mettait aussi en scène une jeune femme aux prises avec l’anorexie, la pointe de l’iceberg de son désir de mourir.
Pourtant, si l’auteure avait été mieux dirigée, elle aurait peut-être pu faire de Demoiselles-cactus autre chose qu’une suite de petites histoires qui s’imbriquent bien mal les unes dans les autres et dont on sort avec le sentiment d’avoir été floué. Impossible ici de ne pas reprendre la formule « Qui trop embrasse mal étreint ».
Vous l’aurez compris, à force d’en voir ici, j’aime beaucoup les cartes postales mettant de l’avant les portes et les fenêtres. Comme celle-ci, reçue du Nouveau-Mexique.
Le pouvoir de l’auteur, c’est de rendre les choses nouvelles familières et les choses familières nouvelles. (William Thackeray)
*toile de Louise Garst McBroom
L’attente
Du monde invisible et d’aurore
Où me guidaient mes anges pieux,
Qui viendra me rouvrir les yeux?
Voici le jour. Je rêve encore.
Le doux enchantement des airs
Qui passent sur les roseraies,
Dans mes prunelles azurées
Vient comme une aube au fond des mers.
Heures et choses incertaines;
Au loin, dans des bosquets de fleurs,
Me chantent mes divines sœurs,
Et j’écoute leurs voix lointaines.
Je tremble et de joie et d’effroi.
Nue, en ma chevelure blonde,
J’attends que le soleil m’inonde,
Et qu’une ombre tombe de moi.
Charles Van Lerberghe, Entrevisions
*choix de la lectrice de John Beahm