
En 2010 paraissait en anglais You comma idiot, le premier roman du Montréalais Doug Harris, dont le titre français T’es con, point, n’a rien perdu de son cynisme dans la traduction signée Éric Fontaine, parue chez Stanké en début d’année.
D’emblée, avec un tel titre, l’auteur annonce les couleurs de son roman, ce qu’il confirme sans tarder. Nous aurons affaire à un imbécile, qui n’a aucun but dans la vie, dont l’essentiel des journées consiste à traîner avec sa gang, dealer sans grande conviction, gérer un immeuble en y consacrant le moins de temps possible, en s’intéressant peu et de loin à tout ce qui gravite autour de lui. Et même si Lee est un peu con sur les bords, c’est un con sympathique auquel on s’attache dès les premières lignes. Le « tu » utilisé est sûrement pour quelque chose dans cette attraction que le lecteur subit, se sentant d’une certaine façon impliqué, comme si le narrateur en se parlant à lui-même s’adresse en même temps à lui.
L’usage du « tu » n’est pas étranger à l’attachement que le lecteur ressent pour Lee, car il permet de toucher la fibre adolescente qui traîne encore parfois en chacun de nous, même si nous avions plus d’ambition que lui et étions moins déconnectés. Cet usage permet aussi au narrateur de se regarder tout en se racontant. Autrement dit, il sait sortir du factuel de ses jours semblables en apparence pour apporter une certaine réflexion, surtout quand arrivent des événements hors du commun, comme la disparition de la petite amie de l’un qui est bien vite soupçonné du pire, ou bien quand le héros a commis l’irréparable, alors qu’il ne s’y attendait pas du tout, lui si peu intéressé par la chose, en couchant avec la blonde du beau type de la bande.
Lee a beau commettre des bavures, être tout sauf parfait, il n’arrive pas à nous agacer tant Doug Harris a su nous le rendre sympathique. Et pourtant, qui voudrait dans la vie, en dehors de la vie fictive d’un roman, d’un ami loser?
Parce que Doug Harris est un conteur, qu’il a créé des personnages qui ne sont pas si différents de ceux qu’on peut croiser rue Sherbrooke Ouest, au parc Girouard, ou autour de l’ancien cinéma Séville, où il a choisi d’installer le petit monde de Lee, T’es con, point est un formidable roman d’ambiance, où il ne passe rien d’autres que la vie avec ses hauts et ses bas, dans un tictac inéluctable qui mènera à une chute un peu prévisible, mais pour laquelle on ne peut tenir rigueur à l’auteur tant il a su nous tenir pendant près de 400 pages, sans faillir à la tâche.
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Titre pour le Défi Premier Roman 