Les vers de Nelligan 1
Je ne crois pas que j’aurai à tenter de convaincre aucune des lectrices du soir, pas plus celle de Mary Brester Hazelton que n’importe laquelle de celles qui passeront soir après soir, qu’Émile Nelligan, considéré comme le plus grand poète québécois par beaucoup, est en effet un grand, un très grand poète. Tout de suite, elle a trouvé des vers qui lui parlaient.
MON ÂME
Mon âme a la candeur d’une chose étiolée,
D’une neige de février…
Ah! retournons au seuil de l’Enfance en allée,
Viens-t-en prier…
Ma chère, joins tes doigts et pleure et rêve et prie,
Comme tu faisais autrefois
Lorsqu’en ma chambre, aux soirs, vers la Vierge fleurie
Montait ta voix.
Ah! la fatalité d’être une âme candide
En ce monde menteur, flétri, blasé, pervers,
D’avoir une âme ainsi qu’une neige aux hivers
Que jamais ne souilla la volupté sordide!
D’avoir l’âme pareille à de la mousseline
Que manie une sœur novice de couvent,
Ou comme un luth empli des musiques du vent
Qui chante et qui frémit le soir sur la colline!
D’avoir une âme douce et mystiquement tendre,
Et cependant, toujours, de tous les maux souffrir,
Dans le regret de vivre et l’effroi de mourir,
Et d’espérer, de croire… et de toujours attendre!