Travail de sape de Monique Bosco
La lectrice de Réginald Noisette a ouvert au hasard l’anthologie. Parce qu’elle sait que c’est souvent par hasard qu’on tombe sur des mots qui nous touchent. Des mots vibrants. Des mots qu’on a envie de retenir. Comme ceux de Monique Bosco :
Travail de sape
Sous mes fenêtres. La pluie se fait légère, l’eau verte comme de l’encre. Prairies de mouettes. Pâquerettes u parc des princes d’autrefois. Je retrouve les couleursque j’aime et le goût de les voir. Odeurs perdues de ma jeunesse. Rien ne change en la ville de lagunes. L’eau y accomplit, patiemment, son sourd travail de sape, effritant les vieilles pierres. Mon étrange et tenace passion des lierres et d’algues s’est enfin détachée de moi. Libre de tout lien, je marche au hasard. Peu importe si l’orage éclate. J’ai beau entendre tonner. Invincible à la foudre et au foutre, je nargue les éclairs du désir incertain.