Lali

18 décembre 2022

En vos mots 817

Filed under: Couleurs et textures,En vos mots — Lali @ 8:00

Alors que je viens à l’instant de valider les textes que vous avez déposés sur l’illustration de dimanche dernier, je vous propose cette semaine de faire vivre cette illustration de l’artiste russe Ksenia Opakova, à propos de laquelle je n’ai rien trouvé.

J’ai d’abord eu envie d’écrire à partir de celle-ci, avant de la laisser à vos soins. Question de vous me racontiez peut-être ce que vous aimeriez lire ici en inventant une histoire me mettant en scène, car je m’imagine aisément dans la peau de cette écrivaine. Pourquoi pas?

À vous de jouer. La suite vous appartient. C’est avec plaisir et curiosité que nous vous lirons dans une semaine, et pas avant, au moment de la validation en bloc des textes déposés.

D’ici là, bon dimanche et bonne semaine à tous les envosmotistes et à celles et ceux qui les lisent.


5 commentaires »

  1. Elsa était là. Debout. Avec son regard plein de questions et de tristesse. Son vieux papa était parti. Comme ça.

    « Encore hier, disait-elle, on a beaucoup ri. Il m’a parlé de toi. Et de cette chanson dont tu lui as fait écouter une dizaine de versions. Il a même chantonné quelques mots. Je pars à l’autre bout du monde, sentir le vent et les marées… Mais il ne se souvenait plus de l’auteur.

    « Il aimait tant tes coups de fil. Le gamin m’a appelé, me disait-il. Il est con. Et il rayonnait de bonheur. On aurait dit qu’il savourait avec gourmandise ce qu’il est con, qui voulait, je pense, dire je l’aime. Sauf qu’il a toujours été incapable de le dire. Peut-être à toi. Non?…

    « Je suis certaine que papa t’a dit des choses qu’il n’a jamais dites à personne d’autre. Un jour faudra qu’on parle et que tu me racontes. Vous passiez des heures au téléphone. Comme deux gamins… »

    Et moi j’écoutais Elsa parler de ce père qu’elle a si peu vu. Ce père qui l’avait tant attendue. Qui souffrait à en crever de son absence. Et je n’avais pas de mots. Surtout pas. Le vieux n’aurait pas aimé. Et puis cela me rendrait malheureux.

    Sur la table de travail, ses lunettes, une tasse de café froid, quelques livres et plus loin, une vieille carte postale de Montréal, puis, dans sa vieille machine à écrire, désormais orpheline, une page blanche légèrement poussiéreuse où on pouvait lire : Bonjour mon amour, lorsque que tu liras ces quelques lignes…

    Elsa m’a demandé tu sais qui papa traitait de mon amour?…

    Je lui ai souri. « Comment veux-tu que je sache? »

    Comment by Armando — 19 décembre 2022 @ 12:59

  2. Lali vient de rédiger les dernières lignes de son roman. Epuisée et pourtant toujours en éveil, elle essaye de mettre des mots sur les émotions qui l’animent. Immense joie, et en même temps comme un vide. Que de soirées passées à le concocter, à le peaufiner! Que de moments où partout, dans les parcs, dans les musées, dans le métro et les cafés, elle visualisait ses personnages, les regardait évoluer et voyait avec passion se développer l’intrigue.
    Elle observait les gens aussi et leur inventait des histoires. Un simple geste ou un regard devenaient l’ébauche de tout un canevas. Quelques mots surpris au fil d’une conversation se muaient bien souvent, par le truchement de son imaginaire et grâce à sa fidèle « Royal », en conversations nourries.
    Lali utilise bien sûr l’ordinateur. Mais pour son roman, elle a opté pour ce challenge d’en réaliser l’écriture sur sa chère et fidèle machine à écrire. Quelques petites réparations et un bon entretien ont permis à la compagne de sa jeunesse de toujours pouvoir assurer ses bons et loyaux services. En lui confiant cette belle tâche, c’est un hommage que Lali lui rend aujourd’hui. Et de cela aussi elle est contente.
    Maintenant, il reste à envoyer le tapuscrit à un éditeur. Douillettement enveloppée dans son châle rose préféré, elle a posé ses lunettes et trempé les lèvres dans le breuvage brûlant qu’elle s’est versé.
    Elle pense déjà à la première et à la quatrième de couverture. A la promotion du livre. Ses librairies favorites se feront sûrement un plaisir de mettre l’ouvrage en valeur et d’en organiser la présentation.
    Il est tard. Fatiguée et pourtant fiévreuse, après tout ce temps à mener à bien l’accouchement de son oeuvre, Lali se demande si elle va pouvoir trouver le sommeil en cette soirée particulière, où elle se sent partagée entre faire la fête, et se laisser glisser tout doucement dans les bras de Morphée.

    Comment by anémone — 21 décembre 2022 @ 8:33

  3. C’était la période de l’année que j’affectionnais le plus. Non parce qu’à chaque coin de rue fleurissaient des couleurs vives et festives, mélangées à une musique entraînante que je trouvais un peu racoleuse d’émotions, et que les marchand de musique disaient de Noël, mais parce que c’était la période de l’année où je me rendais chez Eloise, pour recevoir mon cadeau annuel, comme elle l’appelait.
    Et je pourrais dire, comme dans la chanson de Barry Ryan qu’Eloise était comme les étoiles qui enchantent la nuit.Elle écrivait des bouts de son histoire sur sa vieille machine à écrire, dont elle était si fière, et nous passions jusqu’à des heures tardives à les savourer comme un fruit rare.
    Il me vient le souvenir de cette année où elle m’a raconté ses prétendues aventures d’enfance dans le métro montréalais avec ses amis Samuel, Olivier,Maxime et quelques autres.
    Elle y mettait tellement de passion que je finissais par croire qu’Eloise était cette Hélène à qui Mina Levallois avait dédicacé, de sa belle écriture, son livre. Et, au lever du jour, je m’en allais, avec les quelques pages de son manuscrit, et le cœur rempli des mots joyeux et passionnés d’Eloise.
    Et c’était ses mots, mon vrai cadeau annuel. Puisqu’on s’était mis d’accord qu’on ne s’offrirait jamais des cadeaux de Noël, qu’on trouvait trop commerciaux et souvent éphémères et inutiles.

    Comment by Luis — 22 décembre 2022 @ 4:34

  4. Quand on a mon âge, on peut dire qu’on a vécu plusieurs existences. À l’opposé les unes des autres. Certaines bien remplies. Et en sachant toujours rester à ma place. Silencieuse et discrète.

    Mes premiers mots, je m’en souviens comme si c’était aujourd’hui, ont été : « Paris, 19 janvier 1954. Mon cher Antoine, je viens de lire dans Le Monde que les usines atomiques produiront en 1975 autant d’électricité que 20 millions de tonnes de charbon… » Et dire que de nos jours je n’entends parler que de pénurie d’électricité. Curieux monde.

    Lorsqu’Éric est décédé, j’ai passé quelques mois de solitude avant d’être vendue à un auteur de textes érotiques. Un certain Philippe D. J’ai connu des pages exaltantes et sans interdits. Des histoires inavouables et des nuits sans sommeil. Puis, Éric s’est lassé de moi et m’a remplacée par une plus jeune et moins bruyante. Une électrique. Arrogante et vaniteuse. Une salope.

    J’ai passé des jours tristes au fond d’un magasin d’articles de seconde main, recouverte de poussière et où l’odeur de moisi me donnait des nausées. Je mourais de tristesse et d’ennui lorsque j’ai entendu une douce voix féminine dire : « Vous voulez combien pour celle-là?…»
    – Je vous la laisse pour 30 euros, tel quel!…
    Et la voix féminine a repris : « 20?… »

    Depuis lors, cela fait un moment que j’ai perdu le compte des années, je suis chez Mme Rigaud, dans le Manitoba, et je suis heureuse. Ses doigts sont doux et légers. J’adore quand elle s’assoit face à moi et murmure On y va, ma chérie… Puis elle écrit son courrier, des poèmes, des textes pas très longs… et je sens l’odeur réconfortante d’un café chaud. D’autres fois, il me semble qu’elle est satisfaite de quatre ou cinq lettres. Et je l’entends murmurer Parfait!

    Faut que je vous dise que j’entends les gens lui dire que j’appartiens désormais à un monde à l’agonie, qui donne ses derniers soupirs. En vérité, je suis une des dernières d’une noble lignée qui a connu ses premiers émois en 1714 grâce à la folie d’un certain Henry Mill.

    Et Mme Rigaud leur répond : Peut-être, mais je l’adore!… Et je suis heureuse. Je me sens utile. Et aimée.

    Comment by Zef — 23 décembre 2022 @ 0:00

  5. « À tous ceux et celles qui tentent d’écrire et qui ne peuvent »

    Et tape, et tape,
    Et tape sur ton faire-vouloir
    Et tape, et tape
    Tu dormiras mieux plus tard …

    Des textures imagées tant qu’y’aura
    On fumera des cigarilles …

    Sous la lumière blafarde
    De ta lampe qui grésille
    À vouloir le faire, illusoire
    Dérisoire, tu babilles en coquilles
    Et fendilles des cés cédilles

    N’assiège plus les touches du farfelu
    La tanière vivante au dessous de tes doigts gourds
    Lors ne plombera plus son œuvre
    Des vinaigres aigris par la bouche fumante
    Amarante sur des vases clos

    Je vois tes lèvres pincées au feu des tempêtes
    Étreignant des journées héliocentriques
    En mains mortes étriquées
    Qui écrasent la gravité des pivoines fanées

    C’est un récit que tu crieras
    C’est une histoire que tu liras
    C’est une histoire que tu écriras
    Comme il est bon qu’elle soit écrite
    Et telle image sera-t-elle peinte ?

    Qu’il faudra se l’entendre dire
    Sur le clavier de tes chimères

    Alors sans bruit tu t’égosilles
    Aux méandres saurs de tes mots dits …

    Comment by Cavalier — 23 décembre 2022 @ 21:38

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