Lali

14 septembre 2008

En vos mots 75

Filed under: Couleurs et textures,En vos mots — Lali @ 8:00

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Il est toujours ardu de choisir une toile qui sera vôtre. C’est pourquoi je passe tant de temps dans ma galerie, à regarder un par un les tableaux qui attendent tous d’être racontés. Par vous. Par moi. Car tous cachent une histoire. Tous. Si bien que peu importe celui que je choisis en mettant de côté tous les autres, il a quelque chose à dire.

J’ose espérer que la lectrice du Catalan Ramon Casas y Carbo saura vous inspirer. Des vers, une nouvelle, une citation. Comme il vous plaira. Elle espère tant de vous. Elle voudrait tant que vous nous disiez en vos mots ce qu’elle dégage, ce qu’elle évoque.

Nous saurons dimanche prochain si elle a su provoquer en vous suffisamment d’images pour que vous ayez envie d’écrire, puisque ce n’est pas avant que seront validés vos commentaires.

D’ici là, bonne semaine à vous tous!

4 commentaires »

  1. Sophie venait de lire d’un trait le manuscrit que Gustave venait de lui envoyer. « Je veux que tu le lises avant que je l’envoie à mon éditeur, lui avait-il dit avec une insistance inhabituelle. Je crois que tu vas aimer, avait-il ajouté. C’est l’histoire de deux amants qui se retrouvent… Non, je ne te dis rien. Je préfère que tu le découvres. » C’étaient les derniers mots qu’elle avait retenus de sa dernière conversation avec lui au téléphone.

    Étrange, s’est-elle dit. Lui qui d’habitude est si peu enthousiaste à enlever la moindre virgule de ses manuscrits, était pour une fois, bien trop insistant. Si elle ne le connaissait pas si bien, elle aurait dit un adolescent excité d’aller à son premier rendez-vous galant. Oui c’est ça. Il était insistant et maladroit comme un adolescent. Mais elle lui trouvait touchant.

    Gustave avait baptisé son héros Oscar. Il savait que c’était le prénom qu’elle aimait le plus au monde. Cette attention lui a plu dès les premiers lignes. Et puis, soudain, toutes ses pensées ont fait silence. Elle a retenu son souffle quand elle a lu les sentiments qu’Oscar avait à l’égard de Marion. Ses sentiments qu’il a avoué, tremblant comme un collégien, aussitôt le diner servi dans ce restaurant où il l’avait invitée à diner.

    Elle s’est sentie émue des mots d’Oscar, doux comme une caresse d’amoureux. Sans promesses mais avec tellement de désirs avoués. Elle a frémi dès qu’elle a lu comment Oscar avait déboutonné la robe de Marion, prenant le temps de l’envahir d’une tornade de caresses à chaque fois, jusqu’à qu’elle se trouve uniquement habillée de ses baisers.

    « Maintenant je peux mourir, a dit Oscar. Maintenant que je sais ce que sont la beauté et l’amour réunis en un seul instant. » Et ils se sont aimés en savourant chaque geste, chaque caresse, chaque baiser, chaque regard, perdus dans un temps hors du temps, ou chacun n’écoutait que les battements du cœur de l’autre. C’était un amour sans peur. Doux. Câlin. Unique. Le monde n’existait pas au delà d’eux deux.

    Oscar avait pleuré aux premiers rayons de soleil. « Le jour vient pour nous séparer a-t-il dit. C’est l’heure ou tu deviendras toi et moi je deviendrai moi. Je voudrais tant m’éterniser dans tes bras, dans ce nous d’un seul amour. »

    Marion lui a caressé doucement la nuque. « Désormais nous ne serons que nous. Pour toujours. Quoi qu’il arrive. Si devais pleurer ce serait de joie. »

    Sophie, épuisée, est arrivée à la fin de ce manuscrit qu’elle avait lu dans trait. Heureuse. Émue. Ce fou de Gustave venait de mettre des mots à leurs souvenirs communs. Elle n’avait pas rêvé. Cette nuit-là avait vraiment existé.

    Sophie s’est laissée tomber lourdement en arrière.

    Dans le silence de la nuit, la lune l’a entendue murmurer à quelques reprises : Oh, je l’adore, je l’adore, je l’adore…

    Comment by Armando — 14 septembre 2008 @ 18:53

  2. À LA RENVERSE

    La voilà renversée sur le canapé vert,
    Elle a fini de lire le testament de Pierre.
    Aucun sou aucun bien ne lui revient de droit!
    Elle était sa conjointe mais pas devant la loi.

    Il lui reste le divan comme prix d’consolation,
    Une table et quatre chaises et puis quelques chaudrons.
    Vingt années sans mots dire se laissant humilier
    Par un vieux fortuné qui l’a déshéritée!

    Flairjoy

    Comment by Flairjoy — 16 septembre 2008 @ 16:50

  3. Il est passé minuit et Claire est de retour de sa soirée passée chez des amis. Des amis très ennuyeux mais obligation oblige.

    Claire a longuement hésité avant de choisir sa tenue, du blanc, du rose, du vert tilleul…Non !
    La robe noire fera très bien l’affaire surtout avec leur humeur noire et leurs sourires fades. Enfin, si je peux appeler cela des sourires se dit-elle.

    Il faut dire aussi que Claire n’a pas son visage lumineux des jours précédents. Elle vient de traverser une période très difficile.

    La soirée fut d’une tristesse sans nom. Les invités mangeaient du bout des lèvres, discutaient à peine ou chuchotaient. Aucun rire n’est venu mettre un peu d’ambiance dans cette salle à manger austère. Claire en avait la chair de poule. Un bref passage au salon pour le café et Claire s’excusa en prétextant une migraine.

    Arrivée chez elle, Claire se laisse tomber sur son canapé et a voulu relire les trois dernières lettres reçues encore plus tristes que sa soirée.

    Lettres de rupture…

    Son esprit vagabonde. Elle se pose mille et une questions. Mais pourquoi ? Que s’est-il passé ? Je ne comprends plus rien…Nous étions bien ensemble. Que la vie est difficile parfois mais en son for intérieur, Claire se dit qu’il doit bien y avoir une étoile parmi toutes les étoiles pour lui montrer le bout du tunnel. Ses pensées allaient et venaient, tournaient comme une girouette dans sa tête déjà fatiguée.

    C’est alors, que vint à son esprit le magnifique poème de « Joseph Calabro ». Des mots qui viennent caresser son cœur blessé et qui lui font tant de bien. Elle connaissait le poème par cœur mais pour s’en assurer, elle se leva pour prendre le recueil.

    Il lui faudra du temps, bien sûr pour que les cicatrices se referment mais ce poème lui a fait tant de bien. C’est exactement ce dont elle avait besoin ce soir. Elle le lira encore et encore,

    La vie continue

    Lorsque tout est fini, qu’on se retrouve seul,
    Avec un vide immense, impossible à combler,
    Il ne nous reste plus qu’à trouver un linceul,
    Pour qu’enfin notre corps s’arrête de trembler.

    A ces idées macabres il nous faut résister,
    Parce qu’une autre histoire a déjà commencé,
    Et que, sur un échec, il ne faut pas rester,
    Pour qu’un nouvel amour absorbe nos pensées.

    Certains préféreront se venger sur les autres,
    Faisant souffrir ainsi, autant qu’ils ont souffert,
    Et étouffer dans l’œuf, l’espoir qu’ils ont fait naître
    Chez ceux qui, à leur tour, ne sauront plus quoi faire.

    C’est un cercle vicieux qu’il faut vite arrêter,
    Car la situation ne fait que s’empirer ;
    Alors soyez sincères, pour ne plus rien rater
    Des bonheurs de la vie, et enfin respirer.

    Comment by Denise — 19 septembre 2008 @ 10:40

  4. On pourrait croire qu’elle est morte ! Mais elle est vivante : elle regarde au loin.
    On pourrait croire qu’elle est morte ! Mais elle est vivante : sa main droite tient le livre.
    On pourrait croire qu’elle est morte ! Mais elle est vivante : son bras gauche s’appuie sur le divan.
    On pourrait croire qu’elle est morte ! Mais elle est vivante : elle serre le coussin contre elle.
    On pourrait croire qu’elle est morte ! Mais elle est vivante : son corps s’appuie sur la pointe du pied, comme si elle allait s’envoler…
    — Comment dites-vous : « ELLE est partie… » ? Où ?
    — Ailleurs.

    Comment by Reine — 21 septembre 2008 @ 5:07

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