En vos mots 74
C’est dimanche! Et qui dit dimanche dit aussi une nouvelle toile à raconter en vos mots. Puisque vous ne vous lassez pas et moi non plus, même si les écrivains du dimanche se font rares, mais précieux. En fait, c’est comme à la messe, il n’y a pas foule sur les perrons d’église!
L’analogie était trop belle. Dans les deux cas, il s’agit de fidèles.
Tout ça pour dire qu’une nouvelle toile est à vous. Avec tout ce qu’elle pourra raconter. Tout ce qu’elle pourra susciter ou évoquer. Tout ce qui fait qu’elle prendra vie grâce à vous. À vos mots. À votre imagination. Et qu’il serait vraiment dommage que les personnages de Chris Mangum, deux lisant et une rêvant, n’aient rien à vous raconter, alors que je vous imagine déjà vous précipitant sur le clavier ou votre plume. Serait-ce moi qui possède trop d’imagination? Nous le saurons dans une semaine alors que j’accrocherai une nouvelle toile en même temps que je validerai vos écrits.
D’ici là, bon dimanche et bonne semaine!
J’irai à la messe !! La tienne ! je tiens à gagner mon Paradis… sur terre !
Comment by Reine — 7 septembre 2008 @ 8:06
Éliane faisait une pause après avoir remis à l’éditeur le manuscrit de J. Somerville. Elle avait commencé tôt le matin. Comme à son habitude, elle s’était assise là, dans la petite table à côté de la fenêtre, d’où elle pouvait voir l’immense verdure du Parc des Poètes. C’était sa place préférée.
Elle restait des heures là, à lire et à corriger les textes d’auteurs plus ou moins prometteurs. Pour tous, elle laissait un mot de remerciement, à la fin de sa lecture. C’était sa manière à elle de remercier l’auteur des heures d’évasion qu’il lui offrait. Il faut dire qu’elle adorait lire. Depuis toujours. Ce travail n’en était donc pas tout à fait un pour elle, même si c’était son travail.
C’était le énième manuscrit qu’elle lisait de J. Somerville. Elle avait lu les deux premiers et puis, le troisième avait été donné a une autre lectrice, mais il lui est revenu avec l’annotation « J. demande que ce soit vous qui le lisiez et personne d’autre. » Depuis lors, Éliane avait lu tous les manuscrits du célèbre J. Somerville, qu’elle ne connaissait que par les articles dans les journaux où il racontait les histoires de ses livres, sans jamais autoriser la publication de la moindre de ses photos. De sa vie privée personne ne savait rien. De son physique, rien. Pas la moindre photo nulle part.
Au fil des manuscrits, elle avait acquis cette sensation de le connaître si bien qu’elle avait parfois le pressentiment que leur rencontre serait un jour inévitable. Comme une attirance inexplicable. Une envie de lui dire son attachement à son écriture. Sa manière de raconter les choses, en prenant le regard du lecteur en otage.
Et lui? Aurait-il envie de la rencontrer?… Lui dont elle ne savait rien, malgré cette demande de sa part qu’elle relise après quelqu’un d’autre. Parce qu’il l’avait voulu ainsi. Lui qui ne réagissait jamais au moindre de ses mots à la fin des manuscrits. Elle ne savait même pas ce qu’il pouvait penser.
Elle était tellement perdue dans ses songes qu’elle ne s’était pas aperçue de la présence du couple qui s’était assis derrière elle. Certes, elle avait entendu des bruits des chaises, mais ils lui avaient paru tellement lointains, que cela n’avait pas mérité qu’elle mette ses divagations entre parenthèses.
Soudain, son sang s’est glacé. Une émotion forte et rapide qui vous parcourt de haut en bas de l’épine dorsale. Comme un frisson.
Elle venait d’entendre une voix chaude d’un homme lire :
« Il y a des rencontres inespérées qu’on a attendu tellement de temps que, quand elles vous arrivent, on se croit plongé dans un rêve… Vous savez, la rencontre de deux êtres est si imprévisible qu’ils peuvent s’attendre toute une vie, sans que leur regard se croise. Malgré cela, leur cœur ne bat que l’un pour l’autre. Et si un jour ils se rencontrent ils se reconnaissent, sans se dire un mot. »
C’était par ces mots-là que commençait le manuscrit qu’elle venait de lire.
Comment by Armando — 8 septembre 2008 @ 11:19
RÊVEUSE
Un rêve laissé en friche,
Un rêve interrompu,
Un rêve laissé tout nu
Pour un métier de riche.
Un rêve déchiré
Par les dents de la ville.
Un rêve si fragile
Tout comme un nouveau-né.
Un rêve abandonné
Par peur des reproches,
Tombé comme une roche
Au fond d’un puit séché.
Flairjoy
Comment by Flairjoy — 9 septembre 2008 @ 15:58
J’aime beaucoup le jeu de correspondances et de paradoxes que ce tableau illustre si bien: cette femme qui est à la fois présente et absente;ici et ailleurs ….Une scène d’intérieur ouverte sur l’extérieur ….Les deux autres personnages sont eux aussi ‘absents’du cadre qui les entoure,happés par l’univers de leur lecture ….Elle,elle se promène dans son propre monde intérieur ..On peut couvrir une telle distance même en restant sur place !!!! Merci pour ce petit bout de sérénité …..
Comment by Menou — 12 septembre 2008 @ 4:57
— Il me semble que je l’ai déjà vu quelque part…/ Je la connais… son visage me dit quelque chose…
— Pourtant, il est passé devant moi et m’a regardée sans réagir. / Curieux… quand j’ai croisé son regard, elle n’a pas bougé.
— Non, je me trompe… ce n’est pas lui ! Il était un peu rondouillard quand il était petit… Cependant… / C’est peut-être elle, mais elle avait les cheveux tout raides et une petite tête, comme une tête d’oiseau ! Pourtant…
— Il faudrait que je me retourne… que je le dévisage… Je pourrais lui demander, tout simplement./ Je la vois de dos… difficile ! Il faudrait que je me lève et repasse devant elle… Et si je lui posais carrément la question ?
— Il va me trouver complètement idiote ! Et croire que… / Elle va me trouver stupide et croire que…
— Dommage que je sois seule…/ Dommage que je ne sois pas tout seul…
— Amusant ! Nous nous étions promis que… / J’ai souvent pensé à elle, nous étions sérieux ce jour-là !
— Cette chipie d’instit. qui nous a séparés parce que nous parlions trop./ Ah, oui… elle a déménagé à la fin de l’année, son père était muté à Londres, je crois…
— S’il sort seul, je me lève… / Si elle sort, je dirai à Pat que je vais chercher mon portable dans la voiture, et je sors aussi…
Mais ils sont toujours là, sur la toile, dans la salle d’exposition. Le peintre les y a fixés pour l’éternité, à moins que vous ne continuiez à les faire vivre !
Alors, vous me direz la suite puisque vous allez, à votre tour, passer devant le tableau…
Comment by Reine — 12 septembre 2008 @ 11:53