En vos mots 717

Pour débuter la nouvelle année, je vous propose de donner vie à cette toile de l’artiste italien Giuseppe Carosi, mettant en scène un écrivain public et sa cliente.
Pour quelle raison celle-ci a-t-elle bien pu faire appel à lui? C’est ce que nous saurons dans sept jours et pas avant, car aucun texte déposé, en vers ou en prose, ne sera validé avant dimanche prochain.
Vous avez donc plus que le temps de nous raconter en vos mots ce que cette scène évoque pour vous, et de lire les textes inspirés par la scène livresque de dimanche dernier.
Que 2021 soit une année inspirante, malgré tout.
Elle avait mis beaucoup d’espoir
Dans l’aide de cet écrivain,
Pour voir plus clair dans son histoire,
Mettre des mots sur son chagrin.
Elle s’aperçut toutefois déçue
Que pour écrire ses sentiments,
Elle se trouvait bien dépourvue,
N’en ayant conscience vraiment.
Tout était confus dans sa tête,
Et l’homme manquait d’intuition.
Il se sentit un petit peu bête.
Elle digéra sa déception.
Ce fut le moteur du changement,
Elle voulut apprendre à écrire,
Et pour mieux décrire ses tourments,
Elle apprit dans son coeur à lire.
Le jour de sa première lettre,
Son bonheur fut plus grand que tout.
Enfin elle se sentit être,
Et se mit à produire beaucoup.
Outre de nombreuses missives
Naquit son intime carnet.
Puis de plus en plus expressive,
Elle rédigea un essai!
Comment by anémone — 9 janvier 2021 @ 7:37
Dans ce temps-là, il aurait été heureux de ne pas naitre femme. Elles avaient le droit de porter les enfants des hommes. Et d’en faire des hommes tout en restant dans l’ombre. À leur place. Comme on le disait si souvent.
L’histoire n’a jamais été vraiment écrite tellement elle était parsemée de rêves brisés. Des vies meurtries. Non vécues. Ou si peu.
Je sais cela de mon grand-père. Un homme austère et silencieux. Secret. Tellement secret qu’Il fallait creuser profond pour avoir l’éclat d’une confidence. Voir un mot dit, les yeux dans les yeux. Il était de ceux qui ne regardait jamais les autres dans les yeux. De crainte que ceux-ci trahissent la faiblesse de ses mots précis et savants. Comme si pour chaque chose il n’y avait qu’un mot juste. Pas un autre.
Un après-midi de silence, je lui ai avoué que j’aimerais connaître les mots aussi bien que lui. Devenir quelqu’un d’indispensable, tout comme lui, et d’être utile aux gens du village qui n’avaient jamais appris à écrire.
À ma grande surprise, mon grand-père m’a dévisagé sans prononcer un mot. Puis il m’a regardé les yeux dans les yeux. Il avait un si beau regard brun olive. Tendre. Si tendre. Et il a dit, avec la douceur de ceux qui vous aiment, les mots qui ont changé mon regard et ma vie :
Tu devrais le dire à ta grand-mère. C’est elle qui m’a appris les mots. C’est elle qui corrige toutes mes fautes.
Puis, à nouveau le silence. Ce silence qui connaît tous les secrets et tous les mots que nos mots n’ont jamais su dire.
Comment by Armando Ribeiro — 10 janvier 2021 @ 1:34