En ce premier jour de février. j’ai choisi pour vous ce tableau de l’artiste indienne Sreeja S. Nair, en espérant qu’il titillera votre imagination. Comme le veut l’habitude, aucun commentaire ne sera visible avant le prochain En vos mots.
Vous avez donc une semaine devant vous pour écrire quelques lignes. Mais prenez d’abord le temps de lire les textes déposés sur la scène livresque de dimanche dernier et de les commenter si vous le souhaitez. Et retrrouvons-nous dans sept jours pour la suite.
D’ici là, bon dimanche et bonne semaine à tous les envosmotistes et à celles et ceux qui les lisent.
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Quelle période intense! Non seulement elle vient d’élire un nouveau domicile, mais à son travail aussi on change de bâtiment. Même lors de ses nuits, toujours plutôt agitées dans cette ambiance de fièvre et de déménagement, elle voit sans cesse défiler des caisses. Sans trêve elle emballe, déballe, range, ordonne, et classe divers matériel. Des boîtes à remplir ou à vider, il en arrive continuellement de nouvelles. A peine a-t-elle fini avec une qu’il s’en présente soudain trois ou quatre autres, dans un mouvement soutenu et infernal.
Mais aujourd’hui c’est dimanche. Et oui, Nora va s’arrêter. Faire une pause. Prendre une véritable récréation bien méritée. Tous ces ouvrages sortis des cartons, bien alignés sur les étagères, l’y invitent unanimement.
Elle s’est préparé un chocolat chaud, mousseux à souhait, avec de la cannelle, du curcuma, du gingembre, dans sa grande tasse préférée. Et elle a saisi un recueil de poèmes. Aujourd’hui pendant quelques heures, elle ne fera rien. Rien d’autre que s’immerger dans les mots, les phrases. Dans leur musique, qui est d’un tel repos pour l’âme.
Lâchant toutes les tensions qui la minent depuis plusieurs semaines, voire depuis plusieurs mois, elle baigne avec délice ses lèvres dans le breuvage onctueux et sucré. Alors, tandis qu’elle découvre dans la poésie un bain de jouvence et de ressourcement inespéré, elle soupire d’aise.
L’île Ménard semblait encerclée par la rivière des Prairies, à moitié figée dans un sommeil profond, attendant le retour du printemps.
Je n’avais jamais vu de rivière qui s’en va nonchalante traînant de gros blocs de glace. Je ne sais pas pourquoi mais, pendant quelques instants, j’ai ressenti comme l’émerveillement d’un enfant qui découvre la nouveauté du monde. Comme si un nouvel ailleurs, d’un autre temps, pouvait chevaucher le temps présent.
J’ai pensé que j’aurais aimé me trouver dans cette île. Entouré d’un paisible silence. Comme si le monde était en apesanteur le temps que l’hiver fasse son devoir.
Je me souviens avoir parlé de cela, à table. M’étonner que je n’avais jamais vu une rivière à moitié transformée en un bloc de glace. Clotilde, surprise, m’a pris pour un simplet. Ses mots presque blessants disaient une sorte d’évidence. En hiver les rivières gèlent. Point.
Il ne lui est même pas venu à l’esprit que dans mon pays les rivières, même en hiver, poursuivent leur destin. Parfois même elles rejoignent la mer pour traverser l’océan et qui sait, se mélanger aux eaux de la rivière des Prairies pour connaître le repos de l’hiver. Mais ça je ne le lui ai pas dit. Je l’ai pensé. Même que je me suis vu, enfant, lancer un bateau en papier à la rivière pour qu’il s’en aille loin. Avec cet espoir d’enfant pour qui aucun rêve n’est impossible.
Puis, je n’ai plus rien rien dit. Ou presque. Je me suis aperçu que Clotilde ne connaissait rien à la poésie. Pire, elle ignorait les poètes de son pays. Et ne rien connaître à la poésie c’est passer à côté de l’étrangeté du réel, selon Maurice Blanchard.
Alors que moi je pouvais lancer quelques vers maladroits : Bois ma douce, je veux que tu sois gaie. Une libre grimace à Nelligan.
Clotilde, choquée, a dit qu’elle ne comprennait pas mon envie que ma douce devienne gay. Et confié, sans que je lui demande, qu’elle avait une amie gay.
Un ange est passé… Elle était on ne peut plus sérieuse.
Mon regard a croisé celui de Claire ; qui m’a souri d’un sourire aussi doux que complice. Un de ces rares moments où les mots n’ont pas lieu d’exister. Puisque nos silences en disent davantage.
C’est alors que m’est venue l’image de Claire, hors du temps, loin des banalités du monde, lisant tranquillement un de ses milliers de livres. Et j’ai conservé ce souvenir, comme un de ces instants presque parfaits, qui nourrissent la différence entre ceux qui lisent et les autres.