Lali

28 janvier 2006

Quand la résolution de l’énigme nous est cachée

Filed under: Sur grand écran ou sur scène — Lali @ 12:18

cache

Caché, le film de l’Autrichien Michael Haneke, laisse celui qui le voit dans un état de perplexité à l’issue de la représentation. En effet, l’issue attendue n’arrive jamais. On ne saura jamais qui a envoyé des cassettes de façon anonyme au critique littéraire Georges Laurent, interprété par un Daniel Auteuil d’une froideur à la hauteur de son personnage, intellectuel distant, sans tendresse pour personne, et encore moins de compassion, lui qui vit avec un sentiment de culpabilité depuis plus de quarante ans, sans vouloir l’admettre.

On ne saura pas non plus qui a fait des appels téléphoniques à répétition à Anne, interprétée par une Juliette Binoche pâle et vêtue de vêtements froissés, qui nous fait pitié, surtout quand on voit avec quel homme sans cœur elle vit. Pourtant, il y a drame, il y a tension quand le passé remonte jusqu’à Georges Laurent, lui qui a tenté toutes ces années de l’enterrer, de l’exclure volontairement de sa mémoire.

Par quel concours de circonstances quelqu’un a-t-il su ? Et ce quelqu’un, pourquoi se venge-t-il ainsi ? On ne saura jamais LA réponse, mais il y a là un bel étalage de possibilités. Pierrot, le fils de Georges ? Le fils de Magid, l’enfant devenu homme envers qui il a commis quelque chose d’irréparable ? Ces deux ados complices ? Voire même acoquinés avec la mère de Georges, délaissée, à qui il démontre une telle froideur qu’on en a froid dans le dos ? Quelqu’un dans l’entourage d’Anne qui aura découvert quelque chose et qui tente de fragiliser Georges, voire de l’humaniser ?

Qui est responsable de quoi ? L’enfant jaloux qu’a été Georges à 6 ans, sans comprendre ? Celui, celle ou ceux qui s’appliquent à faire ressurgir le passé ? Ou encore et toujours, Georges, impassible en quelque sorte, qui se refuse à se voir tel qu’il est ?

Qui sommes-nous, de plus, pour juger ses actes et ceux de la France de 1961 ?
Il reste une leçon à tirer de ce film. Une leçon bien simple. Il nous faudrait à tous plus de tolérance et plus de compassion, comme le suggère incidemment le Dalai Lama. Et aussi qu’il ne sert à rien de faire abstraction de nos erreurs, même les pires, elles nous hanteront toute notre vie. Il nous vaut mieux les assumer et apprendre de celles-ci.

Ceci dit, il y aura toujours une énigme irrésolue. À nous de choisir la ou les réponses.
Michael Haneke ne nous a pas menés en bateau, comme je le pensais à la sortie du film, mais bien ouvert les portes de la conscience et du questionnement. Et d’échanges, comme j’en ai rarement vus entre spectacteurs à la sortie d’une représentation.

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