Lali

21 octobre 2012

En vos mots 289

Filed under: Couleurs et textures,En vos mots — Lali @ 8:00

En ce dimanche, une nouvelle scène où les mots sont à l’honneur. Cette fois-ci épistolaire plutôt que livresque. Il ne manque que vos mots pour que la lectrice peinte par Henry Hutt nous dévoile son histoire ou celle de ces lettres qu’elle (re)lit.

À vous de nous révéler ses secrets. En vos mots. Et comme le veut l’habitude, vous avez sept jours pour le faire.

D’ici là, bon dimanche et bonne semaine à tous!

4 commentaires »

  1. En Europe, après des années d’horreur, on réapprenait à vivre en cherchant un nouveau sens et une nouvelle dimension au mot « pardon ».

    Enola Gay chantait encore son triomphe, dans tous les journaux, depuis un mois déjà.
    On savait que rien ne serait plus pareil désormais. Dans nos silences coupables, on savait que le monde venait de perdre ce qui lui restait encore d’innocence.

    Le soldat Peter avait laissé accrochés aux souvenirs de ma mère quelques mots d’amour, des baisers et la promesse de revenir. Maman y avait cru. Elle croyait toujours tout ce que Peter lui disait. Il lui arrivait de me gronder et de me dire que lorsque papa rentrerait de la guerre, elle lui dirait que je n’avais pas été très sage. Alors je finissais mon repas. À contrecœur. Mais dans l’espoir que papa, qui avait un air si chaleureux sur la photo posée sur la cheminée, serait content de moi en rentrant.

    Certaines nuits, je rêvais qu’il venait me prendre dans ses bras pour me raconter plein d’histoires merveilleuses. Et je rêvais que je m’endormais en rêvant.

    L’après-midi, maman avait sorti d’un tiroir qu’elle fermait toujours à clé, une boite dans laquelle elle gardait une liasse de lettres parfumées. Puis elle s’est assise et s’est mise à les lire. En silence. Le regard triste.

    D’une maison voisine s’envolait la voix de Dick Haymes, dans Love letters.

    J’ai compris ce jour-là, en regardant maman, que mon papa ne rentrerait jamais à la maison, et que je venais à mon tour de perdre ce qui me restait d’innocence et d’insouciance.

    Comment by Armando — 22 octobre 2012 @ 10:53

  2. LA PROF DE FRANÇAIS

    C’était une fin de semaine morne et tristounette d’un automne froid et pluvieux. Elle avait ressorti les lettres que ses élèves lui écrivaient à chaque fin d’année de leur 5e secondaire. Lettre qu’elle les obligeait à composer dans leur dernière semaine de cours et qui avait comme thème: «Lettre à mon professeur».

    Certaines d’entre elles étaient d’une drôlerie inouïe, d’autres d’une platitude absolue, quelques-unes d’une politesse obligée mais toutes comportaient d’innombrables fautes d’orthographe qui la mettaient encore en furie. C’était pourtant les seules lettres qu’elle avait reçues de toute sa vie dont une du gros Pierre qui avouait :
    « Je vous ai tant aimez » comme si le verbe « aimer » avait comme sujet le pronom
    « vous ». Non mais…quel cancre celui-là!

    Comment by Flairjoy — 25 octobre 2012 @ 6:54

  3. Depuis toujours, elles étaient rangées dans une petite boite bleue qu’elle avait depuis l’enfance, une boite en bois peint ornée d’un dessin de petit agneau sautillant dans un pré fleuri. Elle l’avait choisie pour les y déposer parce qu’elle était munie d’une toute petite serrure qu’on ouvrait et fermait avec une minuscule clé à une dent. Clé et serrures tout à fait symboliques, mais tout de même : c’était fermé aux regards indiscrets et ça avait quelque chose de rassurant.

    Les deux premières années, il avait fallu très souvent ouvrir et fermer la petite boite et à l’intérieur le petit tas grossissait. Bientôt, se dit-elle, il n’y aurait plus de place.
    Puis elle dut de moins en moins souvent ouvrir et fermer la petite boite qui finit tout de même par être bien pleine. Elle la cacha tout en haut de l’armoire de la salle de bains, derrière une pile de serviettes. Là, elle en était sûre, personne ne la chercherait jamais.
    Pendant trente ans, elle prit bien soin de la petite boite bleue. Il lui arrivait de monter sur un escabeau pour s’assurer qu’elle y était encore. Elle sortait la petite clé d’une autre cachette, ouvrait la boite bleue, palpait doucement son contenu, le sourire aux lèvres, puis la refermait et la rangeait.

    Mais un jour, ni la boite ni son contenu n’eurent plus aucune raison d’être. Elle décida qu’il fallait s’en débarrasser. Transvasa le contenu de la boite bleue dans un réceptacle moins précieux à son cœur. Pensa le brûler. Hésita. En parla à une amie. Qui fut catégorique : il fallait jeter tout ça aux oubliettes ! Elle se laissa convaincre. L’emporta chez l’amie, à plus de cinq cents kilomètres, pour s’en débarrasser le plus loin possible du lieu de leur histoire. Ne jeta rien, finalement. Rapporta le tout chez elle.

    Elle a juste jeté les rubans.

    Comment by Adrienne — 28 octobre 2012 @ 13:56

  4. Et toi, dis-moi, ô fleur des champs, petit arbre dans la prairie, que faut-il faire pour que tu m’aimes? Que faut-il chanter, petit oiseau, pour que tes trilles réveillent le monde en me disant combien tu aimes me lire, combien tu attends, chaque matin, mes lettres qui t’enchantent. Oui, dis-moi, ô fleur du Jardin secret, et bien que -méthodiquement- tu ne t’attardes ni à la fantaisie ni au passé ni à l’avenir ni au grenier ni à la boîte aux lettres, oui, que faut-il faire pour que tu te poses et te souviennes de moi ?

    Comment by Pivoine — 11 novembre 2012 @ 19:03

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