Lali

9 septembre 2007

En vos mots 22

Filed under: Couleurs et textures,En vos mots — Lali @ 8:00

kelli_r

À quoi pense-t-il? Qu’a-t-il lu? Que lira-t-il? À vous de vous laisser inspirer par le lecteur de Kelli Rabideau, alors que la catégorie En vos mots continue sa route semaine après semaine.

Pour mon plaisir. Pour le vôtre aussi, je l’espère. Car j’aime les aventures qui durent, qui, à partir d’un détail, s’inscrivent, indélébiles.

Puisse ce lecteur vous donner envie de le raconter, en vos mots. Avec liberté, en rimes ou sous forme de nouvelle, au Je ou au Il, en chanson, si le cœur vous en dit. Il n’y aura jamais de règles ici.

À dimanche prochain, pour la suite!

5 commentaires »

  1. Je vais peut-être aller les rejoindre, là-bas… Ils m’ont invité. Je les entends rire. « La fête bat son plein. » comme ils disent. Pourtant j’aimerais bien rester ici et continuer mes recherches, j’arrive enfin à l’essentiel. Il ne faut pas que je laisse échapper cette idée, ce sera mon fil conducteur. J’ordonnerai ma démonstration autour de cet axe principal, en procédant par élargissements successifs comme Pascal dans les deux infinis. Ils commencent à chanter… Restera à convaincre l’Académie, à publier les résultats le plus vite possible pour couper court à toutes les rumeurs. Une vraie découverte. S’ils savaient… Qui vient de prononcer mon nom ? On m’appelle… Je n’ai pas reconnu la voix. Je franchis la porte ou je donne un tour de clef ?
    Encore deux bouffées et je me déciderai.

    Comment by Reine — 10 septembre 2007 @ 13:49

  2. LE BIBLIOTHÉCAIRE

    Il est bibliothécaire de profession mais écrivain de passion. Encore au stade oral, il tète l’embout de sa pipe en bruyère. Son costard froissé enveloppe un cou renfrogné de lecteur maniaque. Son regard soucieux vagabonde dans un autre univers. Il n’est pas là. Il est ailleurs. Il pense à sa muse enfermée dans une chambre forte dont lui seul a la clef.

    Elle lit toute la journée, esclave d’histoires imaginaires. Son monde est infini et n’a pas de cloison. C’est une boule d’amour toute vibrante juste à la vue d’une goutte de pluie glissant le long d’un carreau craquelé. Une fleur fanée, une poire gâtée, un fil d’araignée sont pour elle Beauté. Elle vit dans une éternelle extase, hors du temps, hors de la fourmilière humaine qui exaspérerait son excessive sensibilité . Elle se complait dans la lenteur, les saveurs et les effluves de sa prison dorée.

    Ce soir,quand elle entend le déclic du loquet de sa chambre et qu’il y pénètre; elle, envoûtée dans sa dépendance affective, oublie qu’elle est l’hôte captive d’un psychopathe rêveur. Il lui apporte comme nourriture un autre roman. Et tandis qu’elle s’abreuve de chaque mot et dévore chaque ligne; lui, lissant sa barbe rousse, s’installe à sa table de travail pour écrire la dernière phrase de son oeuvre:

    « Il avait tant d’amour pour elle, qu’il lui offrit la petite clef de sa cage afin qu’elle puisse s’échapper. Elle la prit doucement sans sourire et dans un geste solennel, la mit dans sa bouche et l’avala. »

    Flairjoy

    Comment by Flairjoy — 11 septembre 2007 @ 10:35

  3. L’homme se découvre quand il se mesure avec l’objet.

    « Antoine de Saint-Exupéry »

    Comment by Denise Rossetti — 14 septembre 2007 @ 10:00

  4. Le soleil de ce début septembre semblait tout a coup tiède. Faut dire que le mois d’août avait été décevant. La pluie avait été abondante et les vacances se sont passées à l’intérieur de la maison, qui avait l’air tellement rangée qu’on se mettrait à croire qu’elle n’était pas habitée depuis longtemps. Et pourtant.

    Ari e Duna venaient de passer des vacances. Il n’y a pas un livre hors de sa place. À peine un livre avec un signet pouvait trahir une lecture en cours. Il semblait qu’aucun grain de poussière n’avait osé tomber depuis des mois. Duna adresse des recommandations constantes à l’égard d’Ari qui semble résigné dans une austérité de sentiments, qui a l’air de si bien leur convenir. Ils sont repliés sur eux-mêmes, comme pour éviter les rires qui semblent tellement la perturber. Personne ne les visite jamais.

    Dans le village, tous s’accordent à parler d’eux comme d’un couple modèle. Sans histoire. Fusionnel. Unique. D’ailleurs on les appelle les Dunari comme pour leur dire qu’ils ne forment qu’un seul.

    Cet après-midi, alors que Duna semblait si occupée par le nettoyage d’un escalier qu’ils ne montent qu’en pantoufles, Ari a eu le regard assombrit. Quelques larmes ont inondé les fenêtres sereines de ses yeux. Il a fermé son livre et est resté comme hypnotisé pendant des heures. Pipe à la main. On dirait qu’il ne fait rien d’autre de sa vie qu’attendre que le temps s’écoule. Comme si seul un chagrin humain qui le hantait depuis longtemps pouvait le consoler.

    Il s’est soudain souvenu d’un début septembre d’il y a quelques années. Un début septembre plein de promesses de vie nouvelle et de joyeux avenir. Un début septembre qui a tourmenté tous ses silences, apparemment paisibles, pendant toutes ces dernières années.

    Le visage souriant de cet amour qu’il cachait dans son cœur lui hantait le coeur et l’esprit. Il ne parlait pas. Mais il s’épuisait dans les remords d’avoir abdiqué.

    Il avait cru changer un grand amour pour une vie paisible. Il avait perdu sa vie paisible. Il ne lui restait que le souvenir de cet amour.

    Le presque parfait des objets à leur place lui donnait le dégoût de les observer. Ses objets qu’il avait cru tant aimer, l’avaient exaspéré d’être toujours à la même place, toujours propres, silencieux.

    D’ailleurs, chez lui, tout était toujours à sa place, propre et silencieux.

    Même ses pensées, obéissaient a ces règles. Sans faillir.

    Et tout à coup, il sentait naître en lui une furie. Une envie de s’en aller sans se retourner. Sans explication ni mots d’excuse. Il se rendait compte qu’il n’avait jamais habité chez lui.

    Il avait été toute sa vie un invité chez lui. Il avait tout mais rien ne lui appartenait vraiment. Même ses livres devraient être à leur place, propres et silencieux. Alors que chaque fois qu’il les lisait, cela le renvoyait à ce souvenir qu’il n’avait jamais été a sa place, qu’il était bordélique et pas silencieux de tout.

    Et puis les derniers mots de Voltaire qu’il venait de lire : « Heureux qui jouit agréablement du monde ! Plus heureux qui s’en moque et qui le fuit ! » qui le ramenaient à la certitude de sa vie bourgeoise, austère et sans aucun sens.

    Son cœur a esquissé un sourire. Il savait qu’il allait se lever pour partir, enfin, vers un espoir d’être heureux.

    Autour de lui tout avait l’air vide et sans âme.

    Comment by Armando — 15 septembre 2007 @ 2:06

  5. Un intellectuel, c’est quelqu’un qui entend le mot « pipe » et pense à Magritte.
    [Alan Patrick Herbert]

    Dieu est un petit bonhomme sans queue qui fume sa pipe au coin du feu.
    [Jacques Prévert]

    Une pipe donne à un sage le temps de penser et à un idiot quelque chose à se mettre dans la bouche.
    [Paradoxe de Trischmann]

    Comment by C. — 15 septembre 2007 @ 2:48

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