Lali

22 mai 2011

En vos mots 215

Filed under: Couleurs et textures,En vos mots — Lali @ 8:00

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C’est enfin le printemps. Jours de soleil et de fleurs qui poussent. Jours tant attendus par la lectrice du peintre Henri Lebasque qui profite de ceux-ci alors qu’elle s’est installée au pays de Lali afin que vous lui proposiez une histoire. La sienne. Celle qu’elle vous inspire. La vôtre. Une histoire vraie. Totalement inventée. Mais une histoire. C’est tout ce qu’elle attend. Une histoire écrite en vos mots. Laquelle sera validée dans sept jours et pas avant. Afin que toutes les histoires vous soient offertes d’un coup.

D’ici là, bon dimanche et profitez du beau temps… quand il ne pleut pas!

7 commentaires »

  1. Elle avait l’air aussi désuet que ses vieux chapeaux qu’on aurait dit sortis d’un monde auquel elle n’appartenait plus depuis le décès de son aimé, après une vie d’amour sans regrets et sans enfants.

    Elle avait connu les grands salons au style baroque brésiliens, vestiges du passé glorieux d’un Brésil colonial où certains soirs elle dansait, avec faste et distinction, la valse, au bras d’un chevalier de passage, qui la vouvoyait respectueusement.

    Elle se souvenait de certains soirs où un soir un officier de marine, superbement habillé de blanc et au regard aussi bleu qu’un ciel d’aurore, lui avait parlé de Vienne et des nuits où la valse s’envolait jusqu’au ciel pour faire danser les anges.

    Et elle en parlait quelquefois. En simulant quelques pas de danse. Et en souriant avec la pudeur des jeunes filles à qui l’avenir était encore promis.

    Elle avait l’air aussi désuet que ses vieux chapeaux qu’elle entretenait avec le soin qu’on accorde aux éphémérides du grand livre de la mémoire, qu’elle ouvrait quelquefois. Quand la nostalgie était trop écrasante.

    Ce chapeau-là, disait-elle, je l’avais le jour où je suis allée au mariage de Tristana, la fille d’un riche Juif, en transit pour l’Amérique, à qui elle avait donné asile pendant les années de guerre. Celui-là je l’avais lorsque j’ai rencontré Joseph Kessel au Ritz, lors d’un diner de gala. Cette nuit-là elle s’était, disait-elle, lié d’amitié avec la grande Amália, qui lui envoyait encore une carte de vœux à chaque Noël. Vœux auxquels elle répondait, bien évidemment.

    Elle avait l’air aussi désuet que ses vieux chapeaux, lorsqu’elle qu’elle m’attendait à la sortie de l’école, assisse sur ce banc silencieux où elle aimait lire de vieux auteurs, aux noms inconnus et dont personne ne semblait se souvenir.

    Et il m’arrive, au détour de quelques lignes d’un livre ancien, épuisé par la mémoire du temps, de la voir encore, souriante et veillant sur moi comme une mère, me tenant par la main et en me demandant si j’avais bien étudié à l’école, que je me dise, certains jours, que j’aurais aimé redevenir un enfant pour lui offrir un bouquet de fleurs. Sûr que cela m’aurait rendu heureux.

    Comment by Armando — 24 mai 2011 @ 23:48

  2. Voilà une semaine qu’Anne-Laure s’est installée dans sa maison du Tessin sur les hauteurs de Lugano. Quatre fois par an, elle vient se ressourcer dans ce lieu idyllique. La maison appartenait à ses grands-parents puis à ses parents malheureusement tous décédés. Lors du partage, sa sœur lui a dit de la garder puisque Véronique habite depuis plusieurs années en Australie. Elle vient de temps en temps rendre visite à sa sœur lorsque son travail le lui permet et toutes les deux sont bien heureuses de se retrouver dans ce havre de paix.

    Lorsque Anne-Laure est arrivée en taxi, il y a une semaine, elle a déposé ses valises dans le jardin et au lieu d’entrer dans la maison, elle s’est d’abord assise sur le banc, le banc de toute la famille pour sentir toutes les effluves des fleurs qui arrivaient jusqu’à elle. Elle ferma les yeux. Tous les souvenirs d’enfance avec sa sœur et leur famille étaient là dans un pli de son cœur. Des souvenirs inoubliables. Les odeurs des tartes aux fruits que sa grand-mère cuisinait avec amour. Le bon poisson pêché par son grand-père qui n’était pas peu fier. Et Véronique, la petite terrible qui jouait toujours à se cacher. Elle entend aussi les mélodies que leur maman jouait au piano. Comme la vie était agréable et sans souci se dit-elle.

    Après cette petite pause, Anne-Laure prend ses valises et ouvre la maison et à chaque retour, elle sent le parfum du jasmin qui fait partie de la maison. Son bonheur, c’est d’ouvrir les volets, de regarder la nature et entendre les oiseaux. Véronique sera heureuse de retrouver la maison pense Anne-Laure. Demain, j’entreprends les nettoyages de fond en comble et j’arroserai aussi le jardin. Il faut que tout soit beau pour le retour de ma sœur.

    Après cinq jours, la maison a été dépoussiérée, elle brille. La chambre de Véronique est prête avec des fleurs du jardin sur la petite table. Des petits sachets de lavande sont déposés par-ci, par-là pour rendre l’atmosphère encore plus agréable.

    Dans deux jours, les deux sœurs vont se retrouver. Elles auront tant de choses à se raconter. Anne-Laure est impatiente, elle se réjouit de serrer sa sœur dans ses bras et de l’embrasser.
    Nous allons bien remplir nos journées car un mois est si vite passé. Nous descendrons aussi au bord du lac comme nous le faisions avec nos parents. Maintenant, je connais un bon petit restaurant sur la rive avec une splendide terrasse sous les platanes. Nous nous laisserons vivre.

    Anne-Laure jeta encore un dernier regard dans la maison afin de s’assurer que tout était en ordre. En redescendant du premier étage, elle passe par la bibliothèque et saisit le recueil qui lui tient tant à cœur, celui que sa grand-mère tenait comme la prunelle de ses yeux. Anne-Laure se souvient comme si c’était hier. Sur le banc, elles entouraient leur grand-maman qui leur lisait le magnifique poème de Jean-Claude Brinette, la noce des oiseaux

    « Les arbres se sont habillés de couleurs pastels,
    Jonquilles, crocus ont bravé la fraîcheur du temps,
    Que déjà, les oiseaux publient leurs noces dans le ciel.
    Neiges et froidures sont parties : ” vive le Printemps ! ”

    Immense symphonie, où des millions de fleurs,
    Se mélangent en un jour, aux bourgeons de velours
    D’un coup de baguette magique : le ciel sort ses couleurs
    Pour éblouir nos yeux, il devient troubadour.

    Dans un ballet de cabrioles fantastiques
    Les oiseaux dansent, s’accouplent et préparent leur nid,
    Guidés par une force invisible et mystique,
    Leur chant monte en hommage : au Maître de Symphonie.

    Les oiseaux se sont embrassés sur les branches,
    Et des angelots coquins ont ajusté leurs flèches…
    Etrange ! tout ce que le Printemps en un jour change !

    Les arbres se sont habillés de couleurs pastels,
    Tandis que sous leurs branches les amoureux de mèche,
    Se content fleurette quand roucoulent les tourterelles. »

    Comment by Denise — 27 mai 2011 @ 15:43

  3. ESQUIVE

    Elle s’est assise face au mur
    Pour que l’aulne puisse lire par dessus son épaule
    Avec ses chuchotements de feuilles moqueurs
    Et son souffle de fraîcheur frôlant sa nuque chaude.
    Elle s’est assise face aux fleurs
    Pour oublier dans l’heure qui vient
    La terre qui craque et qui gronde,
    La rivière qui sort de son lit,
    Les oiseaux qui tombent des nids,
    Et le soleil qui se cache à l’ombre…

    Comment by Flairjoy — 28 mai 2011 @ 7:16

  4. Tsstssstsss. Tsstssstsss. Tsstssstsss.
    Mon aquarelle est bien avancée, encore une petite touche de bleu, là. Je vais attendre avant de rajouter une autre note colorée.
    Le chant des cigales a attiré Elisabeth vers l’extérieur. Le banc y est si accueillant, le soleil est haut dans le ciel.
    J’attrape le chapeau de paille bleue en accord avec mes yeux. Tant pis je garde le tablier de lin, il me protégera des rayons du soleil, mon livre de chevet sur l’exposition Monet, une tasse de thé glacé, et savourons sans scrupule ces instants.
    Tsstsss, chantent les cigales.
    Bzzzzzz butinent les abeilles.
    Sentez-vous le parfum de la lavande en fleurs ?

    Comment by LOU — 28 mai 2011 @ 17:08

  5. Ah je prendrai bien la main d’une certaine dame que j’aimais beaucoup, ma marraine, et comme Anne-Laure, je me laisserai bien vivre assise sur ce banc. Et j’aimerai tendre l’oreille aux chuchotements moqueurs des feuilles. Bisous à vous tous : lecteurs, lectrices et ou auteur(e)s…

    Comment by LOU — 29 mai 2011 @ 17:15

  6. Mon amour,

    Je t’attends dans mon atelier. Je sais que tu es en train de me lire au jardin. Je respire d’ici ton parfum, je guette déjà le chuchotement de tes jupons, le tapotement de tes petits pieds sur les dallages. J’attends avec impatience d’ôter ton chapeau, de dénouer tes cheveux, de sentir le soleil sur ta peau, de contempler tes préparatifs, lents et délicieux. Mes pinceaux sont prêts à traduire ta peau douce et rose sur la toile tendue qui vibrera joyeusement sous leurs caresses, comme toi sous les miennes, comme moi sur les tiennes. Mon amour, je t’attends. Viens.

    Henri

    Comment by joye — 29 mai 2011 @ 18:38

  7. Quel plaisir de venir lire vos textes si beaux. C’est un moment de pause qui fait tant de bien. Un moment très chaleureux 🙂
    Merci Lali d’avoir déposé cette superbe toile.
    Mes amitiés et bisous à vous tous.
    Bonne semaine 😉

    Comment by Denise — 30 mai 2011 @ 9:19

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