Lali

24 juillet 2013

Les profonds chemins

Filed under: À livres ouverts,Mes lectures belges — Lali @ 19:43

Quelle belle découverte que Les profonds chemins, le plus récent de la Belge Françoise Houdart, partie à la recherche du peintre Victor Regnart, peintre du Borinage né en 1886 et mort en 1964, professeur à l’Académie des Beaux-Arts de Mons, dont l’existence m’était totalement inconnue.

Or, dès le livre terminé, il me faut faire face à un grande tristesse. Le musée Georges Mulpas, à Élouges, où sont conservées certaines des œuvres les plus marquantes de l’artiste, est de l’autre côté de l’océan. Je ne pourrai donc combler sans attendre le désir de voir de près certains tableaux dont il est fait mention dans ce très, très beau roman qui prête voix à de nombreux protagonistes qui racontent à leur manière, leur lien ou leur unique rencontre avec Regnart.

Bâti comme un enquête, le roman est constitué d’une série de chapitres où s’entremêlent vrai, vraisemblable et vrai faux, la narratrice se glissant dans l’histoire, posant des questions, relevant des détails, révélant la passion de l’artiste pour certains sujets, ses techniques de graveur, mais surtout à quel point l’homme n’eut qu’une muse, Marie, à la fois sa cousine germaine et son épouse.

Roman-hommage, roman à tiroirs, lesquels semblent inépuisables, il invite le lecteur à emprunter les routes transversales, loin des grands boulevards de la renommée, ces routes qu’a choisies Regnart, parce qu’il aimait ce coin de pays qui l’avait vu naître et grandir, ces courettes qu’il a peintes comme nul autre, ce lieu déjà millénaire lorsqu’il commença à peindre. Et c’est accompagné par le regard vigilant de la narratrice omnisciente que le lecteur va ainsi faire connaissance avec l’homme, avec l’artiste, avec les siens. Ce Regnart méconnu qui croisera Kiki à Montparnasse, lira Radiguet, et se contentera d’être lui-même.

Un roman qui déploie l’énergie créatrice d’un artiste, dans une langue aussi poétique que picturale. Un roman remarquable.

Lu dans le cadre du Challenge « Littérature belge ».

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28 juin 2013

La baguette magique

C’est sous le nom d’Esthel que l’illustratrice belge Estelle Meens, originaire de Visé, a d’abord signé les albums qu’elle a illustrés avant de reprendre son nom et d’écrire en plus de dessiner.

Son album La baguette magique qui nous raconte l’histoire de Lili qui s’ennuie — jusqu’à ce qu’elle trouve une baguette magique sur son chemin — est empreint de douceur et n’est pas sans rappeler certains albums de Claude K. Dubois dont Estelle Meens a été l’élève. L’arrivée de cette baguette donne lieu à une petite mésaventure et sera l’occasion pour l’auteure et pour l’héroïne de nous transmettre un message sur le véritable sens de l’amitié.

Un album tout simple, tout doux. Qui fait du bien au cœur.

Lu dans le cadre du Challenge « Littérature belge ».

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18 mai 2013

Un roman à la mesure de son héroïne

Filed under: À livres ouverts,Mes lectures belges — Lali @ 20:06

Parfois, il fait bon entrer dans des univers où l’on perd pied, tant tout est presque plausible même si on fait appel bien davantage à l’imagination qu’à la réalité. C’est à un tel univers que se voit confronté tout lecteur qui ouvre Une lilliputienne de Béatrix Beck, laquelle met ici à profit son sens de la dérision et du surréalisme avec un plaisir évident. Pour ceux qui ne connaissent pas l’écriture de celle qui fut la dernière secrétaire d’André Gide, l’exercice peut s’avérer périlleux. En effet, les phrases sont souvent très courtes et les pronoms absents pour maintenir un rythme où tout déboule à la vitesse grand V et afin de mettre de l’avant une langue proche de l’oral.

Lia, le personnage central d’Une lilliputienne, est petite, très petite. Si petite qu’il lui fallait un roman à sa mesure. D’où de courtes phrases et des épisodes brefs. Et une vie loin d’être facile tous les jours. Le monde n’est pas fait pour les personnes minuscules, aussi jolies soient-elles. Lia l’a compris dès le départ, alors que sa sœur la considérait comme une poupée plus que comme une sœur de chair et de sang. Elle ne sera pas la seule. Ce qui donnera lieu à des situations parfois loufoques, parfois tristes, le plus souvent surréalistes.

Un personnage hors de l’ordinaire autour duquel gravitent d’autres personnages qui le sont tout autant, des rêves, des espoirs, de l’amour, et un grain de folie composent ce roman qui n’est que distraction. Quoique. Béatrix Beck, qui pose un regard incisif sur la société dans la plupart de ses livres, ne rate pas l’occasion de pointer du doigt non pas ceux qui sont différents mais ceux qui profitent de leur différence. Tant pis si ça fait grincer des dents. L’humour noir n’a encore tué personne. Enfin, je crois.

Lu dans le cadre du Challenge « Littérature belge ».

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16 avril 2013

Helena Vannek

Filed under: À livres ouverts,Mes lectures belges — Lali @ 19:25

C’est au Salon du livre de Montréal en novembre dernier, à l’occasion de ma courte rencontre avec l’écrivain Armel Job que je me suis offert Helena Vannek, un roman que je lorgnais depuis longtemps. D’abord publié chez Robert Laffont en 2002, le roman, qui a reçu le le Prix Rossel des jeunes et le Prix des lycéens, a été repris en 2007 par Mijade.

Il n’est donc pas étonnant que le roman d’Armel Job soit étudié en classe dans nombre d’écoles en Belgique. Et j’ose penser que ses jeunes lecteurs doivent être aussi emballés que je l’ai été. Helena Vannek est un roman qui captive dès les premières lignes alors que nous faisons connaissance avec l’héroïne qui raconte au « je » son histoire, ou du moins une partie de celle-ci, à savoir celle qui suit le décès de sa mère et qui se termine à Anvers quelques années plus tard. Helena Vannek se déroule peu avant la Seconde guerre mondiale en Flandre et met en scène une famille où le père, marchand de chevaux (comme le grand-père de l’auteur) élève de façon très stricte ses deux filles et son jeune fils, lequel était le préféré de sa mère, trop vite emportée.

C’est Helena qui raconte, autant ses joies que ses amours et ses chagrins, tout en nous dressant un admirable portrait de l’époque, des mœurs qui lui sont propres et de ce coin de pays assez reculé où chacun a les yeux braqués sur ce que les autres font, prêt à critiquer une conduite, une phrase, ou même une robe jugée un peu trop décolletée. Nous apprenons dans la deuxième partie que ce que nous venons de lire est en fait une espèce de journal écrit à la demande de son médecin par Helena, de nombreuses années après les événements qui ont conduit au décès du jeune frère de celle-ci et à sa fuite avec celui qu’elle aime qui l’a abandonnée. Un journal qui est remis au fils d’Helena lors des funérailles de sa mère, lequel, ignorant la dépression de sa mère alors qu’il avait vingt ans, se charge de découvrir ce que cachent les zones d’ombre laissés par sa mère, celle-ci n’ayant probablement jamais pensé que son fils lirait ces pages. Ce qui va entraîner ce dernier au Québec où s’est installée sa tante qui lui révélera toute la vérité. Et quel coup de théâtre que cette vérité que sa mère n’a jamais voulu s’avouer.

Helena Vannek est un roman alerte, passionnant et émouvant. Un roman qui touche tellement les lecteurs d’Armel Job qu’il a fait dire à certains : « Helena Vannek, je la connais très bien », racontait l’auteur dans le cahier spécial paru à l’occasion du Salon du livre de Montréal. En ce qui me concerne, je dirai qu’Armel Job a créé avec le personnage d’Helena Vannek un personnage universel. Helena Vannek porte en elle les traces de nombre de femmes qui ont vu leurs rêves anéantis.

Helena Vannek : une histoire, un ton, une écriture. Une réussite.

Lu dans le cadre du Challenge « Littérature belge ».

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1 avril 2013

Maya a perdu sa pantoufle

Rien ne va plus pour Maya! Juste au moment où maman l’appelle parce que c’est l’heure des crêpes, une de ses pantoufles manque à l’appel. Pas question de descendre sans celle-ci! Il faut de toute urgence retrouver la disparue.

Pour Maya, tenter de mettre la main sur sa pantoufle sera l’occasion pour elle de vaincre ses peurs et de faire appel à des personnages qu’elle préfère ignorer ou fuir d’habitude, comme le monstre de l’armoire, les moutons sous le lit, l’araignée au plafond. Que ne ferait-elle pas pour des crêpes!

Illustré avec juste ce qu’il faut de démesure pour donner aux uns un aspect terrifiant et à ceux qui font peur un aspect beaucoup moins rébarbatif, l’illustrateur Ian De Haes a su donner à l’album signé Charlotte Bellière assez de fantaisie pour donner du courage aux jeunes lecteurs qui trouveront dans la détermination de Maya de quoi contrer leurs propres peurs et les pousser à foncer! Une belle réussite!

Lu dans le cadre du Challenge « Littérature belge ».

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7 mars 2013

Alice au pays du Cancer

Il existe peu de livres destinés aux enfants sur ce sujet difficile à aborder qu’est le cancer. Ils sont pourtant nécessaires à l’heure où deux personnes sur cinq recevront au moins un diagnostic de cancer au cours de leur vie. D’autant plus nécessaires qu’il est difficile de trouver les mots justes quand il s’agit d’en parler à des enfants dont un des parents est atteint.

C’est ce qu’aborde Alice au pays du Cancer, un bel album où une petite fille se voit confrontée à la maladie, son père lui ayant annoncé que sa mère était pour le moment au pays du Cancer. Un pays qu’Alice ne connaît pas. Un pays qui n’est répertorié nulle part. Un pays mystérieux dont on ne revient pas toujours, a-t-elle appris, mais qu’elle a bien l’intention de visiter afin d’en ramener sa mère.

Mélangeant l’imaginaire (le pays du Cancer) et des données médicales justes et détaillées, Alice et le pays du Cancer ne reste pas à la surface des choses. Il y a donc beaucoup de texte. Trop? Je ne crois pas. Des spécialistes de l’association belge Cancer & Psychologie ont collaboré de près à cet ouvrage écrit par Martine Hennuy et Sophie Buyse, et illustré par la jeune illustratrice Lisbeth Renardy, originaire de Liège. Ils étaient donc à même de valider le contenu, d’éliminer certains détails, d’en ajouter d’autres, d’ajuster le niveau de langue tout en informant de façon claire l’enfant et en fournissant aux adultes (membres de la famille, professionnels de la santé, enseignants, etc.) un outil pour soutenir l’enfant touché par la maladie d’un parent (ou même d’un grand-parent).

Ce n’est pas parce que le sujet est grave qu’il faut que les livres qui y sont consacrées soient gris et démoralisants. Alice au pays du Cancer, même si c’est est un album réaliste, est coloré, voire même souriant, à l’heure où les taux de survie ne cessent de grimper.

Lu dans le cadre du Challenge « Littérature belge ».

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16 février 2013

Il n’est pas tout d’avoir de l’imagination

Filed under: À livres ouverts,Mes lectures belges — Lali @ 19:01

C’est au stand de la délégation Wallonie-Bruxelles du plus récent Salon du livre de Montréal que j’ai trouvé Un premier pour la route, le premier recueil de BM Detiège, une libraire belge installée au Québec ayant choisi de s’éditer elle-même.

Si la jeune femme a beaucoup d’imagination et le prouve par les nouvelles courtes et souvent efficaces qu’elle nous offre en faisant intervenir juste d’assez d’insolite pour suggérer que celui-ci n’est pas impossible, malheureusement, elle nous donne à lire un recueil bâclé.

Les maladresses (« Le recueil d’Eugénie Dufresne avait mis le feu aux poudres d’Alice »; « … la vieille dame garde le lit deux semaines en suivant »), les nombreuses fautes de français (au-delà des habituelles coquilles), des traits d’union où il ne devrait pas y en avoir (faits-divers, quand-même, poivre-et-sel), un éventail de presqu’ (alors que presque ne s’élide que devant île), un personnage qui porte deux prénoms dans la même nouvelle et un visible manque de relecture (« temps des fenêtres » au lieu de « temps des fêtes ») ont eu raison de ma patience.

Et pourtant, je n’ai rien contre l’autoédition. J’ai même été proche il y a un peu plus de vingt ans d’un regroupement d’auteurs qui en avait sa raison d’être, lesquels affirmant haut et fort leur choix de se publier eux-mêmes et d’assurer l’entièreté de la production de leurs livres, ce qui inclut un travail de relecture et de révision, ce qui ici a fait visiblement défaut.

Il n’est pas tout d’avoir de l’imagination. Pour s’éditer soi-même, il faut s’assurer qu’aucune étape ne soit omise au cours du processus. Or, en ce qui concerne Un premier pour la route, il est clair que la publication a été précipitée. L’ISBN est là, mais pas le nom de la maison d’édition ni les coordonnées de celle-ci.

Il n’est pas tout d’écrire. Il faut se relire, reprendre certains passages, les peaufiner. Il faut aussi considérer la possibilité que tout ce qu’on écrit ne soit pas nécessairement publiable.

Le titre était pourtant invitant. La photo sur la couverture aussi. Mais on ne fait pas un bon livre avec si peu et malgré deux très bonnes nouvelles (« Ponctualité on the rocks » et « Sans titre »).

Texte publié dans

Lu dans le cadre du Challenge « Littérature belge ».

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4 janvier 2013

À l’ombre de la fête

Filed under: À livres ouverts,Mes lectures belges — Lali @ 20:39

Marie-France Versailles a réuni six nouvelles qui mettent en scène les membres d’une même famille, avant et après une fête pour souligner les 80 ans de Louis, l’aîné, d’où le titre À l’ombre de la fête. À l’ombre, parce qu’il ne s’agit jamais de la fête à proprement parler, mais de ses préparatifs, des gens qui y seront, de ce qu’ils vivent en marge de celle-ci, toutes générations confondues.

Pour cette raison, cela donne un recueil des plus uniformes, plus proche même du roman que du recueil de nouvelles, tant chacune d’elles s’imbrique solidement dans ce « collage ». Le défi est donc remporté haut la main en ce qui concerne l’exploitation du thème. Pour ce qui en est des nouvelles proprement dites, certaines sont plus fortes que d’autres, même si l’auteure semble avoir volontairement choisi une chute assez elliptique pour chacune d’entre elles, respectant à la lettre la règle de la nouvelle voulant qu’elle dépeigne un moment précis, sans que le lecteur sache ce qui vient avant ou ce qui découlera de ce qui vient d’être relaté.

L’écriture est solide; l’auteure sait créer des images, des impressions durables ou fugaces, selon ce qu’elle cherche à exprimer. Marie-France Versailles réussit donc avec À l’ombre de la fête à créer des atmosphères en ne perdant pas de vue l’idée de fuite, de fugue, de secrets, d’ombre, puisque chacun des personnages voit le temps d’une nouvelle sa blessure étalée, son secret dévoilé.

Marie-France Versailles : une jolie découverte.

Lu dans le cadre du Challenge « Littérature belge ».

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19 novembre 2012

La cravate de Simenon

Je n’en suis pas à mon premier livre de Nicolas Ancion. De plus, je n’ai pas lu tous ses livres. Je peux donc déjà me réjouir. Je n’en ai pas fini avec cet auteur belge à l’imagination débordante, au regard sans compromis, aux personnages parfois déjantés, aux romans toujours réussis.

La cravate de Simenon, c’est encore tout ça, l’imagination débordante, le regard sans compromis. Mais aussi de la tendresse et beaucoup d’amour de la part d’un jeune adulte pour ses parents à l’heure où l’un des deux va mourir. Une cravate qui aurait appartenu à Simenon du temps qu’il pratiquait le journalisme et qui est depuis longtemps un porte-bonheur autant pour le père que pour le fils parviendra-t-elle à vaincre la bête?

Le roman, publié chez Didier dans la collection Mondes en VF, s’adresse à des lecteurs débutants, adolescents ou jeunes adultes, dont la langue maternelle n’est pas le français. Il y a donc, de façon ponctuelle, l’explication de certains mots dans les notes en bas de page. Mais cela ne nuit en rien à la lecture de qui maîtrise la langue française, même si on peut souhaiter que La cravate de Simenon paraisse dans une édition « normale ». On reprochera tout de même à l’éditeur sa négligence pour le quatrième de couverture. Alors qu’en page 10, le narrateur du livre s’appelle Baudouin, il s’appelle Leopold (sans accent) en quatrième de couverture. Un roi ou l’autre pour qui n’est pas belge, ce n’est peut-être pas grave, mais tout de même…

D’autres titres de Nicolas Ancion que je recommande : Nous sommes tous des playmobiles; Carrière solo; Écrivain cherche place concierge; Quatrième étage.

Nicolas Ancion, en ce qui me concerne, une aventure à suivre…

Lu dans le cadre du Challenge « Littérature belge ».

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8 novembre 2012

Que fait la Lune la nuit?

C’est la question que pose Anne Herbauts dans ce très bel album pour lequel j’ai eu un véritable coup de foudre. Car, si la Lune dort le jour (c’est bien connu), elle est drôlement occupée la nuit! Même qu’elle n’arrête pas une minute tant elle doit veiller à tout. Il faut bien que quelqu’un se charge de faire le silence si les gens veulent dormir. Il faut aussi quelqu’un pour dessiner des étoiles dans le ciel et déposer la rosée. Et même pour chasser les cauchemars.

Mais la Lune est là. Inépuisable. Fidèle. Plus longtemps les saisons où elle a plus de boulot. Infatigable.

Mais la Lune est là. Qui veille sur nous.

Et Anne Herbauts à qui on doit texte et illustrations sait nous parler d’elle avec tant de poésie que je vous suggère sans hésitation ce livre si vous avez un rêveur ou un futur astronaute dans votre entourage. Ni l’un ni l’autre ne regardera plus la Lune de la même façon.

Lu dans le cadre du Challenge « Littérature belge ».

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