Lali

4 novembre 2010

Bruges plus qu’une toile de fond

Filed under: À livres ouverts,Mes lectures belges — Lali @ 20:52

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Un roman dont le personnage principal n’est ni Hugues Viane, ni son épouse disparue, ni son sosie dont il s’entiche, mais une ville, tel est le roman de l’écrivain belge Georges Rodenbach (1855-1898). Une ville : Bruges. Bruges où tout est mort, où tout s’enlise, Bruges la religieuse, Bruges à la fin du XIXe siècle, où chacun sait tout sur tout le monde et où le commérage va bon train.

Bruges où s’est exilé Hugues Viane depuis son veuvage il y a cinq ans et où chaque jour il caresse du bout des doigts ce qui a appartenu à l’aimée. Bruges dont il parcourt chaque soir les rues. Bruges où le temps semblait s’être arrêté, Bruges où il n’y avait que le passé et plus d’avenir, Bruges où il s’éteignait dans la nostalgie. Bruges où, au détour d’une de ses promenades, il croisera Jane, dont tout lui rappelle ce qu’il a perdu. Tant et si bien qu’elle l’obsédera jusqu’à ce qu’il la retrouve. Non pas pour effacer le passé, mais pour le prolonger. Car à ses yeux aimer Jane n’est pas trahir dix ans d’amour ni celle qui les lui a donnés mais bien l’occasion d’aimer encore pas tout à fait la même, mais pas tout à fait une autre.

Mais Jane n’est pas celle qu’il a épousée. Et s’il en a fait sa maîtresse en l’installant dans une maison à l’autre bout de la ville, c’est justement pour ne pas qu’elle entre tout à fait dans sa vie, pour ne pas qu’elle remplace celle qu’il a perdue. Et plus il se rend compte des différences qui existent entre les deux femmes, plus il se sentira trahi. Et plus Bruges le prendra dans ses bras, lui fera comprendre son erreur d’un lieu de pèlerinage à un autre, là où il trouve refuge alors que sa vie se désagrège sous le poids des regards, celui de Jane, le sien, et de tous les autres dont il voudrait bien se cacher.

C’est Jane elle-même qui signera sa fin. Inconsciente. Dans un geste qui ne pouvait qu’en attirer un autre.

Un roman puissant qui a inspiré en 1920 au compositeur autrichien Erich Wolfgang Korngold l’opéra Die tote Stadt (La ville morte), qui connut un succès dès sa parution en feuilleton et qui fit de Georges Rodenbach le premier écrivain belge à réussir dans la capitale française, lequel vous pourrez apprendre à connaître davantage en visitant le site qui lui est consacré. Un roman marquant de la littérature belge et à juste titre considéré comme un chef-d’œuvre du symbolisme.

Lu dans le cadre du Challenge « Littérature belge ».

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6 commentaires »

  1. Quelle bonne idée tu as eu de lire ce livre, j’ai une petite liste de ces livres dont on retrouve le titre ici et là mais que l’on a jamais lu, celui ci en fait partie, j’avais lu une critique un peu négative parlant de roman ennuyeux mais en te lisant je me fais une toute autre idée c’est bien

    Comment by Dominique — 5 novembre 2010 @ 4:09

  2. Bruges est une ville médiévale qui m’a enchantée. La « Venise du Nord », si romantique avec ses canaux, ses béguinages… Alors ton superbe billet, Lali, a réveillé de beaux souvenirs et ce livre… je vais le lire, sous peu! Merci!

    Douce soirée, bisous!

    Comment by Chantal — 5 novembre 2010 @ 19:35

  3. C’est un livre merveilleux que je relis très souvent.

    Comment by Lucie Fraenkel — 5 novembre 2010 @ 18:38

  4. Si cela continue, dans quelque temps, il me faudra passer la frontière pour aller de Bruxelles à Bruges. Le bon côté des choses est qu’il y aura peut-être une belle Flamande qui va me fouiller partout partout partout…

    Comment by Pépé — 5 novembre 2010 @ 23:15

  5. A propos de frontière, quand la belle blonde suédoise habillée en policier m’a demandé : « rien à déclarer? » je lui ai répondu: « vous me plaisez beaucoup… vous êtes libre ce soir? »…

    Comment by Pépé de Cordoba — 5 novembre 2010 @ 23:20

  6. Avec une autre trame, un petit air de « Mort à Venise »!

    Comment by Anémone — 4 février 2018 @ 6:49

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