Lali

9 août 2020

Un dimanche avec Charles Cros 10

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 20:01
Malgré tout

Je sens la bonne odeur des vaches dans le pré;
Bétail, moissons, vraiment la richesse étincelle
Dans la plaine sans fin, sans fin, où de son aile
La pie a des tracés noirs sur le ciel doré.


Et puis, voici venir, belle toute à mon gré,
La fille qui ne sait rien de ce qu'on veut d'elle
Mais qui est la plus belle en la saison nouvelle
Et dont le regard clair est le plus adoré.

Malgré tous les travaux, odeurs vagues, serviles,
Loin de la mer, et loin des champs, et loin des villes
Je veux l'avoir, je veux, parmi ses cheveux lourds,

Oublier le regard absurde, absurde, infâme,
Enfin, enfin je veux me noyer dans toi, femme,
Et mourir criminel pour toujours, pour toujours!


(Charles Cros)

*toile de George Hendrik Breitner

Un dimanche avec Charles Cros 9

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 18:01
L'été

En été les lis et les roses
Jalousaient ses tons et ses poses,

La nuit, par l'odeur des tilleuls
Nous nous en sommes allés seuls.

L'odeur de son corps, sur la mousse,
Est plus enivrante et plus douce.

En revenant le long des blés,
Nous étions tous deux bien troublés.

Comme les blés que le vent frôle,
Elle ployait sur mon épaule.


(Charles Cros)

*toile de Louise Starr Canzani

Un dimanche avec Charles Cros 8

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 16:01
Je ne vous ferai pas de vers

Je ne vous ferai pas de vers,
Madame, blonde entre les blondes,
Vous réduiriez trop l'univers,
Vous seriez reine sur les mondes.

Vos yeux de saphir, grands ouverts,
Inquiètent comme les ondes
Des fleuves, des lacs et des mers
Et j'en ai des rages profondes.

Mais je suis pourtant désarmé
Par la bouche, rose de mai,
Qui parle si bien sans parole,

Et qui dit le mot sans pareil,
Fleur délicieusement folle
Éclose à Paris, au soleil.


(Charles Cros)

*toile de Sargy Mann

Un dimanche avec Charles Cros 7

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 14:01
Il y a des moments où les femmes sont fleurs

Il y a des moments où les femmes sont fleurs
On n'a pas de respect pour ces fraîches corolles...
Je suis un papillon qui fuit des choses folles,
Et c'est dans un baiser suprême que je meurs.

Mais il y a parfois de mauvaises rumeurs;
Je t'ai baisé le bec, oiseau bleu qui t'envoles,
J'ai bouché mon oreille aux funèbres paroles;
Mais, Muse, j'ai fléchi sous tes regards charmeurs.

Je paie avec mon sang véritable, je paie
Et ne recevrai pas, je le sais, de monnaie,
Et l'on me laissera mourir au pied du mur.

Ayant traversé tout, inondation, flamme,
Je ne me plaindrai pas, délicieuse femme,
Ni du passé, ni du présent, ni du futur!


(Charles Cros)

*toile de Katie Swatland

Un dimanche avec Charles Cros 6

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 12:01
Conclusion

J'ai rêvé les amours divins,
L'ivresse des bras et des vins,
L'or, l'argent, les royaumes vains,

Moi, dix-huit ans, Elle, seize ans.
Parmi les sentiers amusants
Nous irons sur nos alezans.

Il est loin le temps des aveux
Naïfs, des téméraires vœux!
Je n'ai d'argent qu'en mes cheveux.

Les âmes dont j'aurais besoin
Et les étoiles sont trop loin.
Je vais mourir saoul, dans un coin.


(Charles Cros)

*toile de Liz Gribin

Un dimanche avec Charles Cros 5

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 10:01
Caresse

Tu m'as pris jeune, simple et beau,
Joyeux de l'aurore nouvelle;
Mais tu m'as montré le tombeau
Et tu m'as mangé la cervelle.

Tu fleurais les meilleurs jasmins,
Les roses jalousaient ta joue;
Avec tes deux petites mains
Tu m'as tout inondé de boue.

Le soleil éclairait mon front,
La lune révélait ta forme;
Et loin des gloires qui seront
Je tombe dans l'abîme énorme.

Enlace-moi bien de tes bras
Que nul ne fasse ta statue
Plus près, charmante! Tu mourras
Car je te tue - et je me tue.


(Charles Cros)

*toile de Ronnie Roberta McCullough (dont toute trace a disparu)

En vos mots 696

Filed under: Couleurs et textures,En vos mots — Lali @ 8:00

Alors que je viens à l’instant de valider les textes déposés sur la scène livresque de dimanche dernier, que je vous invite d’ailleurs à lire et même à commenter si vous en avez envie, il est temps de vous proposer autre chose.

C’est sur une magnifique illustration de Julie Grugeaux (alias Julie de Terssac), que Chantal reconnaîtra puisqu’il s’agit d’une carte postale qu’elle m’a envoyée, que s’est arrêté mon choix.

La suite vous appartient désormais. Choisirez-vous la prose ou la poésie? Vous glisserez-vous dans la scène ou y installerez-vous des personnages? C’est ce que nous saurons dimanche prochain au moment de la validation des textes déposés et pas avant, comme le veut l’habitude.

D’ici là, bon dimanche et bonne semaine à tous!

Un dimanche avec Charles Cros 4

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 6:01
Berceuse 

Il y a une heure bête
Où il faut dormir.
Il y a aussi la fête
Où il faut jouir.

Mais quand tu penches la tête
Avec un soupir
Sur mon cœur, mon cœur s'arrête
Et je vais mourir...

Non ! ravi de tes mensonges,
O fille des loups,
Je m'endors noyé de songes

Entre tes genoux.
Après mon cœur que tu ronges
Que mangerons-nous?


(Charles Cros)

*toile de Shawn Zendts

Un dimanche avec Charles Cros 3

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 4:01
Avenir

Les coquelicots noirs et les bleuets fanés
Dans le foin capiteux qui réjouit l'étable,
La lettre jaunie où mon aïeul respectable
A mon aïeule fit des serments surannés,

La tabatière où mon grand-oncle a mis le nez,
Le trictrac incrusté sur la petite table
Me ravissent. Ainsi dans un temps supputable
Mes vers vous raviront, vous qui n'êtes pas nés.

Or, je suis très vivant. Le vent qui vient m'envoie
Une odeur d'aubépine en fleur et de lilas,
Le bruit de mes baisers couvre le bruit des glas.

Ô lecteurs à venir, qui vivez dans la joie
Des seize ans, des lilas et des premiers baisers,
Vos amours font jouir mes os décomposés.


(Charles Cros)

*toile de September McGee

Un dimanche avec Charles Cros 2

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 2:01
À travers la forêt des spontanéités

À travers la forêt des spontanéités,
Écartant les taillis, courant par les clairières.
Et cherchant dans l'émoi des soifs aventurières
L'oubli des paradis pour un instant quittés,

Inquiète, cheveux flottants, yeux agités,
Vous allez et cueillez des plantes singulières,
Pour parfumer l'air fade et pour cacher les pierres
De la prison terrestre où nous sommes jetés.

Et puis, quand vous avez groupé les fleurs coupées,
Vous vous ressouvenez de l'idéal lointain,
Et leur éclat, devant ce souvenir, s'éteint.

Alors l'ennui vous prend. Vos mains inoccupées
Brisent les pâles fleurs et les jettent au vent.
Et vous recommencez ainsi, le jour suivant.

(Charles Cros)

*toile d’Anatoly Shapovalov

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