Lali

15 avril 2018

L’homme noir 1

Filed under: À livres ouverts,Couleurs et textures — Lali @ 23:59

ÉBICHE (Eugène)

Le bonheur disait-il,
C’est une affaire d’agilité
Des mains et de l’esprit.
Les âmes maladroites, on le sait,
Sont malheureuses dans la vie.
Et peu importe que les gestes
Distordus, mensongers
Soient une source de tourments.
Dans les orages et les tempêtes,
Au cœur du quotidien fade et figé,
Dans les plus lourdes des pertes
Et quand la tristesse t’inonde,
Paraître simple et souriant
Est l’art le plus sublime au monde.

Sergueï Essénine, L’homme noir

*choix de la lectrice d’Eugène Ébiche

Un dimanche dadaïste 10

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 20:01

ORONSKA (Katarzyna) - 8

de la lampe d’un lys naîtra un si grand prince
que les jets d’eau agrandiront les usines
et la sangsue se transformant en arbre de maladie
je cherche la racine seigneur immobile seigneur immobile
pourquoi alors oui tu apprendras
viens en spirale vers la larme inutile

perroquet humide
cactus de lignite gonfle-toi entre les cornes de la vache noire
le perroquet creuse la tour le mannequin saint
dans le cœur il y a un enfant – une lampe
le médecin déclare qu’il ne passera pas la nuit

puis il s’en va en lignes courtes et aiguës silence formation siliceuse

quand le loup chassé se repose sur le blanc
l’élu chasse ses enfermés
montrant la flore issue de la mort qui sera cause
et le cardinal de france apparaîtra
les trois lys clarté fulgurale vertu électrique
rouge long sec peignant poissons et lettres sous la couleur
le géant le lépreux du paysage
s’immobilise entre deux villes
il a des ruisseaux cadence et les tortues des collines s’accumulent lourdement
il crache du sable pétrit ses poumons de laine s’éclaircir l’âme et le rossignol tourbillonnent dans son rire – tournesol
il veut cueillir l’arc-en-ciel mon coeur est une astérie de papier
à missouri au brésil aux antilles

si tu penses si tu es content lecteur tu deviens pour un instant transparent
ton cerveau éponge transparente
et dans cette transparence il y aura une autre transparence plus lointaine
lointaine quand un animal nouveau bleuira dans cette transparence

(Tristan Tzara)

*toile de Katarzyna Oronka

Un dimanche dadaïste 9

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 18:01

ORIMOLOYE (Daniel Gbenga)

rêves rêves
au silence de braise

pourrais-je oublier l’attente comblée
le temps ramassé sur lui-même
le jour jaillissant de chaque parole dite
le long embrasement de la durée conquise

sève sève
ma soif s’en souvient

(Tristan Tzara)

*toile de Daniel Gbenga Orimoloye

Un dimanche dadaïste 8

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 16:01

ORBAN (Dezsö)

de tes yeux aux miens le soleil s’effeuille
sur le seuil du rêve sous chaque feuille il y a un pendu
de tes rêves aux miens la parole est brève
le long de tes plis printemps l’arbre pleure sa résine
et dans la paume de la feuille je lis les lignes de sa vie

(Tristan Tzara0

*toile de Deszö Orban

Un dimanche dadaïste 7

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 14:01

NIELSEN (Poul S.) - 4

j’ai pris son goût un peu salin
et j’ai perdu ses voies secrètes
l’amour ouvert comme une tombe
tant d’hommes patients le portent en eux jusqu’à
la tombe
tant d’autres ombres
les plantes crispées et dans les herbiers tant d’autres
vies trop longues nuits
font tinter leurs rimes de délire
et tant d’autres et tant d’autres
qui saurait les lire et les redire
qui n’ont pu mourir ni vivre

(Tristan tzara)

*toile de Poul S. Nielsen

Un dimanche dadaïste 6

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 12:01

MORREN (Jane)

Magique démarche des nuits incomplètes
des nuits avalés en hâte de boissons amères avalées en hâte
nuits enfouies sous le terreux paillasson de nos lentes passions
rêves arides par de longs regards de corbeaux becquetés

salis mouillés lambeaux de nuit nous avons élevé
en nous chacun de nous une tour de couleur si hautaine
que la vue ne s’accroche plus au-delà des montagnes et des eaux
que le ciel ne se détourne plus de nos filets de pêche aux étoiles
que les nuages se couchent à nos pieds comme chiens de chasse
et que nous pouvons regarder le soleil en face jusqu’à l’oubli

et pourtant mon repos ne trouve sa raison
que dans le nid de tes bras la marée de le nuit
après l’éclat des orages criards ruisselle la mort
c’est le corps décousu d’une panoplie de la terre
qui s’égrène au collier de nos rêves d’oubli

(Tristan Tzara)

*toile de Jane Morren

Un dimanche dadaïste 5

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 10:01

MORISOT (Berthe) - 5

la mer ouvrait le poids de son abside sonore
aux souffles conquérants de l’aube
j’étais assis en marge du spectacle
attente incrustée, à la surface du monde
le vent qui inventait des pas de cadenas
rongeait la rouille du silence

(Tristan Tzara)

*toile de Berthe Morisot

En vos mots 575

Filed under: Couleurs et textures,En vos mots — Lali @ 8:00

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Il y a onze ans, jour pour jour, paraissait le premier En vos mots. Sans savoir si cette idée allait trouver preneurs et susciter l’engouement.

Il y eut des semaines fastes, d’autres moins. Mais il n’y eut jamais de toile, d’illustration ou de sculpture laissée sans mots. Si bien que cette idée qui m’a été inspirée par mon ami Armando n’a cessé de vivre grâce à vous, dimanche après dimanche. Si bien que l’aventure se poursuit encore aujourd’hui et entame sa douzième année avec une illustration de Christine Donnier, dont j’ai découvert le travail par ses cartes postales et, entre autres, ses 2 CV.

Peut-être que sa « librairie du bonheur » sera si tentante que ceux qui n’ont jamais tenté l’expérience d’écrire quelques lignes, que ce soit en vers ou en prose, s’y essaieront…

C’est ce que nous saurons dimanche prochain, au moment de la validation des textes déposés d’ici là, et pas avant. Pour le plaisir de les découvrir tous, en même temps.

D’ici là, bon dimanche et bonne semaine à tous. Et longue vie à En vos mots!

Un dimanche dadaïste 4

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 6:01

CHIASSON (Denis) - 55

je ne veux pas te quitter
mon sourire est attaché à ton corps
et le baiser de l’algue à la pierre
à l’intérieur de mon âge je porte un enfant gai et
bruyant
il n’y a que toi qui saches le faire sortir du coquillage
comme l’escargot avec de fines voix

parmi l’herbe il y a
les mains fraîches des fleurs qui se tendent vers moi
mais il n’y a que ta voix qui soit fine
comme ta main est fine comme le soir est impalpable
comme le repos

(Tristan Tzara)

*toile de Denis Chiasson

Un dimanche dadaïste 3

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 4:01

DEVILLARIO (René) - 4

l’hiver nous dévore
cigarette en poudre d’or
le bonjour de joconde
dit bonjour à tout le monde

la fatigue des animaux sonne
sur les sacs de sel et de papillons d’air et de douleur
mais la lumière carnivore
et le bonjour de joconde
il fait froid il fait froid
disent bonjour à tout le monde

on se balance les yeux ouverts sur la corde en équilibre
les yeux ouverts dansent sur la pointe des pieds
il fait froid dans la bouteille de la voix fermée
il fait froid lourd sur la route
c’est un bonjour de joconde qui siffle tout le long de la route
comme les autres autos vélos aéros motos sur la route

l’hiver nous dévore
nous les bouts d’or des cigarettes en poudre d’or
les gens distingués

(Tristan Tzara)

*toile de René Devillario

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