Lali

10 septembre 2017

En la nuit 5

Filed under: À livres ouverts,Couleurs et textures — Lali @ 23:59

TAURELLE (Bernard) - 2

Ma femme

Quand le soleil m’enchaîne
ces jours d’orange en déclin,
et que je penche vers mon ombre,
dernier recours de ma présence :
le bandeau de la peine
me serre la pupille,
et suis comme l’enfant
que le désir fuit à reculons.
Le sang doit forcer l’opacité.
le ruisseau bleu la glace.
Que de murs étrangers
entre le cœur radieux
et l’espérance rampante!
Ma femme me tient en elle,
comme elle tient la terre,
avec le bercement ferme
de la marée tenace.
Et lorsque le dernier rayon
a franchi l’autre monde,
près de l’horizon elle s’élève
en me tirant de la ténèbre.

Fernand Ouellette, En la nuit, la mer

*choix de la lectrice de Bernard Taurelle

Un dimanche avec Raymond Lévesque 10

Filed under: À livres ouverts,Couleurs et textures — Lali @ 20:01

JAVAUX (Ginette) - 2

Quand les hommes vivront d’amour…

Quand les hommes vivront d’amour
Il n’y aura plus de misère
Et commenceront les beaux jours
Mais nous, nous serons morts, mon frère.
Quand les hommes vivront d’amour
Ce sera la paix sur la terre
Les soldats seront troubadours
Mais nous, nous serons morts, mon frère.
Dans la grande chaîne de la vie
Où il fallait que nous passions
Où il fallait que nous soyons
Nous aurons eu la mauvaise partie.
Quand les hommes vivront d’amour
Il n’y aura plus de misère
Et commenceront les beaux jours
Mais nous, nous serons morts, mon frère.

Mais quand les hommes vivront d’amour
Qu’il n’y aura plus de misère
Peut-être songeront-ils un jour
À nous qui serons mort, mon frère.
Nous qui aurons aux mauvais jours
Dans la haine et puis dans la guerre
Cherché la paix, cherché l’amour
Qu’ils connaîtront alors, mon frère.
Dans la grande chaîne de la vie,
Pour qu’il y ait un meilleur temps,
Il faut toujours quelques perdants
De la sagesse ici-bas c’est le prix.
Quand les hommes vivront d’amour
Il n’y aura plus de misère
Et commenceront les beaux jours
Mais nous, nous serons morts, mon frère.

Raymond Lévesque, Quand les hommes vivront d’amour : chansons et poèmes

*toile de Ginette Javaux

Un dimanche avec Raymond Lévesque 9

Filed under: À livres ouverts,Couleurs et textures — Lali @ 18:01

JOHNSON (Eastman) - 11

Les jours

Votre seule richesse
Ce sont les jours
Ce sont les jours
Ce sont les jours.
Votre seule richesse
Ce sont les jours
Ce sont les jours
Ce sont les jours.

Si vous désirez la Lune
Vous ne verrez pas la vie
Car c’est beaucoup de soucis
Que les désirs et l’ambition,
Ne vous faites point saisir
Par ce qui peut vous détruire.

Votre seule richesse
Ce sont les jours
Ce sont les jours
Ce sont les jours.
Votre seule richesse
Ce sont les jours
Ce sont les jours
Ce sont les jours.

Quand même que vous vous feriez
Tous les soucis de la Terre
Jamais vous ne connaîtrez
Ce que vous réserve le sort,
Il vaut bien mieux apprécier
Ce que maintenant vous avez.

Votre seule richesse
Ce sont les jours
Ce sont les jours
Ce sont les jours.
Votre seule richesse
Ce sont les jours
Ce sont les jours
Ce sont les jours.
Quand demain viendra l’adieu
Alors vous vous rappellerez
Tous les beaux jours évanouis
Avec des regrets au cœur,
Si vous n’avez jamais su
Apprécier le temps perdu.

Raymond Lévesque, Quand les hommes vivront d’amour : chansons et poèmes

*toile d’Eastman Johnson

Un dimanche avec Raymond Lévesque 8

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JANZOW (Betty)

Les rêves

Les rêves sont à notre vie
Parmi nos plus fidèles amis,
Ils sont présents à chaque jour,
Vêtus de leurs plus beaux atours.
Nous font mille et une façons
Aussi sommes-nous toujours prêts
À croire à leurs belles chansons,
À succomber à leurs attraits.

Ils sont nos meilleurs compagnons
Le long des peines et des tourments
Qui accompagnent nos saisons,
Qui accompagnent tous nos ans.
Alors on s’accroche à nos rêves
Pour ne pas perdre les pédales
Et nos déceptions sont plus brèves
Avec un rêve à notre table.

Ils sont le moteur ou le vent
Qui nous font aller de l’avant,
Nous font vaincre toutes nos craintes
Et taire aussi toutes nos plaintes.
Alors en redoublant d’efforts
Nous mettons le cap sur un port
Où le bonheur est sur le quai
Et nos fatigues… fatiguées.

Un jour la vie se lèvera
Lorsqu’enfin nous aurons atteint
Cette île qui brille là-bas
Au bout d’un océan lointain,
Et que nous pourrons, ô enfin!
Nous lever heureux le matin.
Les rêves c’est la cocaïne
De ceux qui n’ont pas les moyens
De s’acheter des herbes fines
Pour oublier que tout est vain.

Raymond Lévesque, Quand les hommes vivront d’amour : chansons et poèmes

*toile de Betty Janzow (dont toute trace a disparu)

Un dimanche avec Raymond Lévesque 7

Filed under: À livres ouverts,Couleurs et textures — Lali @ 14:01

JARVIS (George)

Les passants

Nous sommes des passants
Qui passent
Chacun à sa façon.

Il y en a qui passent à côté
Et qui s’en vont le dos courbé,
Puis ceux qui passent par-dessus,
Des malins ou les parvenus.
D’autres passent par en dessous,
Des hypocrites ou des filous.
Beaucoup passent en passant,
Sans savoir pourquoi ni comment.
Certains passent tout gênés
En ayant l’air de s’excuser.
D’autres tout naïfs et tout tendres
Chercheront toujours à comprendre,
Mais ceux-là qui comprennent tout
Mettront la pagaille partout.

Nous sommes des croulants
Qui croulent
Chacun à sa façon.

Il y en a qui croulent à côté.
Qui meurent sans se confesser,
Puis ceux qui croulent au-dessus,
Tapageurs pour être entendus.
Aussi ceux qui croulent en dessous,
Qui entendraient marcher un pou.
Beaucoup croulent en passant
Et vous emmerdent en se vengeant.
Certains croulent tout gênés
Avec la peur de déranger.
D’autres tout naïfs et tout tendres
Chercheront encore à comprendre,
Mais ceux-là qui comprennent tout
Crouleront en bavant partout.

Nous sommes des « tuants »
Qui tuent
Chacun à sa façon.

Il y en a qui tuent à côté
Pour ne pas se faire remarquer,
Et d’autres qui tuent du dessus,
Dessus les passants dans la rue.
Puis ceux qui tuent par en dessous,
Terrorisés par les tabous.
Beaucoup qui tuent en passant,
Comme on va dans un restaurant.
Mais certains tuent tout gênés
Ne sachant pas où commencer.
Combien tout naïfs et tout tendres
Tueront en cherchant à comprendre?
Mais ceux-là qui comprendront tout
Feront des cadavres partout.

Nous sommes des passants
Qui passent
Chacun à sa façon.

Raymond Lévesque, Quand les hommes vivront d’amour : chansons et poèmes

*toile de George Jarvis

Un dimanche avec Raymond Lévesque 6

Filed under: À livres ouverts,Couleurs et textures — Lali @ 12:01

CHILDISH (Billy)

L’ennui de nos vingt ans

L’ennui de nos vingt ans,
C’est de ne jamais avoir
Autre chose que l’espoir
Et pas assez de concret
Pour être vraiment satisfait.
L’ennui de nos vingt ans,
C’est souvent d’être timide
Et de garder en son cœur
Les mots qui parfois décident
Du destin et du bonheur.
L’ennui de nos vingt ans,
C’est de ne jamais pouvoir
Aller au bout de son rêve
Que les années nous enlèvent.
L’ennui de nos vingt ans,
C’est de penser à demain
Que l’on désire et l’on craint
Et de n’pas voir les beaux jours
Qui sont là et nous entourent.
L’ennui de nos vingt ans,
C’est une paire de souliers
Qui nous labourent les pieds
Mais que l’on traîne une année
Pour ne pouvoir en acheter.
L’ennui de nos vingt ans,
C’est de vendre quelque chose
Qui nous tenait tant au cœur
Pour vivre au temps morose
Des souvenirs d’un vieux bonheur.
L’ennui de nos vingt ans,
C’est de ne jamais savoir
Profiter de l’expérience
Que les plus vieux nous dispensent.
L’ennui de nos vingt ans,
C’est d’attendre les années
Pour commencer d’exister
Et de ne pas avoir ce que l’on veut
Plutôt avant qu’après, mon Dieu!

Raymond Lévesque, Quand les hommes vivront d’amour : chansons et poèmes

*toile de Billy Childish

Un dimanche avec Raymond Lévesque 5

Filed under: À livres ouverts,Couleurs et textures — Lali @ 10:01

CHEVAL (Michael) - 2

Au coin de la rue

La fin du monde
Est tout près de nous,
Au coin de la rue.
Dans le commerce
Qui nous divise,
Qui fausse la vie
Pa l’âpreté du gain.

Elle est aussi dans le cœur
De ceux qui ne refuseront jamais
De prendre le fusil
Ou de jeter les bombes,
Quand on leur demandera,
Sans réfléchir,
Pour diverses convictions.

La fin du monde
Est tout près de nous.
Au coin de la rue,
Dans la trahison
De ceux-là qui
Devaient enseigner
Qu’il ne faut pas tuer.

Mais qui à travers les âges
Se sont liés à la politique,
Au pouvoir, à l’argent,
Qui avaient la mission
De changer l’humanité,
Mais qui n’ont fait
Que participer au mal.

La fin du monde
Est tout près de nous,
Au coin de la rue,
Dans le silence
Des citadins
Qui ne disent rien,
Lâches ou découragés.

Qui en ont pris leur parti,
Résignés à l’apocalypse
Qui rôde autour de nous.
Mais elle est avant tout
Dans le rôle des savants
Qui ont trahi
La science et l’humanité.

La fin du monde
Est tout près de nous,
Au coin de la rue.

Raymond Lévesque, Quand les hommes vivront d’amour : chansons et poèmes

*toile de Michael Cheval

En vos mots 544

Filed under: Couleurs et textures,En vos mots — Lali @ 8:00

WOUTERS (Rik) - 5

WOUTERS (Rik) - 9

Il y a bien une dizaine d’années que des toiles du peintre belge Rik Wouters ont croisé ma route pour la première fois. Il y en a eu d’autres depuis. Et j’ai chaque fois été séduite. Ce qui me pousse à vous offrir aujourd’hui ces scènes jumelles afin que vous les fassiez vivre en vos mots.

Faites-le sans attendre ou prenez votre temps.
Mais sachez d’avance qu’aucun texte ne sera validé avant dimanche prochain. Et prenez le temps de lire les textes déposés sur la toile de dimanche dernier afin de découvrir ce que nos envosmotistes ont imaginé pour elle.

Rendez-vous dans sept jours pour la suite!

Un dimanche avec Raymond Lévesque 4

Filed under: À livres ouverts,Couleurs et textures — Lali @ 6:01

CÉZANNE (Paul) - 7

Bozo-les-Culottes

Il flottait dans son pantalon,
De là lui venait son surnom,
Bozo-les-Culottes.
Y’avait qu’une cinquième année,
Il savait à peine compter,
Bozo-les-Culottes.
Comme il baragouinait l’anglais,
Comme gardien d’nuit il travaillait,
Bozo-les-Culottes.
Même s’il était un peu dingue,
Y’avait compris qu’y faut être bilingue,
Bozo-les-Culottes.
Un jour quelqu’un lui avait dit
Qu’on l’exploitait dans son pays,
Bozo-les-Culottes.
Que les Anglais avaient les bonnes places
Et qu’ils lui riaient en pleine face,
Bozo-les-Culottes.
Il n’a pas cherché à connaître
Le vrai fond de toute cette affaire,
Bozo-les-Culottes.
Si son élite, si son clergé,
Depuis toujours l’avaient trompé,
Bozo-les-Culottes.
Y’a volé de la dynamite
Et dans un quartier plein d’Hypocrites,
Bozo-les-Culottes!
A fait sauter un monument,
À la mémoire des conquérants,
Bozo-les-Culottes.
Tout le pays s’est réveillé
Et puis la police l’a poigné,
Bozo-les-Culottes.
On l’a vite entré en dedans,
On l’a oublié depuis ce temps,
Bozo-les-Culottes.

Mais depuis que tu t’es fâché.
Dans le pays ç’a bien changé.
Bozo-les-Culottes.
Nos politiciens à gogo
Font les braves, fond les farauds,
Bozo-les-Culottes.
Ils réclament enfin nos droits
Et puis les autres ne refusent pas,
Bozo-les-Culottes.
De peur qu’il y en ait d’autres comme toé
Qu’aient le goût de recommencer,
Bozo-les-Culottes.
Quand tu sortiras de prison,
Personne voudra savoir ton nom,
Bozo-les-Culottes.
Quand on est de la race des pionniers,
On est fait pour être oublié,
Bozo-les-Culottes.

Raymond Lévesque, Quand les hommes vivront d’amour : chansons et poèmes

*toile de Paul Cézanne

Un dimanche avec Raymond Lévesque 3

Filed under: À livres ouverts,Couleurs et textures — Lali @ 4:01

CARDENAS (Juan)

La folle jeunesse

Pourquoi fait-on que des folies en la jeunesse?
Et pourquoi pilles les joies et les bons moments?
S’il n’est trésor, dit-on, que de vivre à son aise,
Au détour il y a la rançon du tourment.

Pourquoi fidèles et sincères à nos amours?
On désire pourtant changer à chaque jour.
Et les serments dits avec des larmes aux yeux
Sont autant de mensonges mystérieux.

La jeunesse, la jeunesse,
Mais si c’est belle saison,
La jeunesse, la jeunesse,
Serait-ce une superstition?

Pourquoi faut-il goûter à toutes les faiblesses,
Et aussi manger à tous les fruits défendus,
Et même quelquefois connaître la détresse
Pour trouver la paix de l’âme et la vertu,
Pour trouver la paix de l’âme et la vertu?

Si l’on savait aux semaines qui passent,
Combien nous pèseront toutes folles amours,
Si l’on savait combien le cœur se lasse,
Au jeu de la passion en ternit le velours,
Si l’on savait qu’il ne faut pas donner
Prise au destin, à la fatalité.

Oh, comme nous serions plus sages en la jeunesse!
Oh, comme aux joies nous serions avares et prudents!
S’il n’est trésor, dit-on, que de vivre à son aise,
Au détour il y a la rançon du tourment.

Ô jeunes gens, soyez fidèles à vos amours,
Et ne jouez pas avec les cordes du cœur,
Car elles se briseront et vous resterez lourds
À toutes joies, à toutes amours et au bonheur!

La jeunesse, la jeunesse,
Mais si c’est belle saison,
La jeunesse, la jeunesse,
Y aurait-il une rançon?

Et faudrait-il goûter à toutes les faiblesses,
Et aussi manger à tous les fruits défendus,
Et même quelquefois connaître la détresse
Pour trouver la paix de l’âme et la vertu,
Pour trouver la paix de l’âme et la vertu?

Raymond Lévesque, Quand les hommes vivront d’amour : chansons et poèmes

*toile de Juan Cardenas

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