Lali

9 janvier 2013

Voix d’Argentine 2

Filed under: À livres ouverts,Couleurs et textures — Lali @ 23:59

Radar dans la tempête

Et parfois, pas toujours, guidé par le radar
le poème atterrit sur la piste, à l’aveuglette,
(dans les éclairs)
cahote sous la pluie et, réacteurs à l’arrêt, en descendent
des passagers rescapés de la mort : les mots.

Alfredo Veiravé
(extrait de Poésie argentine du XXe siècle d’Horacio Salas)

*choix de la lectrice d’Isaac Maimon

Le dernier modèle

Filed under: À livres ouverts — Lali @ 20:38

Elle a 20 ans, lui 60, au moment de leur rencontre en 1958. Celle qui fut le dernier modèle de Giacometti et qui ne s’appelait pas Caroline à la naissance se retrouve le temps d’un récit une héroïne alors qu’elle ne le fut pas du temps du vivant de celui qu’elle appelait et appelle toujours, avec beaucoup d’émotion, « ma grisaille ».

Où est le vrai, où est le faux, dans cette histoire qu’elle déploie à l’auteur, intrigué par un tableau qu’il a vu au Musée d’art moderne de Paris? Est-il besoin de le savoir alors que celle qui fut une muse est devenue une vieille dame un peu excentrique retirée à Nice? Tant pis si elle invente un peu, si elle gomme certains détails parce qu’ils sont moins beaux, si elle en enjolive d’autres pour se donner de l’importance.

Caroline n’était pas une sainte, loin de là. Giacometti non plus. Il aimait les filles de joie, elle en était une. L’histoire aurait pu durer un soir, une semaine, voire un mois. Elle dura des années. Mais c’est une histoire dont on ne connaîtra jamais les détails, l’héroïne n’ayant jamais dévoilé à Franck Maubert ce qui ne regarde personne d’autre qu’elle. On ne saura que ce qu’elle a voulu montrer et dire dans le désordre : ses canaris, les cigarettes au menthol qu’elle fume en buvant du Campari, sa rencontre avec Francis Bacon, sa visite du Louvre.

Cela donne un récit impressionniste assez décousu — mais non dénué d’intérêt — duquel le narrateur semble se détacher, ou auquel il semble de moins en moins s’intéresser à mesure qu’il partage avec nous ce qui se dégage de Caroline, ce qui enlève beaucoup au Dernier modèle, lequel a pourtant reçu le prix Renaudot Essai 2012. Je demeure donc un peu mitigée, insatisfaite du contenu, mais ravie par la forme.

Triste époque

Imaginez un réveillon du temps des fêtes assez intime (moins de dix personnes) auquel deux invités ne faisant pas partie de la famille ont été ajoutés à la dernière minute. L’un des deux a éteint la sonnerie de son téléphone cellulaire, sélectionné le mode « vibration » et rangé l’appareil dans sa poche. Assis en plein milieu du salon, l’autre n’a pas quitté son téléphone intelligent de la soirée. Pas question de rater un appel, un message texte ou un courriel. Pas question non plus de ne pas répondre.

Personne n’a osé lui dire que ça ne se faisait pas, qu’il manquait de respect envers ses hôtes et leurs invités et qu’il démontrait son manque de savoir-vivre en agissant ainsi. Même moi. Et pourtant, la langue me démangeait. Parfois, je n’ai pas envie d’être polie. De ne pas suivre les règles de bienséance. Surtout quand les gens font preuve d’un tel manque de courtoisie.

Je vais donc vous dire un secret. Je suis certaine que si j’avais sorti un livre de mon sac plutôt qu’un téléphone intelligent, j’aurais eu droit à toutes les remarques du monde. Lire un livre est sûrement bien pire que « pitonner » toute la veillée.

Voilà où nous en sommes.

Triste époque.

*toile d’Elena Drobychevskaja

Ce que mots vous inspirent 835

Filed under: Ce que mots vous inspirent,Couleurs et textures — Lali @ 8:00

Nous ne devrions jamais avoir honte de nos larmes. C’est une pluie qui disperse la poussière recouvrant nos coeurs endurcis. (Marie-Aude Murail)

*toile signée Hans Makart