Ce qui ne fait pas de bruit n’intéresse personne. (Pierre Karch)
*aquarelle de Christiane C. Wolff
Voilà que je me sens plus proche encor des choses.
Je sais quel long travail tient l’ovaire des roses,
Comment la sauterelle au creux des rochers bleus
Appelle le soleil pour caresser ses neufs
Et pourquoi l’araignée, en exprimant sa moelle,
Protège ses petits d’un boursicot de toile.
Je sais quels yeux la biche arrête sur son faon,
Tellement notre esprit s’éclaire avec l’enfant;
Je sais quels orgueils fous se cramponnent aux ventres,
Dans les nids, les sillons, les océans, les antres,
Quels sourds enfantements déchirent les terrains,
Quelles clameurs de sang s’élèvent des ravins.
Nous avons le regard des chattes en gésine
Quand le flux maternel nous gonfle la poitrine,
Quand l’embryon mutin bouge dans son étui
Comme un nouveau soleil sur qui pèse la nuit.
Nos seins lourds et féconds comme la grappe mûre
Offrent leur doux breuvage à toute la nature
Et notre obscur penchant voudrait verser son lait
À l’abeille, à la fleur, au ver, à l’agnelet.
Plaine grosse de sève et d’ardeurs printanières,
Écume salivant le désir des rivières,
Prunier croulant de miel, pesantes fenaisons,
Geste courbe et puissant des vertes frondaisons,
J’épouse la santé de votre âme charnelle
À présent que je vais forte comme Cybèle,
Que je suis le figuier qui pousse ses figons,
Qu’ayant connu l’essor hésitant du bourgeon
Et déployé la fleur où la guêpe vient boire,
Je m’achemine au fruit dans l’ampleur de sa gloire.
Le monde n’a plus rien de trop profond pour moi,
J’ai démêlé le sens des heures et des mois,
Et ma main qui s’arrête aux fentes des murailles
Sent dans le flanc du roc palpiter des entrailles.
Je n’aurais pas voulu, desséchant sur mon pied,
Être l’arbre stérile au tronc atrophié
Où l’abeille maçonne aurait creusé sa chambre,
Où quelque cep noueux gonflant sa grappe d’ambre
Aurait mis sur ma branche un air pâlot d’été
Sans que je participe à sa divinité.
Comme la riche nuit entre ses légers voiles
Voit dans son tablier affluer les étoiles,
Comme le long ruisseau abondant de poissons,
Je brasse en épis drus les humaines moissons.
Hommes, vous êtes tous mes fils, hommes, vous êtes
La chair que j’ai pétrie autour de vos squelettes.
Je sais les plis secrets de vos cœurs, votre front
Cherche pour y dormir mon auguste giron,
Et ma main pour flatter vos douleurs éternelles
Contient tous les nectars des sources maternelles.
Cécile Sauvage, Œuvres complètes
*choix de la lectrice de Christian Rohlfs
Quand Alice se lève, ce matin-là, elle ne sait pas encore que Jules est mort. Elle le saura tout à l’heure quand les choses seront presque comme d’habitude, mais pas tout à fait. Le café sera prêt, oui, mais Jules ne sera pas à sa place habituelle, mais assis au salon, devant la fenêtre, comme s’il regardait danser les flocons. Mais son regard est vide, c’est là que la mort l’a trouvé.
Et maintenant, que faut-il faire? Appeler un médecin pour qu’il constate le décès? Son fils? Alice n’a pas envie de rien de cela, elle a encore trop de choses à dire à Jules qui ne lui en a pas laissé le temps. Plus tard sera bien assez tôt pour celle qui vient de voir sa vie basculer alors qu’elle avait toujours cru qu’elle partirait la première.
Une journée avec Monsieur Jules n’est pas une journée ordinaire. C’est sa dernière journée. Et Alice a bien intention d’en profiter, de se faire à la mort de Jules petit à petit. Mais il y a David qui va venir tout à l’heure, David, enfant autiste qui s’est attaché à Jules et à leurs habitudes, une partie d’échecs quotidienne, à 10 heures 30, précisément, pas plus tôt, pas plus tard.
D’un sujet grave, Diane Broeckhoven n’a pas fait un livre léger, mais un livre qui n’est pas lourd, un livre plein de tendresse, un livre sur la complicité de deux êtres tout aussi démunis l’un que l’autre qui ont choisi de vivre cette dernière journée sous le sceau d’un secret qu’ils vont partager. Juste eux. Personne d’autre. Demain, on verra.
S’il fallait un seul qualificatif pour parler de ce livre émouvant, je choisirais la délicatesse. Un art qui n’est pas donné à tous, mais que maîtrise à la perfection Diane Broeckhoven, Anversoise de naissance, qui a publié une trentaine de livres, mais dont Une journée avec Monsieur Jules est le premier traduit en français. Espérons que ça ne sera pas le seul.
Lu dans le cadre du Challenge « Littérature belge ».
Je ne sais pas… mais je vais m’appliquer quand j’aurai fait mon choix, ça c’est certain! À moins que je ne propose mes services pour la révision de leurs documents? Non, non, j’aurais bien trop peur d’être mise en place!
Pour donner un peu de couleur au blanc qui a envahi nos parterres, rien de mieux que des roses Paul Gauguin photographiées par Chantal il y a quelques mois, pas vrai?
Un bon capitaine transforme l’Atlantique en Méditerranée; un mauvais capitaine transforme la Méditerranée en Atlantique. (Amin Maalouf)
*toile de William Frederick Witherington
Que je repose en toi, mon beau logis d’amour,
Dans la nuit de ton cœur sur mon être scellée.
Tu seras mon tombeau. Oubliant les détours,
Ombre, je vais descendre, en ton ombre effacée.
Tu seras mon tombeau. Enfin je vais dormir,
Prise dans le linceul que me fera ton âme,
Goûtant, morte sacrée, au sein du souvenir,
L’amour intérieur que ma vie réclame.
Grave, mon cœur descend en ton cœur qui m’enserre,
Me voile, me chérit, me recueille à jamais,
Et, bleu soleil dont le baiser perce la terre,
Ton œil étincelant luit sur mes yeux fermés.
Cécile Sauvage, Œuvres complètes
*choix de la lectrice de Gladys Roldan-de-Moras
Les illustrations de Rébecca Dautremer sont magnifiques. Il faut dire que l’illustratrice est une valeur sûre et qu’elle a su faire sa marque au fil des ans au point qu’il arrive qu’on retienne plus souvent son nom que ceux des auteurs avec lesquels elle collabore. Et peut-être sera-ce le cas de Taï-Marc Le Thanh, son mari, à qui elle a demandé d’écrire ce conte à partir la légende russe de Babayaga.
Le résultat n’est pas un mauvais livre. Au contraire. Il est correctement écrit. Formidablement illustré. Mais je ne suis pas certaine d’avoir envie d’offrir un livre qui raconte l’appétit incommensurable d’une ogresse mangeuse d’enfants préparés à toutes les sauces : tartes aux mouflets, rôtis de mêmes aux citrons confits, boudins de mioches aux olives, etc. Pas sûre du tout. À moins que vous ne teniez absolument à ce que votre neveu, l’as des coups pendables, fasse des cauchemars. À vous de voir.
Certaines personnes ont besoin de Mozart pour vivre, notamment mon amie Lucie et ma sœur. Moi, c’est Chopin qu’il me faut pour être heureuse. Et comme ce n’est pas nécessairement la tasse de thé de mes collègues, je profite amplement de mes vacances pour écouter Louis Lortie interpréter Chopin en boucle. Et parce que je ne m’en lasse pas, voici le Nocturne no, 19 en mi mineur, Opus 72, No.1.
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Fait avec amour (❤️) par WHC
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