Lali

19 avril 2008

Le recueil 1

Filed under: À livres ouverts,Couleurs et textures — Lali @ 23:59

derain 2

Est-ce le hasard qui lui a fait choisir ce livre plutôt qu’un autre? Est-ce le titre? Ou bien l’intuition? La curiosité? Le poème lu pour lequel elle a eu le coup de foudre? La lectrice peinte par André Derain n’est pas en mesure de dire laquelle de ces raisons a guidé son choix, ni pourquoi elle est partie avec Épeler le jour de Rosa Alice Branco sous le bras. Elle sait seulement que pendant quelques jours, juste avant minuit, elle lira un des textes et qu’elle laissera le recueil ouvert ici. Pour que les mots touchent autre qu’elle.

Je regarde par la fenêtre et ne vois pas la mer.
Les mouettes volent ça et là et l’herbe sèche sur l’étendoir.
Le lendemain très tôt, la mer n’est pas encore arrivée. Sont arrivés le pain, le feu et le journal. La salive avec laquelle je vais te dire bonjour.
Les mots sont les premiers à venir. Ce qui en reste adoucit le papier. Du pain chaud, le sommeil d’hier et les rêves d’aujourd’hui. Le jour se préapre, les pas du va-et-vient. J’approche de plus en plus. Tu me regardes comme si tu savais ce que plus tard je dois savoir.

Le seul rêve qu’elle rêve

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 21:03

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Toujours ensemble, ta main toujours assez proche pour être prise; comme j’ai besoin de ta présence, comme je suis abandonnée sans elle, depuis que je te connais! ta présence est, crois-moi, le seul rêve que je rêve, il n’en est pas d’autre! [ Kafka, Franz ]

Elle savait bien qu’elle avait copié cette phrase un jour. Il y a très longtemps. Immensément longtemps. Les yeux rêveurs. En se disant qu’elle ne serait jamais en mesure de dire ces mots à quiconque, parce que personne ne prendrait jamais sa main.

Mais elle n’avait jamais oublié la phrase. Elle ne l’avait qu’un peu déformée.

Et maintenant que la main existe, la lectrice d’Anne Bernhardi ne voulait qu’une chose : retouver les mots. Bien disposés. Intacts. Justes. Et les transcrire de sa main pour les glisser dans la main de celui qui serre désormais la sienne.

Il le faudra?

Filed under: États d'âme,Couleurs et textures — Lali @ 19:44

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Un jour, avant que j’aie l’âge de la lectrice d’Arnaldo Scaccaglia, il faudra bien que j’arrête de croire que j’écris autre chose que des anecdotes, que je sais prendre des photos et que je connais quelque chose à la musique ou à la peinture.

Il le faudra? Et pourquoi ne pourrais-je pas me bercer d’illusions pendant des années encore? Pourquoi? Pour le moment, je n’en aucune envie de cesser de rêver.

Anecdotes de libraire 9

Filed under: Anecdotes de libraire,Couleurs et textures — Lali @ 9:06

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On dira ce qu’on voudra. Un lecteur du samedi n’est pas un lecteur de semaine. Il fait son arrêt à la librairie hebdomadairement. À la fin de l’avant-midi s’il est lève-tôt, mais bien plus souvent l’après-midi, quand il aura épluché les critiques des journaux. Il arrivera avec l’article soigneusement découpé. Il ira de rayon en rayon pour trouver le titre lui-même. Mais ce qui le différencie du lecteur de semaine, c’est qu’il a le temps. Ou qu’il le prend. De flâner, de se laisser guider par le hasard d’un titre, de discuter. Jamais, me semble-t-il, n’ai-je vu des gens qui ne se connaissaient pas discuter bouquins entre eux parce qu’ils auront capté des bribes de conversation.

J’aimais les samedis à la librairie. J’aimais la clientèle particulière du samedi. J’aimais regarder ceux qui s’attardaient. Comme dans les toiles de Gerard Boersma.

Il contemple le lac

Filed under: Vos traces — Lali @ 8:00

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Il contemple le lac. Peut-être est-ce sa première fois.

Or, les premières fois de toutes laissent toujours des traces. Un premier baiser. Une ville qui s’étale sous nos yeux pour la première fois. Le premier sourire de l’amour. La première fois qu’on voit la mer.

Il contemple le lac. Sous le regard de Denise, attendrie.

Le livre qui raconte les pays

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 3:02

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Elle s’est éveillée au beau milieu de la nuit. Peut-être parce que les fenêtres grandes ouvertes de la veille n’avaient pas été fermées et que l’air frais s’était glissé entre les draps. Elle s’est éveillée et elle a cherché ce livre qui la fait tant rêver. Ce livre qu’elle sort parfois et qui raconte tous ces pays où elle voudrait aller. Ce live qu’elle aime visiter sans savoir où il va la mener. Et le hasard aura peut-être emporté la lectrice de Boris Karafelov dans un pays de couleurs et de lumière où on souhaiterait pour elle qu’elle se réveille dans quelques heures.