Lali

4 février 2008

Comblée

Filed under: À livres ouverts,Couleurs et textures — Lali @ 22:50

conor_f

Elle a ouvert Jardins d’éclats de Thérèse Renaud et la lectrice de Conor Fleck n’a lu et relu que le premier poème. Elle n’a pas eu à tourner les pages. Elle était comblée.

ËTRE – LIBRE

Partir
Franchir la limite imposée
dans une fraîcheur retrouvée

Serait-ce un pays inconnu?
Un visage?
Un regard échangé?

Partir, se perdre dans le consentement
Frénésie à réinventer
légèreté de l’être
sans contrainte, sans attache
Conquérir une liberté injustement entamée
(aliénation millénaire des femmes)
S’éloigner, habiter l’évasion…

De fil en aiguille

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 22:36

dominic_f

Et de fil en aiguille, du livre qu’on consulte pour retrouver une phrase à celui auquel il mène, laissant ouverts ceux qui dictent le chemin, la lectrice de Dominic Fasso n’a pas vu le temps passer, n’a rien vu de sa soirée. Mais je crois qu’elle a trouvé le livre qu’elle ne cherchait pas et qui savait, lui, qu’il y aurait une histoire d’amour entre eux deux.

La femme de Louis-Joseph

Filed under: Couleurs et textures,Vraiment pas sérieux — Lali @ 20:11

d_hals

Louis-Joseph, qui pour tout expliquer répétait ad nauseam « Ça ne prend pas la tête à Papineau » , s’est-il jamais demandé ce que son auguste et digne épouse que tout le monde dans le quartier appelait Madame Ragnagna, pouvait bien faire de ses après-midi? Trop pris à peaufiner son ego ou à diriger à la baguette son usine, il est fort possible qu’il n’ait jamais remarqué que Madame Ragnagna se travestissait pour aller voir ce qui se passait ailleurs.

Vêtue des atours que lui conférait son titre de catholique émérite, tout droit sortie d’une toile de Dirck Hals, elle allait fureter dans les beaux quartiers question de voir comment avait bien pu réussir le paria dont on avait brisé les carreaux et démoli la cheminée. La rumeur, en effet, voulait qu’il se soit installé ailleurs, dans une maison aux volets bleus où chacun pouvait venir.

Et c’était vrai. Le paria vivait bien dans cette maison dont on lui avait parlée. Ce que Madame Ragnagna s’était fait un plaisir de raconter. Un plaisir? Disons plutôt qu’elle avait ajouté ce devoir à ceux de l’office dominical et au chapelet du quatorze heures.

Oui, tout cela est vrai. La rapporteuse de service avait fait son enquête. Le boiteux l’avait su. Celui qui lui faisait le joli cœur aussi. Tout comme la diseuse de bonne aventure et le banquier. Voire mère la Mère Michel.

Il n’en est qu’un qui ne sut jamais vraiment. Ou qui fit semblant de ne jamais savoir. L’histoire ne le dit pas. Elle dit seulement que Louis-Joseph peaufinait son ego pendant que Madame Ragnagna notait tout de la vie du paria. Qui n’était pas aveugle, malgré la rumeur.

Peu importe ce que sera sa vie

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 19:13

gpdb

Elle relit la dédicace pour la vingtième fois. Le livre ne peut être que beau quand il est dédié « à celle qui a écrit à même ma peau le mot bonheur, pour lui en donner ne serait-ce qu’un peu ».

Et la lectrice de Guy Pène Du Bois se met à rêver et à imaginer à quoi pouvait ressembler celle à qui on a écrit de si belles choses. Que lui est-il arrivé pour qu’un jour ce livre auquel elle tenait sûrement se retrouve dans une boutique de livres d’occasion? A-t-on bazardé sa bibliothèque pour quelques dollars après sa mort? S’est-elle débarrassée du livre parce que celui qui a écrit ces quelques lignes a un jour disparu? L’a-t-elle oublié quelque part? L’a-t-elle légué à une nièce qui n’a pas eu le même attachement qu’elle avait pour le livre? Ou le livre ne s’est-il jamais rendu à sa destinataire, celui qui avait écrit ces quelques mots n’osant pas le lui donner?

La lectrice ne sait qu’une chose. Peu importe ce que sera sa vie, elle conservera le livre en souvenir de cette dédicace qu’elle aurait voulue pour elle.

Pas ailleurs

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 8:22

kk

Il y avait longtemps que la lectrice de Leon (dit Kamir) Kaufmann n’avait ouvert les recueils de Rina Lasnier, longtemps qu’elle n’avait parcouru quelques pages d’une des plus grandes poètes du Québec. Et ses yeux se sont arrêtés ici. Pas ailleurs. Tout ce qu’elle avait envie de dire tout haut ce matin était là. Pas ailleurs.

L’ombre des yeux

Comme l’ombre tombée aux cercles d’eau
Dénudée de l’arbre et de l’oiseau,
Quand mes yeux nus dans tes yeux s’éteindront
J’épandrai en toi un amour sans nom…

En attendant d’autres mains

Filed under: Couleurs et textures,Petits plaisirs — Lali @ 7:20

ghaderi

J’adore les vieux livres et les boutiques de livres d’occasion, à un tel point que je me demande pourquoi toutes les années où j’ai été libraire, je n’ai plutôt été au pays des livres qui avaient vécu plutôt qu’au pays des livres neufs. C’est à se demander… Vraiment.

Et je suis choyée, parce que Montréal est une ville où de telles libraires pullulent. On peut facilement passer des après-midi entiers à sillonner l’avenue du Mont-Royal ou la rue Saint-Denis, à la recherche de quelque trésor oublié. Quelque part trônant, ouvert, comme celui peint par Farigh Ghaderi, ou dissimulé, attendant son heure pour revivre à nouveau dans d’autres lieux, dans d’autres mains.

J’aime aussi, quand je fréquente ces librairies, regarder les gens qui les fréquentent. J’ai toujours vu chez eux beaucoup plus de nonchalance, de patience, de curiosité, que chez les clients de librairies de livres neufs. On ne fréquente pas ces lieux pour trouver le livre à la mode, mais plutôt ce qu’on pensait ne jamais trouver.

Rarement sont-ils pressés. Demandez à Armando qui aime s’y attarder, il vous racontera sûrement sa passion pour ces endroits. Il n’est pas le seul. Il y a dans ces endroits bien plus que des gens cherchant à faire des aubaines. Il y a souvent dans ces lieux, quelquefois mal rangés et poussérieux, plus de gens que dans ces grandes surfaces interchangeables. Il y a dans ces lieux de véritables amoureux des livres, libraires comme bibliophiles.