Lali

29 janvier 2008

La lectrice qui n’oubliait rien

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 21:26

hoette

Et peut-être qu’un jour quelqu’un se souviendra de la lectrice de Dick Hoette qu’on appelait « la fille aux livres », parfois gentiment, souvent sarcastiquement. Car il y avait chez elle quelque chose qui dérangeait et qui n’était pas le fait qu’elle lise nuit et jour. C’était cette capacité qu’elle avait de tout retenir. Pas juste les titres, les auteurs, les histoires. Elle poussait même le jeu jusqu’à tout mémoriser. Et des trucs anodins comme qui lui avait offert le livre, dans quelle librairie elle l’avait acheté, et même quel article avait orienté son choix, la rendaient dangereuse. Le plus fieffé des menteurs n’aurait jamais gagné contre une mémoire aussi inébranlable. Et comme les menteurs font légion, ils avaient laissé derrière eux celle qui se souvenait de tout et qui pourrait leur rappeler des phrases ou des situations qu’ils auraient préféré modifier ou embellir.

Mais peut-être y a-t-il parmi eux un ou deux qui se demandent parfois ce qu’est devenue la lectrice qui n’oubliait rien.

La lectrice et sa mise en scène

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 18:51

mk2

mk1

Elle se fait sa petite mise en scène, déplace le livre comme elle le ferait d’un acteur. Pour trouver là où sa voix porte le mieux. Là où il fera sens. Là où elle sera le seul public des mots qu’elle lira à haute voix.

Elle s’amuse. Et je crois que le livre de la lectrice de Matthew Krishanu aussi.

Une chanson venue de très loin

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 18:30

michael_m

La lectrice de Michael Mao a une fois de plus cédé à la fatigue et s’est enveloppée de sommeil, livre à la main. Comme ça lui arrive presque tous les soirs. Et comme chaque fois, il la réveillera par un baiser et elle dira « Je me suis encore endormie »? Et il sourira.

Et cette scène qui lui est si familière fait monter ce soir les mots d’une chanson à ses lèvres, les mots d’Aragon chantés par Ferrat venus de très loin, dont il ne se rappelle que le début :

Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre
Que serais-je sans toi qu’un cœur au bois dormant
Que cette heure arrêtée au cadran de la montre
Que serais-je sans toi que ce balbutiement

J’ai tout appris de toi sur les choses humaines
Et j’ai vu désormais le monde à ta façon
J’ai tout appris de toi comme on boit aux fontaines
Comme on lit dans le ciel les étoiles lointaines
Comme au passant qui chante on reprend sa chanson
J’ai tout appris de toi jusqu’au sens du frisson

Et il a envie de la laisser encore un peu dans ses rêves.

Les lecteurs entassés

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 18:12

randy_c

Ils s’entassent dans des autobus engloutissant et déglutissant des passagers à chaque arrêt. Ils se pressent d’entrer dans les wagons surchauffés et bondés de la ligne verte ou orange. S’ils ont un peu de place, les lecteurs de Randy Catoe peuvent déplier un journal.

Ils rentrent après une dure journée de labeur. Certains sont attendus les bras ouverts. D’autres, un peu moins, mais il y a chez eux le confort des habitudes qui rassure. D’autres ne sont plus attendus depuis des lunes, et d’autres encore ne l’ont jamais été. Il en va ainsi des lecteurs qui traversent la ville d’est en ouest, un soir d’hiver, le journal ouvert sur des nouvelles qui n’en sont plus. Ailleurs, on prépare déjà la prochaine édition.

La beauté est partout où ils sont

Filed under: Signé Lilas,Vos traces — Lali @ 8:01

106

123

Le bonheur est dans le ravissement procuré par la beauté. Celle que Denise et Armando et ici Géraldine, savent trouver au détour d’une route, là où personne ne regarde plus, tous trop pressés d’aller de A à Z sur des chemins sans détour. Mais pas eux, mais pas elle. La beauté est partout où ils sont et surtout, et avant tout, dans leur cœur et leur sens du mot amitié.

Leurs jeux

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 7:55

jl1

Elle tracera quelques mots sur le papier choisi avec soin. Puis elle pliera la feuille et la glissera dans l’enveloppe. Comme chaque matin. Et l’écrivaine de Johnnie Liliedahl la déposera pour qu’il la trouve. Elle ne sait pas encore où. Ça fait partie de leurs jeux.

La plume inutile

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 7:25

pp2

Il y a en elle tous ces mots, toutes ces histoires, toutes ces images, tant de mots, tant d’histoires, tant d’images. Tant qu’elle ne sait que choisir dans le matin tremblant alors que le soleil s’est déployé dans un ciel de feu dont elle aurait voulu garder la trace ailleurs que dans sa mémoire. L’écrivaine de Phung Pham voudrait savoir raconter les ciels flamboyants, elle qui aime tant se plonger en eux. Elle aimerait tant pouvoir dire combien ils réchauffent le corps et le cœur. Combien l’horizon qui s’embrase sous son regard a la douceur d’une caresse. Mais la plume reste là, presque inutile.