Lali

26 janvier 2008

Pour qu’il ne la laisse jamais partir

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 21:45

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Elle s’installerait dans le fauteuil. On ne l’entendrait même pas tourner les pages. Elle ferait tout sans bruit. Pour ne pas déranger. Pour ne pas troubler l’ordre des choses. Pour n’être que la lectrice de Bela Czobel dans son décor à lui. Une lectrice qui s’animerait parfois sous ses doigts.

Elle s’installerait dans le fauteuil. Pour être toujours là. Pour qu’il ne la laisse jamais partir.

Toutes les trois

Filed under: États d'âme,Couleurs et textures — Lali @ 18:10

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Nous avions quinze ans. Des trois, j’étais celle qui lisait alors que les deux autres pensaient à leur chevelure et aux garçons. Elles pensent d’ailleurs encore à leurs cheveux et elles ont trouvé LE garçon. Et je n’ai pas cessé de lire. Ni d’écrire.

Peut-être sommes-nous toutes les trois figées à jamais dans une toile d’Anita Klein?

Les samedis d’Hortense

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 17:26

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Chaque samedi, et ce depuis quelques mois, Hattie entraîne Hortense dans un café et lui fait la lecture. Pas n’importe quelle lecture. Hattie a décrété qu’elle était écrivaine et qu’elle allait être reconnue internationalement. Et d’après ce qu’elle a lu sur les auteurs en vogue, il faut faire lire ses textes ou les lire à haute voix à autrui pour les tester. N’ayant pas encore une foule d’adminrateurs à ses trousses, la futur grande écrivaine d’Isaac Maimon a élu sa meilleure amie public attitré, de telle sorte que tous les samedis, elle lui lit des pages de son work in progress qui sera le roman du XXIe siècle. Elle est absolutely convaincue. D’ailleurs, elle le fera traduire. Aussi bien le faîre paraître dans la langue de John Grisham pour s’assurer un tirage à la hauteur des ventes escomptées.

Hortense l’écoute.

Hortense a bon cœur et elle n’est pas une briseuse de rêves. Mais elle sait bien que son amie n’a pas un talent à la hauteur de son ambition. Mais est-ce quelque chose qu’on dit? Et puis, Hattie, qui ne souriait plus, semble si heureuse… Aussi bien laisser l’infâme tâche aux éditeurs. Ils sont habitués, eux. Et même, ils ont des lettres toutes faites pour ça. Pas elle.

Presque pareils

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 15:14

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Ils sont si pareils, tellements pareils. Ils réagissent de même manière face à l’injustice ou à la bêtise, s’inquiètent pour ceux qu’ils aiment et se sentent tristes si l’autre est blessé. Pareils, si pareils que l’humeur de l’un est l’humeur de l’autre.

Tellement pareils qu’il dit parfois « nous sommes siamois ».

Mais elle sait bien, la lectrice de John Everett Millais, que quand il est inquiet, fatigué, frustré ou chagriné, qu’elle ne pourra, alors que lui sait si bien le faire, tourner la situation autrement et lui tirer un sourire.

Encore une fois s’y applique-t-elle. Mais les quelques maximes humoristiques n’ont pas l’effet escompté. Peut-être la prochaine?

Les samedis d’autrefois

Filed under: États d'âme,Couleurs et textures — Lali @ 10:58

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Je me souviens de samedis d’autrefois alors que j’habitais sur le Plateau Mont-Royal. Je me souviens de l’animation du quartier, de mon panier bleu pour faire les courses, de mon arrêt pour prendre un café en ouvrant le journal offert gracieusement. Je me souviens du bonheur de ce temps-là. Du bistro où je retourne parfois. Où j’ai emmené quelques amis chers à mon cœur. Je me souviens de ces samedis d’autrefois en regardant la lectrice de Peter Collins avec nostalgie.

Où a-t-elle bien pu passer?

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 10:34

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Voilà bien une heure qu’on cherche la petite lectrice de Ron Ogle dans tous les recoins de l’immense bibliothèque. En chuchotant, parce que ce n’est pas le lieu pour crier Vanessa! Vanessa! Avec inquiétude, aussi. Où a-t-elle bien pu passer?

Quel soulagement de la trouver assise avec un livre sur les genoux, fascinée par le cercle des couleurs. Oui, quel soulagement. Inconsciente de la peur qu’elle a provoquée, elle dira, enchantée, les yeux écarquillés : Regardez ce que j’ai trouvé!

Et on ne pourra que sourire.

Le bougon

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 7:44

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À l’écouter, ils avaient tout leur temps. Pas d’urgence. L’épouse et la fille du lecteur de Vasily Surikov ne se pressaient donc pas. Une s’était même changée trois fois. Une autre cherchait un ruban pour ses cheveux. Il avait dit qu’elles avaient le temps, elles le prenaient donc.

Elles avaient juste oublié qu’elles l’avaient jusqu’à ce qu’il dise qu’ils partaient. Sans délai. Bien entendu qu’elles n’étaient pas prêtes.

Alors, pour les faire se hâter, il enfilait son manteau et ronchonnait en lisant son journal. Il n’aimait pas attendre, mais vraiment pas. On se demande dans de telles conditions pourquoi il ne fixe pas d’heure de départ… À moins qu’il aime bien faire le bougon?

Mon carnet

Filed under: États d'âme,Couleurs et textures — Lali @ 7:29

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Je sortirai mon carnet, comme en a un le personnage de Zulia Gotay de Anderson. J’y trouverai des phrases jetées en cours de semaine, quelques notes sur des lecteurs potentiels, des impressions sur d’éventuelles lectrices à raconter. J’y trouverai peut-être aussi des mots qui, sur le coup, ont été semés, pensant que quand je les lirais plus tard, me sembleraient évidents mais qui vont me laisser coite et ne rien évoquer. Et puis, j’écrirai, cherchant une toile à joindre à un texte ou m’inspirant d’un tableau. Parce que ce n’est jamais pareil. Le tableau se raconte parfois et d’autres fois, j’illustre ce que je veux raconter. Il n’y a pas de règles. Et je n’aime pas qu’il y en ait quand je peux les éviter…

Harmonieusement

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 7:18

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J’aime cette heure du jour de la lectrice de Guy Corriero. Cette heure où le soleil commence à envahir le ciel, mais pas encore le bureau, de telle sorte que je laisse ma petite lampe allumée. Cette heure du jour où dans la cuisine, alors que je prépare le café, la lune est encore là. Comme si nuit et jour se côtoyaient dans un même ciel. Harmonieusement.

Quand s’est-elle endormie?

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 6:20

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Est-elle là depuis hier soir alors que d’ici une heure ou deux la pièce sera éclairée de soleil? S’est-elle éveillée en pleine nuit et a-t-elle ouvert son livre à ce moment-là avant de s’assoupir à nouveau? Ou la lectrice de Cornelis Bisschop s’est-elle levée il y a peu, croyant en avoir fini avec le sommeil, ce qui ne semble pas être le cas?

Nul n’a raison, nul n’a tort, quand il s’agit de perception ou d’impression. Devant une toile ou face à une situation. Et pourtant, combien de fois, quand ce n’est pas vérifiable, parce qu’il ne s’agit pas d’une date, d’un lieu ou d’un titre, toutes des données sûres, ne sommes-nous pas confrontés à des « tu as tort », « tu as tout faux » ou « tu te racontes des histoires »?

Or, celui ou celle qui s’empresse de rectifier un regard ou une impression en la balayant de telle manière, est justement celui qui a tout faux. Il ne laisse pas place à d’autres perceptions que la sienne. SA perception fait office de vérité.

J’ai toujours eu du mal avec ces gens. Moi qui suis une écouteuse plutôt qu’une affirmatrice de vérités à cinq sous. Mais quand trop, c’est trop, je m’élève. Et j’ose un « je ne vois pas les choses ainsi ». Au risque de déclencher un raz-de-marée de nouveaux « tu te trompes », « ce n’est pas ça » et « tu as vraiment des idées saugrenues ».

J’aime trop le véritable échange, le véritable partage, les impressions qui s’opposent et qui ouvrent sur d’autres auxquelles nul n’a pensé pour laisser quiconque affirmer tout de go qu’il n’y a qu’une seule façon de penser. Et quand je constate – souvent avec tristesse – qu’il y a des gens si bornés que je n’arriverai jamais à leur faire voir d’autres couleurs que les leurs, je disparais sur la pointe des pieds. Souvent même pendant qu’ils en sont à vouloir me prouver qu’ils ont raison.

S’est-elle endormie hier soir, au cours de la nuit ou il y a peu? Il n’y a pas de réponses, il n’y a que des impressions. Toutes valables. Et celui qui a peint la lectrice ne s’opposerait à aucune d’elles. Les artistes sont des êtres libres qui laissent leur liberté d’expression à ceux qui commentent leurs œuvres.