Lali

12 janvier 2008

Le lecteur de biographies

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 23:18

eggers

Où est le vrai, où est le faux? se demande parfois le lecteur de Carsten Eggers chaque fois qu’il commence la lecture d’une biographie. Il se trouve si souvent confronté à des détails qui lui semblent inutiles, voire disproportionnés, qu’il se demande pourquoi le bibliographe les mentionne. Il se demande aussi si certains auteurs ne versent pas trop dans le misérabilisme par moments, ou s’ils ne délectent pas d’anecdotes sordides.

C’est chaque fois la même chose. Il se laisse prendre au jeu, et au détour d’une page, il y a quelque chose qui ne passe pas. Un détail inutile. Une erreur dans un prénom. Une citation mal formulée. Et le voilà agacé. Pourtant, il sait bien qu’il ira jusqu’au bout. Même si cela veut dire qu’il râlera parfois. Parce que, finalement, la curiosité gagne toujours sur les maladresses, les inversions et les exagérations.

Avec le plus de justesse possible

Filed under: À livres ouverts,Couleurs et textures — Lali @ 22:29

remacha

Elle voudrait les lui déclamer comme ces vers méritent d’être déclamés. Avec le plus de justesse possible. Du mieux qu’elle pourra le faire. Pour qu’ils dégagent ce qu’elle aimerait faire ressortir d’eux.

Et pour ce, la lectrice de Cristina Remacha essaie diverses tonalités, s’essaie à des accents, murmure les mots plutôt qu’elle ne les dit. Sans savoir si elle y arrivera. Sans savoir si le poème du Brésilien Carlos Drummond de Andrade (dans La machine du monde et autres poèmes) saura transmettre à celui à qui elle le destine ce qu’il doit transmettre.

Et pourtant, si elle savait. Il n’y a qu’avec le cœur qu’on puisse dire tout haut :

Le monde est grand et tient
dans cette fenêtre sur la mer.
La mer est grande et tient
dans le lit et la couche où s’aimer.
L’amour est grand et tient
dans le bref espace du baiser.

L’adorable menteuse

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 22:03

wheeler

« Tu es déjà rentré? fera-t-elle en tournant à peine la tête vers lui, je n’ai pas vu passer le temps. » Il ne dira rien sinon que « Jolie tenue pour m’accueillir. »

Il sait que la lectrice de Charles Wheeler est une adorable menteuse, qu’elle s’est parfumée et coiffée, et surtout qu’elle l’attend depuis un moment dans sa pose étudiée pour qu’il ne rate rien de ses courbes. L’adorable menteuse dont il est fou ne peut pas lire de bas en haut et de droite à gauche.

Le lecteur qui prend son rôle de lecteur au sérieux

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 21:22

bjorn s

Le lecteur de Bjorn Saastad est tellement entré dans son livre qu’il en a perdu presque toute notion de la réalité. Même le décor de son roman où se mêlent théâtre et désert semble avoir envahi le sien, si bien qu’il vit dans un livre. Ou plutôt dans le livre du moment. Comme certains acteurs qui, lorsqu’ils sont à se préparer pour un rôle, en viennent à devenir le personnage 24 heures sur 24. Pas tous. Mais il me semble avoir lu que c’était le cas de Tom Hanks qui prend ses rôles très au sérieux. Le même article disait avec humour que sa femme avait hâte qu’il en finisse avec Forrest Gump…

Au fait, la semaine dernière, le lecteur de Bjorn Saastad a lu un roman vêtu d’une tuque et de mitaines. Ça se passait dans le Grand Nord…

Les vacanciers de janvier

Filed under: États d'âme,Couleurs et textures — Lali @ 21:09

bkb4

bkb3

bkb2

J’aime bien parfois feuilleter le journal du samedi. Ou alors écouter sans vraiment écouter les conservations dans les autobus ou celles émanant d’autres tables quand je vais au restaurant.

Je saurais qu’on est en janvier sans calendrier. Il n’y en a que pour l’hiver qui va être long. Il n’y en a que pour des mots comme plage, soleil. Cuba, Puero Plata, Cancun, Floride. Il me semble n’entendre que ça. Il me semble aussi que le cahier « voyages » est plus épais que le reste de l’année. Chaque agence y va de ses destinations soleil à prix alléchants. Oui, nous sommes en janvier. Oui, l’hiver sera long. Mais sera-il moins long s’il est ponctué par une croisière dans les Caraïbes ou par une semaine de Golf à la Barbade?

Il faudra demander aux vacanciers de Brenda K. Bredvik. Moi, j’aurais plutôt envie de leur demander ce qu’ils lisent en vacances. Il reste toujours un peu de libraire dans une ex-libraire…

Ou si peu

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 20:53

cf

Aurait-il oublié qu’il a emmené sa femme et sa fille avec lui celui qui lit peut-être les cours de la bourse ou autre chose qui ne semble pas du tout les intéresser? Il semblerait bien. Le lecteur de Camille Fox n’en a que pour son journal. Peut-être même qu’il ne remarquera pas qu’on lui servira du café.

Et dans quelques années, il se demandera peut-être pourquoi ni l’une ni l’une ne sont plus là et il ouvrira son journal. Et je ne crois pas être cynique. Ni jouer à la caricaturiste. Ou si peu.

Souvenir d’un thé en été

Filed under: Couleurs et textures,Images indélébiles — Lali @ 17:25

stubner

C’est l’heure du thé pour la lectrice de Robert Emil Stubner. Les tasses autour de la table semblent indiquer qu’elle ne sera pas seule, ou qu’elle ne l’était pas. La tenue, que le lieu doit être passablement chic même à l’heure du thé.

Et cela me fait sourire car il y a querlque chose dans ce décor qui me rappelle un merveilleux souvenir. On dira que c’était il y a dix ans pour faire un chiffre rond, car je ne suis pas tout à fait certaine de la date. On affirmera que c’était un après-midi d’été, sans se tromper. On dira aussi qu’il y avait autour d’une table des jardins du Ritz deux dames accompagnées de très jeunes demoiselles, qui n’avaient pas vingt ans à elles deux. On dira qu’elles ont toutes bu du thé, certaines avec beaucoup de lait dedans, en mangeant des scones et des muffins. Et qu’il était fort amusant de jouer ainsi aux dames.

La mère des deux demoiselles avait trouvé une sortie à la hauteur de ses filles qui avaient envie de mettre une belle robe. La marraine de l’une d’elles, qu’on appellera Lali, même si à cette époque on l’appelait surtout Christine, a fait de son mieux pour ne pas faire honte à sa filleule. Je crois qu’elle s’est en est bien tirée. Enfin, je crois. Pas de tache sur sa robe, pas de thé renversé sur la nappe… Pour une fois!

La voilà qui rêve…

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 16:57

ir1

Elle a lu la lettre une première fois. Incrédule. Elle devait avoir sauté des phrases ou alors vu des mots à la place de d’autres.

Elle a donc repris la lettre depuis le début, en s’arrêtant à chaque mot. Son esprit n’avait rien trafiqué. Les mêmes mots étaient là, sur le papier. Des mots qui parlaient d’un ciel bleu au-dessus de la ville d’où il écrivait. D’un ciel comme il n’en avait jamais vu un. Un ciel de rêve, disait-il.

Le cœur de la lectrice d’Ilia Rubini battait à une vitesse telle qu’un TGV aurait eu de quoi l’envier. Elle a même dû mettre la main sur lui pour qu’il cesse de s’emballer ainsi. Et aussi dû se pincer pour être sûre qu’elle n’était pas dans un rêve dont elle allait se réveiller.

Or, tout est réel. La lettre. Le ciel bleu. Son cœur qui s’est un peu calmé depuis. Oui, tout est réel, mais la voilà qui rêve…