Lali

26 décembre 2007

Le fou de poésie

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 22:32

stematsky

Ce sera celui-là. Il a trouvé. Quelques vers qui vont la réveiller tout en douceur, quand il les lui glissera à l’oreille très tôt le matin. Comme un secret. Tout doucement. Tendrement. Dans le creux de l’oreille, alors qu’elle est allongée sur le côté gauche, comme à son habitude. Il se collera à son dos, caressera ses cheveux d’une main tandis qu’il tiendra le livre de l’autre.

Et tandis qu’il lira, elle fera comme tous les jours semblant de continuer à dormir. Mais il sait qu’elle ne dormira pas. Il sait, parce qu’elle dira Encore.

Et le fou de poésie d’Avigdor Stematsky lui chuchotera à nouveau les vers du poème tout en caressant ses cheveux. Il n’a jamais osé lui demander si le Encore était pour le poème ou la caresse.

Heureuse, libre et aimée

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 22:14

gederts

La lectrice d’Eliass Gederts est heureuse. Le livre qu’elle lit révèle tant de splendeur qu’elle ne peut qu’être heureuse et comblée. En fait, elle ne sait pas si jamais un jour un livre lui a fait un tel effet.

Un jour, un homme, oui, mais pas un livre.

Un homme qui rentrera et qui sera heureux juste parce qu’elle là, peut-être impudique pour certains, mais par pour lui. Car il sait qu’elle n’aime pas beaucoup se vêtir quand elle est à la maison. D’ailleurs, bien souvent, elle ne porte qu’une de ses chemises à lui pour faire illusion de vêtement. Parfois, une robe sous laquelle elle est nue. Pas pour jouer les provocatrices, Juste parce qu’elle est bien ainsi, heureuse, libre et aimée.

Toute la vie pour continuer de l’écrire

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 21:51

jg_davis

Tu es si présente, tu es tellement là que je te vois partout. Dans les livres que je lis. Dans les pas sur le sable. Dans l’oiseau qui s’envole. Dans la rosée du matin. Dans mon bol de café. Et même si je ferme les yeux. Et surtout si je ferme les yeux. Parce que tu deviens encore plus réelle. Parce que mes lèvres se souviennent du goût de ta peau. Mes mains des courbes de ton corps. Et je sais à cette minute que tu as aussi les yeux fermés parce que tu me tends la main.

La lettre est restée inachevée. Le lecteur de James G. Davis a toute la vie pour continuer de l’écrire.

Suppositions

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 21:24

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On ne l’a jamais vu qu’avec un livre en main. C’est tout ce qu’on sait de lui, même si certains affirment qu’il est écrivain, d’autres bibliothécaire et d’autres encore tout bonnement bibliophile.

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Juste parce qu’à toutes les périodes de sa vie, on l’a souvent vu encombré de livres. Mais personne n’a jamais osé adresser la parole au lecteur de Conrad Furey. Il est toujours si absorbé que, de toute manière, il ne semble rien entendre ni ne rien voir autre chose que le livre qu’il lit.

Certains affirment que sa mère, folle des livres plus que des êtres humains, lui aurait appris à lire bien avant qu’il ne sache parler. Mais on dit bien des choses sans savoir.

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Mais en fait, personne ne sait vraiment et tout n’est que suppositions et pas autre chose.

Je ne dirai rien. Mais je crois qu’il est arrivé au lecteur de parler un jour à quelqu’un. Enfin, à quelqu’une, devrais-je dire. Mais chut, ce n’est pas moins qui éventerai la nouvelle. Je leur ferai juste un clin d’œil à ces deux-là. Parfois, ça veut dire davantage que tous les mots du monde.

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Une seule erreur suffit

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 20:30

formicola

Pas besoin de se tromper deux fois et encore moins trois. Une seule suffit. Une seule erreur qu’on te remettra toujours sous le nez. En te rappelant bien comment tu as eu du mal à t’en sortir. Que tu devrais être heureuse, maintenant. Que tu ne devrais pas chercher autre chose et encore moins espérer.

Tu as vécu ce que tu avais à vivre. Ça a été un joli fiasco. Tu n’as vraiment aucun talent pour ça. N’y pense plus, ce n’est pas pour toi.

Voilà ce qu’elle entend. Même si elle préférerait ne pas l’entendre. Même si elle fait semblant que les mots glissent sans la toucher. Mais elle sait qu’ils se sont incrustés en elle. Qu’ils font insidieusement leur chemin.

Il suffit de faire une erreur un jour. Et les mots jailliront.

Fais autre chose. Oublie que ça existe. Ça n’est pas pour toi. Prends un livre, ça va te passer. Tu veux encore retomber dans le piège?

Voilà les mots qu’elle entend. Glissés en douce, mais tout de même prononcés. Car il y a toujours quelqu’un pour les dire. Pas pour lui faire mal, mais pour la mettre en garde. Pour lui rappeler son erreur. Pour lui dire qu’elle pourrait en commettre une autre.

La lectrice de John Formicola sait tout ça. Mais que savent-ils, eux, de celle qu’on renvoie à ses livres?

Sans qu’il puisse s’en expliquer la raison

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 19:16

emmertz

Elle lit tout là-bas, au fond de la salle. C’est à peine si on distingue la lectrice de Lenna Emmertz. Et pourtant, quelqu’un l’a vue. Quelqu’un qui chante une chanson de Fugain juste pour elle. Parce qu’il a envie, sans qu’il puisse s’en expliquer la raison, de lui promettre le monde :

On laisse tous un jour
Un peu de notre vie
Sur une table
Dans le fond d’un café
Sur une table
Que l’on oublie jamais

On laisse tous un jour
Un peu de ses amis
Tous les poètes
Venus se mettre au chaud
Sur la banquette
Dans un coin de bistrot
On dit « salut »
On commande un demi
Et on refait le monde
Mais le monde est si grand
Qu’il nous faut bien toute la nuit

On laisse tous un jour
Un peu de nos amours
Que l’on griffonne
Sur la nappe en papier
Et qu’on chiffonne
Au fond d’un cendrier
Elle dit « bonjour »
On commande un demi
On lui promet le monde
Mais pour donner le monde
Il nous faut bien toute la nuit

la nuit un Sphinx

larense

la nuit
instance
interrogation incessante
comment l’apprivoiser
comment me l’approprier
sans désillusion

l’aube s’amorce
la nuit s’éclipse
inconnue fée
question sans réponse
doute latent
énigme

la nuit un Sphinx
et je ne sais pas répondre

(mars 1982)

*toile de la Larense School

La faiseuse de mots

Filed under: États d'âme,Couleurs et textures — Lali @ 18:53

l_lesie

Je n’ai pas eu de cousines. Je n’ai pour seule image de grand-père actuel que celle de mon ami Denis qui n’a rien à voir à le grand-père raconté ce matin. J’ai par contre un lion en peluche. Mais il y a ici bien plus d’histoires inventées que de vraies, et largement, dois-je dire.

Or, je reste toujours fascinée de voir à quel point on m’identifie à des textes qui n’ont rien à voir avec moi, juste parce que, fort probablement, j’ai su raconter de telle façon que la plus imaginaire des aventures de lectrice devient réelle au point qu’on me voit dans celle-ci. Et j’avoue, ça m’amuse. Et puis, le jeu n’est pas méchant. Il ne s’agit que d’écriture, d’inspiration, d’histoires parfois glanées à droite et à gauche et amalgamées ici pour en faire une seule, d’un moment longuement raconté que je décortique en épisodes, d’impressions fugitives quand je regarde les uns et les autres au supermarchés, à l’arrêt d’autobus, dans une salle d’attente.

Je suis peut-être ailleurs alors qu’on me croit ici, là-bas, alors qu’on se dit que ça ne peut être moi. Et je m’amuse. Et si dans certaines histoires, certains se retrouvent, pourquoi pas? Et si d’autres donnent envie de les continuer ou de les commenter, encore mieux.

Je ne suis qu’une faiseuse de mots. Une inventrice d’histoires improbables ou pas. Comme l’est peut-être l’écrivaine de Linda Leslie.

La robe des grands soirs

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 18:01

van kempen

Elle a mis sa robe des grands soirs. Elle a espéré que. Elle espère toujours que. Encore une heure. Peut-être deux. Ou jusqu’à ce que le sommeil la gagne.

Combien sont-elles, combien sommes-nous à avoir vécu l’attente de la lectrice de Thea Van Kempen? Et à nous dire que plus jamais?

Tant qu’elle sera assise à sa chaise

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 17:51

s_howard

Ils ne remarqueront rien. Ils ne verront pas ce changement imperceptible, puisqu’ils n’ont jamais rien vu, de toute manière. Tant qu’elle sera assise à sa chaise. Tant qu’elle continuera à écrire. Tant qu’elle ne demandera rien sinon qu’on ne la dérange pas. Pour eux, rien n’aura bougé. Ils ne sauront rien de tout ce qui a bougé dans l’esprit de l’écrivaine de Suzanne Howard. Non, ils ne sauront rien. Et puis, ça ne servirait rien. Qu’elle leur dise ou qu’elle l’écrive, ils ne comprendraient pas.

Ils ne remarqueront rien. Tant qu’elle sera assise à sa chaise, leur faisant dos. Il vaut mieux.

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