Lali

25 December 2007

La trouvaille

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 21:31

chatham

Ailleurs, de l’autre côté de la ville ou dans un autre pays, la lectrice de Russell Chatham a ouvert un livre qu’elle avait laissé fermé des mois durant, peut-être même des années. Pas que ce livre réveille en elle des souvenirs autres que doux. Elle l’avait juste oublié. Il y a tant de livres chez elle.

Et puis, surtout, elle ne passe pas sa vie à inventorier les titres ou si tel livre est revenu. Elle en prête tellement. Et elle en possède tellement que si un livre ne lui revient pas, ce n’est pas grave, c’est qu’il a une vie ailleurs. Elle a appris au fil des ans que seuls les livres auxquels elle tient vraiment, et qui sont maintenant hors commerce, ne devraient jamais être prêtés. Les autres, pourquoi pas? Si elle les laisse aller, c’est qu’elle les a lus et qu’il y a tant de livres à lire que ce n’est pas certain qu’elle tienne à en relire un au moment où justement il est ailleurs.

Elle a donc ouvert ce livre qu’elle n’a pas ouvert depuis des lunes. Elle avait oublié la finesse du papier, la qualité des reproductions. Et je crois qu’elle est heureuse de sa trouvaille.

Tandis que je me glissais dans sa peau

Filed under: États d'âme,Couleurs et textures — Lali @ 21:13

bentley

Il me semble avoir entendu des pas dans l’escalier et des portes claquer, des rires et même de la musique, mais je ne suis pas certaine de tout ça. Je suis tellement dans ma bulle d’écriture que je pourrais bien avoir rêvé tous ces sons coutumiers d’un soir de Noël. Il n’y a peut-être eu aucun bruit. Ou alors c’était il y a des heures, pusique voilà un moment que me voilà à écrire, à jeter des idées ici et là des idées à développer, à trier dans mon carnet des phrases valables écrites durant des trajets d’autobus plus ou moins longs, à chercher parmi ma galerie quelles toiles ont ce soir une histoire à raconter. Il n’y peut-être pas eu de course dans l’escalier, finalement. C’est peut-être chez l’écrivaine de Steve Bentley que tout ça s’est passé, tandis que je me glissais dans sa peau.

Dans le boudoir

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 21:01

dv

Ils finiront bien par remarquer son absence, mais pour le moment, tout baigne. Qui penserait à s’asseoir dans le minuscule boudoir de l’oncle Georges dont les murs sont tapissés de bibliothèques alors que le sous-sol est vaste et qu’on peut y danser? Sûrement pas les cousins et cousines qui doivent s’agiter sur des musiques qui ne se dansent pas. Et Frédéric aura sûrement réussi à extraire des bouteilles de la cave en douce. Toutes ces choses qui ne lui ressemblent pas.

La lectrice de Dimitris Voyiazoglou est bien mieux où elle est, à dévorer un des trois romans offerts par son oncle. Lui qui prend toujours la peine de lui demander sa liste pour lui prendre les livres qui lui font envie pour pouvoir ensuite en discuter avec elle. C’est peut-être pourquoi elle se sent si bien dans son antre couvert de bouquins. D’ailleurs, personne d’autre que lui ne va jamais là. Enfin, c’est ce qu’ils croient tous. Car lui seul s’apercevra de sa disparition et saura exactement où aller la chercher.

La lectrice et le perroquet

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 19:31

whd

La lectrice de Walter Howell Deverell raconterait-elle à son perroquet ce que je raconte à mon lion en peluche, comme je le faisais autrefois avec mon Vagabond de chat? Et est-il en mesure de lui répondre ou s’il ne fait que l’écouter sans commenter aucune des questions qu’elle lui livre tout haut? Fred le lion a beau avoir la bouche cousue depuis toujours, il me souffle parfois des commentaires. Quand j’ai le dos tourné, bien évidemment. Pour que je ne sache pas comment il fait…

Et parfois, elle se souvient

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 17:22

gilman

Et parfois, ça lui revient. Ces Noëls où elle faisait de son mieux pour faire bonne figure alors qu’elle avait l’impression d’entrer dans un cirque où on aurait lâché les fauves. De la musique de Noël au salon, plus le sapin qui chante, la télé ouverte dans la cuisine, le poste de radio aussi, les trois chiens qui jappent, des guirlandes qui font le tour de la maison, tellement de bébelles de Noël partout qu’on a du mal à respirer. Ces Noëls du temps où elle avait un conjoint et des beaux-parents excentriques – est-ce vraiment le bon mot pour les définir? – et pour qui Noël était le plus fabuleux jour de l’année. Elle se rappelle qu’elle mettait une jolie robe, qu’elle tentait d’être le plus sage possible pour ne rien briser des objets de pacotille aux couleurs criardes résonnant tous de chants de Noël différents en même temps.

Et parfois, elle se souvient. Elle se dit qu’elle aurait dû partir en courant après ce premier Noël. Que plus on reste, moins on sait comment partir. Mais qu’elle a fini par savoir comment. Et que c’est le sixième Noël qu’elle passe sans cette folie de certains qui font de Noël le plus grand cirque du monde.

Et la lectrice d’Harold Gilman écoute le silence en tournant les pages.

Plaisir d’un matin de Noël

Filed under: Le plaisir des papilles,Mon Montréal,Signé Lali — Lali @ 12:25

bela_vista 1

bela_vista 2

Quand je suis entrée à la pâtisserie Bela Vista (Belle Vue) de la rue Papineau, je ne suis pas entrée dans une de ces cavernes d’Ali Baba luxuriantes qui me font fuir parce que ça croule de partout et qu’on ne sait plus où poser son regard. Il y avait là un comptoir à pains et croissants que j’ai lorgné pour une autre fois. Il y avait aussi quelques tables pour déguster sur place si un jour l’envie me prenait de m’attarder, ce qui risque d’arriver, tant l’odeur du café mêlée à celle des gourmandises, me donnait le goût de m’asseoir. Il y avait aussi un étalage de gâteaux et de pâtisseries, avec des bûches et les fameux pastéis de nata de mon réveillon, et tout à côté des bolos rei (gâteaux des rois).

bolo rei

Mon bolo rei de chez Bela Vista – qui était si beau, avouons-le – n’est plus intact. Disons que j’ai fait un sort à ce pain brioché parsemé de sucre et de fruits confits. Plus à mes yeux un déjeuner et une collation qu’un vrai dessert.

Tiens, c’est à quelle heure la collation, au fait?

Les matins de Noël

Filed under: États d'âme,Couleurs et textures — Lali @ 11:53

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Je regarde la lectrice de Daniel Garber et je me souviens d’une autre, non pas blonde, mais brune, avec des cheveux courts et une frange pas toujours droite, mais tout aussi endimanchée, plongée dans un livre près d’une fenêtre, un œil sur les mots, l’autre dehors à surveiller la visite qui allait arriver. Il y a de cela si longtemps. Et pourtant, le souvenir est toujours aussi vif. Les matins de Noël, il n’y avait pas de plus beaux cadeaux pour la gamine que j’étais que des livres.