Lali

7 juillet 2007

Le lecteur qui s’énerve

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 23:31

metchersky

Ça l’énerve de ne pas trouver. Et ça l’énerve de s’énerver ainsi. Pourtant, il était certain de retrouver le passage en moins de deux. Mais ce n’est pas le cas. Voilà deux heures qu’il tourne les pages. Le fameux passage n’était pas à la page 119.

Et le lecteur de Boris Mestchersky s’énerve. Il finira peut-être même par jeter le livre par terre dans sa rage de ne pas trouver.

Ironie du sort : la citation qu’il cherchait parlait de paix et d’harmonie.

Des lectrices romantiques

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 18:14

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Les peintres dits romantiques, comme l’artiste Jose Royo, ont souvent peint des lectrices. Celles-ci vêtues de jolies robes, dans des jardins ou dans des décors un peu fleur bleue. Certains aiment, d’autres pas. Ces lectrices font rêver les unes, d’autres y voient là une époque dépassée à laquelle elles ne veulent pas adhérer. Qu’elles évoquent pour vous la première option ou la seconde, peu importe. Elles font partie de cette galerie où la lecture en peinture n’a pas de frontières ni de style unique, ni ne se concentre sur une époque en particulier. Je ne dérogerai pas au plaisir d’aller dans toutes les directions et de cueillir au passage des lecteurs et des lectrices. À qui je prête des aventures ou non. Lesquels vous inspirent parfois.

Après le mot FIN

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 18:01

kjackson

Ce qu’a lu la lectrice de Kelly Jackson l’a tellement inspirée qu’elle est sortie avec son carnet pour continuer l’histoire. Non pas qu’elle n’aime pas la fin, mais elle en voudrait encore. Si bien qu’elle a décidé de reprendre là où l’auteur a mis le mot FIN pour inventer d’autres aventures aux héros auxquels elle s’est attachée. Je parierais qu’elle n’est pas la seule à agir ainsi…

Le lecteur comédien

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 17:43

bechi

C’est leur jeu du samedi après-midi. Quand leur père en a fini du journal et qu’il le laisse là, sur le coin de la table, il s’en empare et va dehors avec sa sœur. Il lui fait la lecture des nouvelles à haute voix, mais à sa manière, avec toute la grandiloquence dont il est capable, avec un sens du théâtre inné qui le prédispose à une carrière de comédien. Et la grande sœur rit. Et le petit lecteur de Luigi Bechi en rajoute une couche. Juste pour elle. Pour l’entendre rire.

La lettre d’il y a 20 ans

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 16:50

zic

Il se rappelait le contenu de la lettre pratiquement mot pour mot. Mais où il avait pu la ranger et même s’il l’avait conservée, non. Elle fait partie du monde des regrets, de cet univers auquel il veut accéder le moins possible. Et quand, justement, il sait pertinemment qu’il pourrait passer à côté de quelque chose de précieux en dérangeant l’ordre de sa vie et que lui viennent des hésitations, c’est à cette lettre qu’il pense, et plus précisément à celle qui l’a expédiée il y a de cela 20 ans. Sa rigueur et les buts qu’il se fixait alors l’avaient retenu hors de la passion. Le lecteur de Zizco Zic avait fui devant le débordement amoureux. Car s’il savait gérer sa vie professionnelle, il ne savait plus être raisonnable devant des yeux d’une telle intensité ni devant des courbes qui le faisaient rêver quand elle était loin de lui. Si bien qu’il s’était écarté d’elle, elle qui après, lui avait dans une lettre écrit à quel point une partie d’elle était désormais éteinte, même si elle s’était jetée dans le travail, même si elle avait accepté des contrats exceptionnels, même si tout semblait lui réussir.

Et si, de son côté, il avait mené la carrière qu’il projetait et accumulé les prix et les mentions, et surtout n’avait jamais perdu la notion de la ligne droite et sans faille, quelque chose lui manquait qui lui manque toujours, et qui est là noir sur blanc dans cette lettre tombée d’un livre qu’il n’avait plus ouvert depuis des années. Il lui manque le désordre. Le désordre qui contrebalançait aux règles et qui, il le sait, trop tard, aurait été ce qu’il imagine s’appeler le bonheur.

Samedi complice

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 8:26

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Il s’est levé bien avant elle. Il faisait encore noir et il a dû allumer pour lire. Or, elle est si belle quand elle dort que de temps en temps il a quitté son fauteuil pour aller la regarder. Discrètement. En s’empêchant de poser un tendre baiser sur le front ou l’épaule de peur qu’elle ne s’éveille.

Et quand elle s’est étirée, qu’il a senti qu’elle sortait de sa nuit, le lecteur de Glenn Harrington est allé à la cuisine préparer le café et il a ramassé le journal du samedi laissé sur le paillaisson par le camelot.

Et tandis qu’elle émerge tranquillement, en sirotant son café, en lisant le journal étalé sur le lit, comme elle aime tant le faire, il est retourné à son livre. Elle le rejoindra à son heure.

Quand Géraldine se promène

Filed under: Signé Lilas,Vos traces — Lali @ 6:41

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La grisaille qu’on nous annonçait semble s’installer. Il n’y a pas aujourd’hui la lumière du matin qui me donne des ailes. Qu’une ligne blanche de nuages plus clairs dans un magma de gris. Mais qu’à cela ne tienne, le soleil est dans ma tête et sur les photos de Géraldine, prises dimanches dernier. Puissent-elles vous plaire et inspirer ses jambes afin que celles-ci la mènent vers de nouvelles fleurs cette fin de semaine.

Les mots alignés

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 1:44

netscher

Les mots se sont alignés sans effort. Ils étaient là depuis quelques jours et il jonglait avec eux, ne sachant trop s’il allait les coucher sur papier et les faire parvenir à qui devrait les lire. Et maintenant qu’ils sont là, qu’ils ne lui appartiennent plus, ou si peu, qu’ils riment, l’écrivain de Caspar Netscher hésite. Devrait-il conserver ces vers pour lui seul? Ceux à qui il les destine saisiront-ils dans sa façon d’enrober les choses ce qu’il voudrait bien être en mesure de leur dire? Verront-ils en lui un provocateur ou un messager de paix?

Il prend le risque. Il déclamera ses poèmes à la petite soirée de samedi à laquelle ils assisteront. Et tant pis s’ils ne saisissent rien. Il aura été au bout de lui-même sans faillir.

B comme Bruxelles

Filed under: Mes histoires belges — Lali @ 0:42

map

J’allais la sillonner à pied et me gaver les yeux. Et c’est ce que j’ai fait jour pour jour, il y a deux ans. Bruxelles était au rendez-vous et j’étais sous la charme. Une gaufre à la main, dégoulinante de chocolat et de Chantilly, j’allais au hasard des rues qui mènent toutes à la grand-place. Je m’extasiais devant le nombre faramineux de chocolateries et je chantais Brel. Le ciel avait ce bleu qui n’existe que dans ces lieux où il est souvent gris et je souriais devant le minuscule symbole de la ville que j’aurais pu rater s’il n’y avait eu cet attroupement de Japonais devant à le photographier sous les quelques angles possibles.

À la fin de l’après-midi, alors que j’avais déjà tant marché, Christian est venu me rejoindre après le travail. Et nous avons continué à marcher. Lui me racontait la ville, les coins où je ne m’étais pas aventurée encore. Ce fut une longue marche. Nous avons même croisé le premier ministre, au nom imprononçable pour la Québécoise que je suis, mais il ne m’a pas saluée. Il ne devait pas savoir à quel point j’étais Belge de cœur.

Et bien sûr, il y a eu une bière sur une terrasse, au hasard de ces rues où il me traînait, oui je dis traînait, car je m’arrêtais partout, alors que lui marchait d’un bon pas. Et aussi des moules, je ne sais plus où, sur une terrasse. Il a plu, mais nous avons refusé de rentrer : l’auvent nous protégeait suffisamment. Christian disait qu’il fallait vraiment que j’aime la Belgique pour ne pas râler!

Il a choisi d’autres rues pour la promenade du retour. Je m’extasiais toujours autant. Bruxelles la nuit est si belle et je me sentais déjà un peu chez moi. Des envies d’y vivre un temps me gagnaient, surtout que le hasard qui fait bien les choses nous avait fait croiser le chemin de Passa Porta, la maison internationale des littératures et que je voyais là un signe du destin. Peut-être qu’un jour, qui sait, je ferai cette demande de bourse pour vivre à Bruxelles quelques mois…

Puis, un dernier tour en voiture. Nous avons laissé derrière nous les lumières de Bruxelles. Mes yeux brillaient autant que la ville que nous avons quittée, je crois bien.