Lali

17 décembre 2006

Une lectrice qui irradie

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 19:17

francociotti

Et la voilà plongée dans un livre. Il y une aurait foule compacte que ça ne changerait rien. La lectrice de Franco Ciotti s’approprie tous les lieux où elle lit. Elle trouve sa place dans n’importe lequel d’entre eux et sait faire abstraction des bruits d’assiettes ou des conversations pour n’être attentive qu’aux mots qu’elle dévore.

Rien ne saurait gâcher son plaisir, rien ne saurait intervenir qui l’empêche d’accéder à ce plaisir. Sa concentration est si grande dans son corps droit comme un I. À peine penche-t-elle la tête. Comme elle est belle celle qui est en mesure de vivre avec autant d’intensité un tel moment. Comme elle rend ce lieu encore plus beau par sa simple présence. Mais chut, ne la dérangeons pas…

Variations pour un dimanche gris

Filed under: Trois petites notes de musique — Lali @ 9:15

britten

Le bonheur, c’est sûrement de trouver chez soi ce qu’on a envie d’entendre. Et même le café en est plus savoureux quand il s’agit des variations sur un thème de Purcell de Benjamin Britten. Celles-ci entendues une première fois dans un cours de musique quand j’avais 12 ans sur un vieux 33 tours et que j’ai cherchées pendant des années avant de pouvoir les écouter à nouveau plus de vingt ans après, font mon premier bonheur du jour. Sans imaginer quels seront les autres. Je profite du moment, je me laisse toucher, imprégner.

Et le bonheur est là. Grâce à un enchevêtrement de notes.

Une lectrice aussi marquise

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 8:54

fboucher

Toutes ces lectrices d’un autre temps, à l’instar de celle qui posait ici pour François Boucher, étaient-elles aussi pudiques qu’elles veulent bien en donner l’impression ? N’y avait-il pas en elle un peu de passion prête à éclater ? Ou leur vie coulait-elle étale ?

Quand on sait qu’ici il s’agit de la marquise de Pompadour, la toile prend un tout autre sens. Celle qui fut la maîtresse de Louis XV puis sa confidente, qui joua un rôle de mécène auprès de nombreux artistes, qui tint sûrement un rôle important dans la destinée de la France par les rapports qu’elle entretenait avec les membres de l’État, ne fut, je crois, qu’une femme de passion. Et si ici elle pose gentiment, il n’en reste pas moins que sa connaissance des mots et des livres fut sûrement aussi importante pour l’Histoire que sa beauté qui fit tourner la tête à un roi… et probablement à quelques autres.

Que sont mes amis devenus

Filed under: États d'âme,Mon Montréal — Lali @ 7:20

udem

Je suis d’une ville qui compte quatre universités et des souvenirs me rattachent à chacune d’elles, même si une seule sera à jamais mon alma mater. Et si j’ai passé un nombre incalculable de soirées au conservatoire d’art cinématographique sis dans un des pavillons de l’Université Concordia, cette dernière n’aura été que ça, un lieu de cinéma. Et si j’ai assisté à des concerts ou des partys à l’Université McGill et si j’ai maintes fois promené mes pieds dans les couloirs de l’UQAM, celles-ci n’auront été que des lieux de passage.

Il est un seul endroit qui est mien, un seul endroit qui a connu mes 20 ans et mes rêves sur ses bancs. Et curieusement, son symbole, cette tour – en haut de la côte – qui se dresse vers le ciel et qu’on voit de très loin, est un des lieux que je n’ai pas fréquentés, la tour de l’Université de Montréal étant réservée à la pharmacie, la médecine et autres. Le pavillon des arts et sciences officiait ailleurs, en bas de la côte, rue Jean-Brillant.

Comment sont-ils aujourd’hui, ces étudiants en études françaises qui ont remplacé ceux que nous étions il y a 25 ans ? Sont-ils heureux comme nous l’étions ? Se gavent-ils de tout ce qui leur tombe sous la main, livres, films, pièces, concerts, comme nous le faisions ? Rêvent-ils de se voir un jour publiés comme c’est arrivé à une poignée d’entre nous ? Vont-ils danser au Clan Destin ou marcher dans le cimetière Notre-Dame-des-Neiges à la recherche de la tombe de Nelligan, comme nous ? Le Soulier de satin, notre café du huitième étage, aux nappes roses et au décor feutré existe-t-il encore ou a-t-il été récupéré pour en faire un bureau pour les chargés de cours, ce qu’il était avant que nous n’occupions ce haut lieu de conversations profs-élèves ? Qui était aussi ce vieux sofa de velours rouge dont on avait hérité et où on s’affalait pour un café ou un match de scrabble ?

Je pensais à tout cela hier matin alors que j’étais au cimetière pour les derniers adieux au père de Christiane et que la tour se dressait là, pas loin. Je nous revoyais tous autour d’une bière au Café Campus ou dans une salle de cours découvrant Baudelaire ou Villon, intimidés ou alors extravertis quand il s’agissait de transmettre oralement un travail. Et je souriais.

Combien d’heures passées là à partager nos rêves, à se lamenter sur un cours, à s’enthousiasmer pour un autre, à vivre en gang pour la dernière fois de notre vie avant que chacun ne vole de ses propres ailes ?

Que sont mes amis devenus
Que j’avais de si près tenus
Et tant aimés?
chantait Ferré, en reprenant les vers de Rutebeuf.

Écrire pour se taire, parfois

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 1:56

mccoll

Que lit la lectrice de Bruce McColl ainsi allongée avec quelques feuilles sur lesquelles elle a probablement elle-même griffonné quelques mots de hasard sans savoir où ceux-ci la mèneraient ? Un semblant de stylo est posé là, à gauche de la feuille, mais nul autre indice pour nous mener à ce qui la laisse songeuse, incapable de continuer à écrire.

A-t-elle voulu exprimer quelque chose de confus en elle et tenter de se révéler ? A-t-elle plutôt voulu se noyer dans les mots pour ne pas dire ce qui l’a troublée dans un regard, dans un sourire ? A-t-elle simplement tellement hésité qu’il ne reste que sur la page un JE, le reste ayant été raturé ?

Laissons-la s’endormir sur ses mots. Elle se dira à son heure ou choisira de se taire. Ce n’est pas à nous de lui demander le contenu de quelques pages noircies.