Lali

25 septembre 2006

Quand une ville est source d’inspiration

Filed under: États d'âme,Mon Montréal — Lali @ 22:39

cordesalinge

(photo de Vincenzo)

Je suis d’une ville où les cordes à linges traversent les ruelles et les cours, un peu comme en Italie. Je suis d’une ville où la rue de Liège croise l’avenue de Belges. Je suis d’une ville où qu’importe l’heure du jour ou de la nuit, il y aura toujours un endroit ouvert pour prendre un café. Je suis d’une ville où on ferme les rues pour danser lors des festivals, où on peut faire livrer une pizza à minuit, où chaque quartier a son histoire, où tout se mêle dans un magma multiethnique et de toutes les cultures.

Je suis d’une ville de tolérance, même si parfois certains en doutent. Mais peut-être faut-il aller ailleurs pour mieux le comprendre. Je suis d’une ville immense traversée d’est en ouest par une rue qui fait près de 50 km. Je suis d’une ville qui, malgré cela, a conservé un caractère humain, et où quiconque viendra à l’aide de celui qui, une carte dépliée pour tenter de s’orienter à bout de bras, n’osera pas demander.

Je suis d’une ville d’odeurs, celles des restautants, des terrasses et des cafés. Je suis d’une ville de couleurs, celles des feuilles en automne comme celles des façades du Plateau Mont-Royal. Je suis d’une ville qui me surprend encore et dont je ne me lasse pas. Je suis d’une ville qu’il me tarde de faire découvrir à mes amis d’outre Atlantique.

« Montréal, je l’ai cru pendant longtemps, était un port qui ne sentait jamais la mer. Mais c’est faux : Montréal embaume l’iode et le varech dès qu’on entre à la poissonnerie grecque ou dès qu’on met le nez chez Tasso », a écrit Suzanne Jacob, cette amoureuse de cette ville comme peu.

Et aussi;
« Écrire Montréal, c’est sortir tout de même, mais avec la machine à écrire intérieure, une machine à écrire prédatrice dont on ne sait jamais d’avance de quel morceau de Montréal elle va s’emparer ce jour-là, de quelle rue, de quel arbre ignoré, de quel balcon, de quelle vitrine, de quel parfum de thym ou de géranium sauvage, de quel déchirement du ciel d’aube ou de crépuscule. »

Montréal est une muse.

L’essentiel…

Filed under: États d'âme,Couleurs et textures — Lali @ 7:34

pierrepivet

S’éloigner de tout rapproche un peu de l’essentiel.
[ Loïck Peyron ]

Est-ce que les livres et les mots éloignent de tout pour nous ramener à l’essentiel ? Nous isolent-ils l’un comme l’autre au point qu’un jour nous n’ayons presque plus besoin d’autre chose ? Ou alors ouvrent-ils notre esprit si bien qu’ils nous ouvrent aux autres et nous permettent de comprendre ou du moins de percevoir suffisamment pour être à l’écoute et dire ?

Ou alors est-ce ma boulimie artistique, cette curiosité pour tout ce qui nourrit mon esprit et me fait réfléchir, qui m’éloigne volontairement des rassemblements et de ce que je ne juge pas essentiel ? Et c’est quoi, l’essentiel ?

Je suis certaine que celui-ci varie d’un individu à l’autre, que mon essentiel n’a rien à voir avec celui d’un autre. Que cet essentiel qui est mien est bien celui de quelqu’un qui aime cet éloignement, qui aime la distance, qui lui permettent de rêver. Et que, si tout était trop près – mes amis, les lieux que j’aime, ceux que je tiens à découvrir -, c’est une partie de moi qui n’existerait plus. Car si je ne puis rêver, c’est cette part essentielle que je perdrais. Et ne plus rêver serait pour moi la plus atroce des maladies.

Les livres, écrire, la musique, les voyages, le cinéma, tout ça me nourrit, ce ne sont pas des évasions. Et tout ce que je retire de ces mots, de ces couleurs, de ces impressions, est pour mieux partager. Du moins ai-je ce sentiment très fort. Car si je m’éloigne quand je prends un livre sur mes genoux, comme la lectrice de Pierre Pivet, c’est pour mieux m’appartenir et poursuivre cette quête inlassable qu’est la mienne de connaître et d’apprendre.

Et j’apprends autant des livres que des gens. Quoique peut-être que si je n’avais pas tant lu, pas vécu toutes ces vies des personnages qui ont traversé ma vie au fil de mes lectures, ne serais-je pas à même de savoir autant écouter ? Lire et être à l’écoute ne sont-ils pas de la même famille ?

Au fond, j’ai beaucoup de chance d’avoir trouvé mon essentiel, alors que d’autres errent, se jetant dans une chose puis dans l’autre, jamais satisfaits, croyant toujours trouver ce qui leur donnera des raisons de vivre. Alors que l’essentiel ne donne pas de raisons. Les raisons mènent à l’essentiel.