Lali

16 septembre 2006

Art mineur… jamais, quand il vient du cœur

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 20:35

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J’aime mélanger « mes » lectrices. Je parle bien entendu de celles des toiles que je glane ici et là sur le net. J’aime qu’elles aient inspiré les peintres des siècles derniers issus de toutes les écoles autant que les artistes québécois d’aujourd’hui. J’aime penser que Picasso a tenté d’aller chercher quelque chose en elles et que trois toiles n’ont pas suffi tant elles l’ont inspiré.

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J’aime qu’elles soient de tous âges, de la gamine à la vieille dame. J’aime l’idée qu’elles plaisent assez pour se retrouver accrochées à des murs et pas toutes dans des musées. Oui, j’aime qu’elles soient partout, inspiratrices fidèles des artistes. Et jamais je ne pourrai ici me résoudre à ne choisir que des toiles de supposés grands maîtres ou d’artistes qui ont changé notre vision de l’art, tel Picasso, que je glisse ici au même titre que les autres.

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Car ce qui m’importe est l’œil posé sur le sujet. Comment l’artiste a choisi l’angle dans lequel il a voulu saisir l’attention de la lectrice; si on peut soupçonner qu’il l’a fait poser; si le livre n’est qu’objet au profit d’un visage ou de la courbe d’un corps. Et pour le reste, je me raconte des histoires. Je ne sais rien de celles qui sont là lisant. Je ne sais que ce qui se dégage d’elles et rien d’autre. Ainsi, les deux premières toiles sélectionnées de Picasso me semble montrer la voracité de celle qui lit, croquée dans sa passion la plus vive et obsessive alors que celle-ci est plus douce, comme apaisée. A-t-elle terminé le livre qui la tenait aux tripes? Ou alors celui-ci la laisse-t-il pensive? On peut tout imaginer, car la toile appartient à celui qui la regarde et non plus à celui qui l’a peinte. Comme les mots. Ils sont à ceux qui les saisissent et s’en inspirent, qui s’y retrouvent ou qui cherchent à les comprendre.

Il n’y a pas de littérature mineure si elle donne du plaisir à celui qui s’y attarde, même si elle est dite « populaire ». Il n’y a pas de peinture mineure non plus même si l’artiste ne s’est pas posé la question de se trouver un style ou d’innover, mais qu’il n’a que reproduit – parfois maladroitement mais en y mettant son cœur – ce qu’il voyait ou ressentait. Les poètes, comme les dramaturges, ont écrit des mots qui traversent les siècles, mais aucune phrase ne sera aussi belle que celle écrite avec amour, bourrée de fautes d’orthographe, sur un bout de papier, par l’enfant à sa mère.

Quand l’Histoire s’assied à notre table

Filed under: Ailleurs — Lali @ 8:01

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Le Procope n’est pas le meilleur restaurant de Paris, mais il en est le plus vieux. À proximité de la Comédie Française, il a d’abord attiré chez lui les comédiens avant ou après des représentations. Puis, hommes de lettres – Voltaire, Jean-Jacques Rousseau, Denis Diderot – ont défilé. Certains prétendent même que c’est là qu’aurait germé l’idée de l’Encyclopédie et que Benjamin Franklin y travailla à écrire la constitution américaine.

Alors, c’est bien l’Histoire qui nous attire la première fois au Procope, il n’y a aucun doute. De penser que ce lieu a réuni les grands penseurs de ce monde lui confère un charme qu’aucun autre restaurant de Paris ne possède. Et quand je pense au Procope, je pense forcément à Émile, professeur au département d’études françaises, à l’Université de Montréal. Non pas à ses cours, car il ne m’a jamais enseigné, mais à nos longues conversations, et surtout à celle que nous avions eue au Procope en 1983. Ce n’était vraiment pas l’intention d’Émile de m’emmener là, le fin gastronome qu’il était n’allait pas trouver son compte dans une carte aussi banale, disait-il. Mais il l’a fait pour me faire plaisir, pour que je m’emballe à la pensée que j’étais peut-être assise là où se jouait trois siècles plus tôt une grande scène de l’Histoire.

Et il est vrai: le repas lui-même comme le service n’ont pas laissé de souvenir marquant. Mais mes yeux ont été servis. Le Procope offre le charme de ces restaurants installés depuis des lunes. Il offre un décor suranné de bon goût. Et il était tout à fait approprié pour discuter littérature. Et comme « tout est littérature », nous avons parlé de « tout ». Je l’entends encore me dire combien le bonheur d’autrui faisait partie de mon bonheur personnel, et combien il était important pour moi d’y contribuer. Et je crois qu’en ce sens il avait raison, et qu’en plus rien n’a changé depuis. J’ai toujours ce besoin de sentir les gens autour de moi heureux, de leur faire plaisir, de dessiner un sourire sur leurs lèvres ou de faire briller leurs yeux.

J’ignore d’où cela me vient, je sais seulement qu’il en a toujours été ainsi. Quoique j’imagine que j’ai hérité ça de ma mère, même si dans son cas, ce besoin s’adresse à un cercle plus restreint que le mien.

Et ce matin, alors que le café refroidit dans son bol, je pense au Procope et me revient en tête son escalier et les toiles représentant les grans écrivains d’une autre époque. Et ce matin, alors que le soleil hésite à percer les nuages, je revois cette soirée de la fin mai 1983 en compagnie d’Émile. Et je repense à cette longue promenade dans Paris après le restaurant, à cette minute où il m’a mise dans un taxi, en notant la plaque d’immatriculation, avec ordre de lui téléphoner sitôt que je serais à Maisons-Alfort. Émile avait une fille de mon âge, je l’ai rencontrée deux ans plus tard par un ami commun. Toute petite, la planète. Et le Procope n’est finalement qu’à six heures d’avion, si on y pense bien.