Lali

8 septembre 2006

Le droit à la folie

irenesherri

Commettre au moins une folie par an pour ne pas devenir fou.[ Vicente Huidobro ]

Au moins une ? Au moins douze ? Quel est le bon chiffre ? Varie-t-il en fonction de chaque individu, de la personnalité, de la faculté de savoir rire de soi, d’un entourage qui nous freine ou du fait de savoir faire fi du qu’en-dira-t-on ? Mais encore, la folie dont il est question est-elle une excentricité ou un morceau de folie douce ? Et devenir fou, est-ce perdre la raison ?

Que de questions pour une si petite phrase !
Je revendique de ce pas le droit à la folie, à l’imagination, à l’inventivité, au hors normes, à l’originalité, à la différence. Je revendique le droit de mettre les pieds sur la table, de tirer la langue, de désarçonner mon interlocuteur par un grand rire, si cela rentre dans la catégorie de folie. Je revendique le droit de plus grandes folies, de celles dont je n’ai pas idée encore, de celles qui troublent l’eau calme, de celles qui perturbent l’ordre établi de la société bien pensante. Je revendique le droit de ne pas être politiquement correctement et d’entrer dans l’ennui.

Oui, sans aucune hésitation, je revendique le droit à toutes ces « folies » qui, pour moi, n’en sont pas, mais qui, aux yeux de certains, en sont. Pour échapper à la démence, pour ne jamais me bourrer de pilules, pour ne pas m’allonger sur le divan d’un psy, pour ne pas mourir avec des regrets.

Je revendique le droit de sortir vêtue de mes plus beaux alors et d’aller lire de la poésie dans un bar, comme le fait la lectrice d’Irene Sherri. Sans me préoccuper des yeux qui pourraient se poser sur moi, sans penser que je ne cadre pas avec la foule des dragueuses, sans me soucier d’autre chose que du plaisir de le faire. Pour toute la beauté qu’une folie telle donne au visage. Pour la grâce que cela donne à l’épaule et au cou que de ne pas se plier à faire comme tout le monde. Pour le plaisir qui se dégage des lèvres et des yeux clos de celle qui a prétendu aux droits que je prône.

Et si jamais un jour on m’enferme pour mes excès et mes supposées lubies, c’est que le monde aura oublié ou mis de côté la liberté et la folie douce. Ce sera un bien triste jour. Que j’espère ne jamais connaître ni ne donner à vivre à quiconque. Mais il y aura toujours quelqu’un, quelque part, pour monter sur les barricades et proposer une folie. J’y crois.