Lali

21 août 2006

Le lac de grand-papa

Filed under: États d'âme — Lali @ 20:20

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Le lac Mégantic est-il vraiment le plus beau lac du Québec ? L’est-il pour beaucoup ou seulement pour une poignée de gens qui, comme moi, y ont des racines ? Car c’est là qu’est né mon grand-père, près du lac Mégantic, dans la municipalité éponyme où son père, parmi les premiers arrivants, en a été le premier notaire et aussi le maire. Si bien qu’une des rues porte son nom aujourd’hui.

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C’est aussi là que mon grand-père, mon héros, le rebelle au sein de cette famille, a fait ses 400 coups, si bien qu’il n’a jamais mangé dans la belle salle à manger, pas très souvent dans celle des jours ordinaires et régulièrement à l’office avec les servantes qui le couvaient et le gâtaient. J’aime qu’il ne soit pas plié aux conventions et qu’il ait fait plus souvent qu’autrement fait à sa tête. J’aime les histoires où il n’est pas raisonnable. Ainsi, cette fois où il a assommé le professeur de piano avec le banc parce qu’il n’avait pas aimé un coup de règle sur ses doigts: c’est pour ça qu’il est devenu tromboniste. J’aime cette histoire où il est parti à la guerre sergent – comme tous les étudiants universitaires de l’époque – et où il est revenu simple soldat, suite à quelques plaisanteries pas du tout appréciées.

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J’aime ce lac pour sa splendeur, pour la paix qui s’en dégage. Je l’aime aussi pour les saisons qui passent sur lui et lui conservent sa majesté. Et je l’aime sûrement bien davantage parce qu’il a vu grandir celui qui a été le héros de mon enfance. Celui qui a accepté de jouer le patient pour la garde-malade au stétoscope en plastique. Celui qui faisait semblant de se perdre – semblant, peut-être pas, grand-papa n’avait pas du tout le sens de l’orientation – et qui était tout fier que sa petite-fille de trois ans le ramène à la maison. Celui qui ne laissait jamais tomber une grille de mots croisés et qui pouvait chercher des heures pour la compléter. Celui qui n’avait aucune patience mais qui adorait ses petites-filles au point de quasi tout leur permettre. Celui qui, dans un cadre, est le premier à trouver sa place quand je m’installe quelque part. Je sais qu’il veille sur moi comme personne.

Je n’ai pas besoin du lac pour penser à grand-papa, mais je crois qu’il me fallait le montrer pour parler de lui et dire à quel point il est présent. Dire à quel point il m’a faite, et tout ce que je lui dois. Et combien je l’ai aimé, combien je l’aime et combien je l’aimerai toujours.