Lali

12 août 2006

Une lectrice songeuse

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 22:24

ericarmusik

La lectrice d’Eric Armusik vient-elle de terminer la lecture de la brique posée sur ses genoux ou va-t-elle dans l’instant l’entamer ? Dans l’un ou l’autre cas, que ce soit la perspective de s’attaquer au livre qu’elle a elle-même choisi ou qui lui a été offert, ou le fait d’en avoir lu la dernière ligne, elle est songeuse.

Je me plais à imaginer les deux situations en ajoutant une inconnue de plus à l’équation. Et si ce livre lui avait un lien avec l’homme qu’elle aime ou a aimé ? Et s’il le lui avait offert, prêté ou en avait suggéré la lecture et qu’elle soit là, devant le livre, à se demander pourquoi?

Combien de fois suis-je moi aussi restée là, le roman sur les genoux, sa lecture terminée, la dernière phrase en tête ? Combien de fois aussi ai-je caressé longuement le livre avant de me laisser gagner par la tentation des mots ? Presque chaque fois, je crois, car cela fait partie d’un rituel dont je ne me passerais pas.

Le sel de Guérande

Filed under: Ailleurs,Le plaisir des papilles — Lali @ 20:30

poismange-tout

De tous les légumes verts, ce sont les pois mange-tout que je préfère. C’est chaque fois la fête quand j’en fais et ceux du jour sont exceptionnels. Merci à la voisine de maman par qui ils sont arrivés jusqu’à moi: je me suis délectée. D’autant plus que moi qui sale très peu, voire quasi jamais, ai sorti de l’armoire un sel qui a réveillé en moi plein de souvenirs. Car il est un luxe que je me permets, puisque je l’utilise avec parcimonie: du sel des marais salants de Guérande. Il n’est peut-être pas meilleur que les autres, mais il a pour moi le goût particulier des souvenirs et des émotions.

guerande

Car, en 1981, j’ai eu cette chance d’aller sur place, de voir les marais salants de près. Qui ne les a jamais vus ne peut imaginer une telle splendeur. Ceux-ci façonnés par les mains de l’homme depuis un millénaire sans porter ombrage à la faune de la région, puisque les oiseaux y sont nombreux, certains sont issus d’espèces rares.

Et de tous les métiers qui ont évolué au fil des ans avec la mécanisation, celui de paludier est sûrement un des derniers à en être demeuré un presque exlusivement manuel. Ce qui, étrangement, donne un sens et une majesté aux marais salants.
Et un autre goût à mes pois mange-tout.

Je ne serai jamais une magasineuse

Filed under: Revendications et autres constats — Lali @ 19:41

shopping

Je ne dois pas être une vraie femme. Car de tout temps, je n’ai jamais aimé le magasinage, même adolescente, alors que mes amies et ma sœur pouvaient passer des après-midis dans les centres commerciaux à essayer des chaussures, des jeans et des jupes. J’ai pourtant essayé. Mais rien à faire, devoir aller magasiner me rend malade.

Je me suis encore essayée à la chose aujourd’hui, puisque mes parents m’ont donné un budget pour m’habiller en guise de cadeau d’anniversaire. J’ai essayé des jupes trop longues qui, si on les raccourcit, perdront leurs volants ou le plus joli des motifs; des jupes qui remontent trop haut sur la cuisse quand on s’assoie; des pulls faits pour celles qui mesurent 1,80 m. Et tout ça après avoir farfouillé longtemps pour trouver à ma taille, et pas du brun, la couleur à la mode, parce que je déteste le brun. Combien de boutiques? Combien d’opérations de déshabillage-habillage-rhabillage? Je préfère ne pas y penser, surtout que je suis rentrée bredouille, la tête en compote. Passer l’aspirateur est plus agréable.

C’en est à se demander comment deux sœurs peuvent être aussi différentes. Oui, j’aime bien porter de jolis vêtements qui me vont, mais je n’aime pas aller les acheter. Monique peut passer des heures à faire boutique après boutique pour dénicher un seul morceau de vêtement, enfin deux ou trois. Elle aime ça et elle est douée. Tant mieux, car je m’habille à même sa garde-robe des années passées!

Tout ça pour dire qu’il m’a fallu une sieste de deux heures pour me remettre d’autant de temps dans les magasins… Je rends mon sac de magasineuse à qui le veut.

Quand une chanson provoque une réflexion

Filed under: Revendications et autres constats — Lali @ 10:37

fame

Il a suffit que la chanson-thème du film Fame passe à la radio hier, alors que je sortais de chez Michelle, pour qu’elle me reste en tête et que vingt-heures plus tard je la fredonne encore avec fougue.

I’m gonna make it to heaven
Light up the sky like a flame
Fame

I’m gonna live forever
Baby remember my name
Fame

J’ai peine à croire que c’est en 1980 que j’ai vu ce film la première fois. Car depuis, je ne compte pas les fois où je me suis installée devant ce film pour voir se dérouler sur mon écran les tribulations de ces jeunes qui avaient alors mon âge. Il y avait tant de passion en eux dans leur quête de succès, dans leur volonté de faire quelque chose de leur vie, de Coco l’artiste complète, campée de façon émouvante par Irene Cara jusqu’à Bruno, le pianiste-compositeur qui avait su amadouer son vieux professeur, en passant par Leroy, le danseur, qui tentait d’apprendre à lire et à qui s’était attachée la professeur d’anglais. Et tous ces autres venus d’horizons différents, tous là pour sortir le meilleur d’eux-mêmes et se prouver quelque chose. Le jeune Porto Ricain, issu de famille dysfonctionnelle, qui cherche dans l’humour un dérivatif à sa vie difficile; la petite Juive qui voudrait que sa mère la laisse enfin libre d’être de devenir le papillon qui germe en elle; le fils de star, que sa mère a confié à des psys plutôt que de l’aimer. Et tous les autres qui, en cherchant la célébrité, nous laissent voir leur vrai visage.

Le film d’Alan Parker n’a peut-être pas marqué l’histoire du cinéma, aux yeux de certains, mais il a marqué ma petite histoire personnelle. Car à l’époque je rêvais aussi, mais pas de vedettariat. Juste de voir mes mots publiés, ce qui est arrivé depuis. Mais je savais – ou je sentais – que jamais je ne vendrais mon âme au nom de la renommée et je crois bien que j’y suis arrivée, même si parfois il y a un côté exhibitionniste que je préfère appeler extraverti à l’entreprise d’écrire ici états d’âme et souvenirs, réflexions et critiques, constats et autres banalités.

Ce que j’écris ici fait sourire certains d’entre vous ou vous touche, et certains écrivent pour me le dire. Comme Patrick et Christel. Comme Christine, qui m’a trouvé dure, une autre fois. Ou Jean-Marc qui relève toujours l’une ou l’autre de mes remarques, comme si c’était ainsi la porte ouverte à une conversation que nous poursuivrons hors des pages de Lali.

Il n’y a pas de gloire à la clé ici. Juste le bonheur d’écrire et le plaisir de partager. De livrer en vrac tout ce qui me passe par la tête, dans le plus pur des désordres, parce que la vie, c’est aussi passer du coq à l’âne, constamment. Je mentirais en disant que je le fais par simple altruisme. Mais oui, il y a de ça, mais aussi ce besoin vital de laisser des traces, qui me vient d’aussi que je me souvienne, des poèmes d’adolescence aux lettres semées ici et là sur le globe.

C’est avec les mots que je suis bien. Et si je chante ce matin les paroles de Fame, ce n’est pas pour ce qu’elles disent, mais pour le message que porte le film d’Alan Parker, celui des artistes qui ne devraient à aucun prix et pour aucune raison vendre leur âme pour une heure de célébrité.

La lectrice et son masque

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 0:09

lauradinello

Installée à une table de café, la lectrice de Laura DiNello est dans son monde à elle. Mosaïque au sens propre, mais aussi au sens figuré, alors que seuls le livre et la peau se détachent de celle-ci. Lisses, à un doigt près.

Le morceau de visage qu’elle tient à la main est-elle celui qu’elle arborait avant de lire et qu’elle se fondait dans le décor ? Est-il celui qu’elle portera désormais pour devenir caméléon et ne pas être dérangée dans sa lecture ? J’hésite.

J’aime imaginer des histoires. J’aime inventer des vies à ces lectrices, et laisser planer des suppositions. Juste assez de possibilités pour ne rien retirer à la toile. Juste assez de pistes pour que chacun puisse se lancer dans l’aventure qu’est celle de prêter des vies à ces lectrices qui ont toutes quelque chose à raconter. La véritable histoire de la lectrice de Laura DiNello ne nous sera peut-être jamais livrée. Mais quelle importance, si nous savons, nous, lui en créer une qui nous sied ?