Lali

11 août 2006

Dites crème brûlée et j’arrive

Filed under: Le plaisir des papilles — Lali @ 23:56

cremebrulee

L’amitié goûte peut-être la crème brûlée. Du moins, était-elle exquise et veloutée à souhait, celle de soir, aux bleuets, prise au Magellan, rue Ontario, en compagnie de Françoise. Elle qui aime tant les livres et qui, durant son adolescence, a travaillé dans une librairie en Bretagne, m’a rencontrée aussi dans une librairie, moi qui aime tant la Bretagne. Analogie, chassé-croisé, appelez cela comme vous voulez, puisque le hasard n’existe pas vraiment, et que le pourquoi de tout ce qui nous arrive dans la vie ne s’explique pas toujours sur le coup, mais des années plus tard, et encore, peut-être pas totalement.

Plaisir des retrouvailles après près de huit mois sans nous voir, des mois où je suis restée murée dans mon silence, parce que ce que j’avais envie de partager avec Françoise n’était sûrement pas la liste de mes soucis et de mes tristesses, mais plutôt une soirée à parler de livres et de la vie.

Et si tout a été agréable jusqu’à la crème brûlée, ce n’est vraiment qu’au moment de celle-ci, dès la première bouchée, que nous nous sommes emballées, comme si elle avait eu un pouvoir magique. Je le concède, j’exagère, mais je sais que le visage de Françoise irradiait de plaisir quand elle a porté à sa bouche, le succulent dessert. Et je sais que je ressentais le même effet sur ma langue.

Je suis accro au chocolat… mais jamais je ne dirai non à de la crème brûlée.

À la terrasse des Deux Magots

Filed under: Ailleurs — Lali @ 15:08

deuxmagots

J’aime vivre dans ma tête et puiser là tel souvenir ou telle image. Ainsi, celle de cette fois avec Jasmine et des amis québécois disparus depuis, nous avons bu du champagne à la terrasse des Deux Magots, peut-être le plus littéraire de tous les cafés parisiens. S’y sont côtoyés politiciens, artistes et écrivains, surréalistes à une époque, existentialistes par la suite.

Et tandis que je tenais ma coupe et que Jasmine entretenait les amis de mon ami Richard, je laissais mes pensées divaguer, imaginant les uns et les autres assis là. Plus particulièrement à l’écrivaine russe Elsa Triolet, muse de Louis Aragon, qui l’avait rencontrée à la Coupole et à qui il a dédié ses plus beaux poèmes. Je l’imaginais, elle, l’étrangère, devenue un peu des leurs, et à qui on doit notamment de très belles traductions d’auteurs russes, comme le poète Maïakowski. Elle pour qui un homme a acheté un moulin dans les Yvelines et qu’on a enterrée sous les hêtres, en 1970, comme elle en avait manifesté le souhait en 1953.

Un jour, je visiterai la Maison Elsa Triolet-Aragon. J’y retrouverai peut-être un peu de cette femme sur laquelle j’ai tant lu. Une des rares vraies muses du XXe siècle. Une muse qui savait inspirer tout en étant elle-même une artiste à part entière. Et une muse qui n’a jamais failli à la tâche. Qui a su pendant plus de 40 ans inspirer un poète comme l’amour.

J’ai été la muse d’un compositeur quelques mois, il en subsiste un enregistrement sur une cassette. D’un autre quelques semaines le temps que nous écrivions ensemble une nouvelle qui a été publiée depuis. Un autre m’appelait aussi sa muse, mais je ne sais pas au juste si j’ai su l’inspirer outre le nom qu’il me donnait et le fait qu’il ait été amoureux de moi.

Je ne souffre pas de n’avoir pas su dans aucun cas être une muse bien longtemps. Car l’important reste toujours que ça ait été et non pas que ça soit fini. Mais j’éprouve une grande admiration pour celle qui a su en être une sans défaillir pendant aussi longtemps et dont l’âme traîne encore sur une terrasse de Saint-Germain-des-Prés. Là où, il y a plus de quinze ans, je rêvais à elle et à une autre époque.