Lali

12 juillet 2006

Quand les livres et les mots suffisent

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 22:39

henrylamb

Rien ne peut déranger la lectrice. Ni une musique, ni quelqu’un qui entrerait dans la pièce. Elle est dans son monde, le seul où elle soit vraiment bien, le seul qui lui apporte ce dont la vie l’a souvent privée. Enfin, j’imagine. Je ne sais pas l’histoire de chacune. Je regarde les lectrices une à une et je leur invente une vie, mais curieusement l’idée de la solitude revient chaque fois comme une évidence.

Dans la plupart des toiles, les lectrices sont seules avec pour tout univers un seul objet: un livre. Lui seul a droit à un regard qui ne se lasse pas, à une attention soutenue, à une passion quasi dévorante. Le livre reçoit peut-être ce que la lectrice n’est en mesure de donner à quiconque.

Ce n’est pas une vérité, mais juste une impression qui se détache de cette toile de Henry Lamb comme de bien d’autres. L’impression que les livres ont un pouvoir sur certaines femmes, un tel pouvoir que ceux-ci peuvent remplacer – parfois, pas dans tous les cas – les hommes, les histoires sentimentales qui défilent, semblables et sans intérêt, les rencontres où entre en jeu la séduction. Mais je me trompe peut-être, ou pas. Ou alors je parle de moi, toujours et encore. Moi qui ai choisi les livres et les mots. Moi qui ai mis une croix ce qui est autre chose que l’amitié et qui y arrive très bien. Sans souffrir de ce manque dont on me parle.

Les livres et l’écriture m’ont toujours apporté davantage que l’amour, et les moments de solitude plus que les soirées à deux. C’est triste, me disent certains, que je sois rendue aussi rébarbative. Et pourtant, ce supposé vide dont on me parle est rempli et nullement triste. Je n’ai rien à défendre, rien à vendre et je ne veux convaincre personne.

Je suis dans mon monde comme est la lectrice de Lamb dans le sien. Et sûrement aussi bien qu’elle semble l’être.