Lali

22 mai 2006

Le théâtre du Rond-Point

Filed under: Ailleurs — Lali @ 21:00

trp

J’aime penser à Paris. J’aime fermer les yeux et m’y retrouver.
Souvenirs d’une glace chez Berthillon avec Monique. D’une promenade avec Hélène. D’un souper japonais avec Olivier et Sabine. D’un déjeuner avec Sonia sur les Champs-Élysées. D’une soirée au théâtre avec Jasmine.

Souvenirs si nombreux qu’il me faut raconter Paris par épisodes. Comme ils surgissent. Dans le désordre. Et c’est très bien ainsi. On ne range pas ses souvenirs, on les laisse se faire eux-même leur place.

Et ce soir, je me revois au Théâtre du Rond-Point, il y a 20 ans. Je revois la petite table du café du théâtre, où, arrivée tôt, je m’étais installée avec de quoi écrire et un livre. Je revois aussi à quelques mètres de moi, que je n’ai pas osé aborder, Jean-Louis Barrault. J’étais dans son théâtre, peut-être même plus sa maison que tout autre lieu. Il buvait son café, tout seul. Parfois, quelqu’un le saluait, lui demandait quelque chose en pointant du doigt une ligne sur une page. Mais toujours brièvement. Comme pour le laisser à ses pensées.

J’aimais le regarder sans troubler sa quiétude. Par pudeur, par respect, va savoir.

Le théâtre du Rond-Point sera toujours empreint de cette image de Jean-Louis Barrault, installé là, parce qu’il n’avait pas à aller ailleurs: toute sa vie était là, en ces murs. Dans ce lieu où ce soir-là j’allais voir Les amours de Jacques le fataliste d’après Diderot, dans un texte servi par Jacques Spiesser et Francis Huster, qui en avait fait l’adaptation.

J’ai un souvenir vague de la pièce. Le sentiment de quelque chose d’intimiste, mais d’aride en même temps. Mais peut-être ai-je tout faux. L’image de Barrault est plus forte que le souvenir de la pièce. Aussi forte que celle de sa peau blanchie dans Les enfants du paradis, revu à Haarlem l’année précédente, avec Annemarieke.

jlb

Lequel des deux Jean-Louis Barrault est plus présent dans ma tête ? L’acteur ou l’homme ? Celui du film de Carné ou celui assis à une table, tout seul ? Les deux, je crois, mais pas pour les mêmes raisons. C’est Barrault en Baptiste que j’ai d’abord connu bien avant de découvrir l’homme de théâtre, puis l’homme tout court.