Lali

21 janvier 2006

Les Entretiens

Filed under: Lieux de prédilection,Mon Montréal — Lali @ 11:47

plateauhiver

Il neige, une fois de plus. Et je pense à cette époque où j’habitais le Plateau Mont-Royal, le quartier de la ville sûrement le moins bien déneigé de Montréal. À combien il était difficile de se garer sur le boulevard Saint-Joseph, où j’habitais, et encore plus sur les rues qui le croisaient. Mais comme je trouvais belle la neige qui s’accumulait, malgré ce désagrément. Comme j’aimais me promener dans les rues de mon quartier et y faire mes courses.

C’était à une époque où le Plateau n’était pas ce qu’il est devenu. La gentrification commençait, mais n’était pas encore répandue. On pouvait encore se loger raisonnablement et les petits commerces pullulaient. Depuis, les prix ont triplé, les commerçants d’il y a dix ans ont déserté pour laisser la place à des bars, des cafés, des restaurants et des boutiques. Depuis, le Plateau qui avait une vie de quartier est devenu un quartier où il y a une vie, celle que les autres venus d’aileurs lui trouvent, en fait.

Il est bien de dire qu’on habite sur le Plateau, enfin, pour bien des gens. Car ça veut dire qu’on peut se le permettre. Et aussi qu’on est au centre de l’action montréalaise.
Je ne fais que constater, même s’il y a toujours sur le Plateau des endroits que j’affectionne. Mais ce n’est plus pareil, ce n’est plus chez moi. Ma banque est fermée, ma pizzeria aussi, et le bistro que j’aimais bien, aussi. Heureusement, le café Les Entretiens est toujours là. Il aura connu connu mes 20 ans, comme mes 40 ans, celui-là. Combien de cafés, de tranches de gâteaux, de salades y ai-je pris ? Combien de rendez-vous là aussi, sur le banc d’église en bois, avec un écrivain, une copine, ou quelqu’un du net ? Dans un cas comme dans l’autre, je serais bien incapable de les compter !

Ma vie est intimement liée à ce café. Je l’ai connu avant d’habiter tout près et je ne l’ai pas abandonné en quittant le quartier il y a presque huit ans. Quasi rien n’a changé toutes ces années. Le magnifique plafond est toujours aussi haut, le café aussi exquis, les desserts invitants, la musique esentiellement francophone, le décor simple mais chaleureux. Les visages ont changé, les toiles cèdent régulièrement leur place à d’autres, les affiches sont sans cesse renouvelées, mais le café a conservé son identité. C’est peut-être ce que j’aime; qu’il soit resté tel que je l’ai toujours connu. Situé rue Laurier, il a échappé au revampage qui a sévi sur la rue Mont-Royal, et conservé son cachet.

Il n’est pas beaucoup d’endroits où je me sente aussi bien qu’aux Entretiens. Et combien de fois ai-je marché dans la rue alors que la circulation sur les trottoirs ensevelis sous la neige était impraticable, pour retrouver l’ambiance du café ?

Je vous dirai qu’une chose, franchir la porte des Entetiens, c’est entrer là où on sera aussi bien que chez soi.