Lali

19 janvier 2006

Un dimanche à Kigali

Filed under: Sur grand écran ou sur scène — Lali @ 22:37

kigali

« Ceux qui désobéissent peuvent changer le cours de l’Histoire ».
C’est tout ce que demande Bernard Valcourt, interprété par Luc Picard, dans Un dimanche à Kigali; que ceux qui possèdent les rênes du pouvoir ne se laissent pas dicter leur conduite et qu’ils bougent.

Quand le film débute, Valcourt, journaliste québécois, arrive sur les lieux du massacre, dans un Kigali dévasté, après trois mois de détention à la frontière. Il est à la recherche de Gentille, une Hutu par son père mais physiquement Tutsi par sa mère, la femme qu’il aime et dont il a été séparé dans leur fuite.

Le film, faisant appel aux flashbacks tant pour nous raconter la situation qui dégénérait au Rwanda, le combat contre le sida dont les autorités locales faisaient fi qu’une histoire d’amour, est bouleversant du début à la fin. Oui, Valcourt est un héros des temps modernes, un chevalier au grand cœur, car il doit bien y en rester sur cette planète. Oui, Gentille est belle, jeune, naïve dans son amour et dans son obstination à refuser l’irréparable qui se trame et qui va éclater.

Il s’agit ici d’un drame de guerre poignant avec des scènes révoltantes d’une violence inouïe. Il s’agit là d’une réalité transposée d’abord dans le roman de Gil Courtemanche, puis dans le film de Robert Favreau. Une réalité d’autant plus révoltante quand on réalise à quel point la communauté internationale a baissé les bras face à la montée de violence qui ne s’est pas déclarée soudainement, comme on a voulu nous le faire croire, mais bien des mois d’avance. Une réalité qui donne des frissons d’horreur. Personne ne restera indifférent face à ce film.

Et d’une certaine manière, heureusement qu’une histoire d’amour ponctue le récit journalistique, car ce serait trop. Trop de morts, trop de violence, trop d’incompréhension. Un amour hésitant, puis passionné, comme probablement seule l’urgence peut en permettre, un amour dans lequel on plonge parce que la mort guette et qu’elle nous prendra à son tour, trop vite. Gentille, superbement campée par Fatou N’Diaye, succombe la première, parce que, justement, elle sent qu’elle n’a que cette chance d’aimer dans sa vie, que c’est maintenant ou jamais.

Quand la révolte sourde, quand un homme peut tuer les membres de sa propre famille, quand quelqu’un peut donner ceux qu’ils appelaient les siens pour sauver sa peau, quand on peut tuer à coups de machettes, quand on peut violer une femme sans être passible de peine, quand même les enfants sont massacrés, quand la torture est monnaie courante,que reste-t-il sinon que l’amour ? Et si celle ou celui qu’on aime disparaît, que reste-t-il après?

Un dimanche à Kigali soulève cette questions et beaucoup d’autres.
Je fais partie des privilégiés qui ont eu droit à une représentation spéciale, le film ne sortant sur les écrans que fin avril. Certaines images ne vont pas s’effacer de sitôt.

http://www.lecinema.ca/media/kigali_ba_wmv.php?resolution=HauteRes
pour la bande annonce du film

Quand je rêvais de Verviers

Filed under: Mes histoires belges — Lali @ 5:54

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Certaines villes, avant de les connaître, évoquent un souvenir bien précis. Verviers est une de ces villes.
Car quand je pense à Verviers, je retrouve forcément mon adolescence, celle-ci grandement alimentée par mes lectures. Et par des romans historiques publiés chez Marabout, qui avait alors son siège social à Verviers. C’est donc en remplissant des fiches bibliographiques pour les cours de français que j’ai appris le nom de cette ville qui est devenue dans mon imagination d’adolescente un haut lieu du savoir puisque de là me sont venues les biographies de Marie-Antoinette et de Gandhi.

J’ai rêvé de visiter Marabout, de voir comment les livres se fabriquaient, comment on les choisissait. De connaître les auteurs, de leur demander comment ils trouvaient les renseignements pour écrire tout ça. Oui, je rêvais d’aller à Verviers pour entrer dans le merveilleux monde des livres. J’y ai eu accès autrement depuis, et c’est un bel univers que celui-là. Un monde qui me fascine et dont je fais partie.

Quant à Verviers, la ville n’abrite plus le siège social de Marabout. Mais elle a son charme bien à elle. Je l’ai traversée avec Eugénie qui y travaille et qui y a habité. Elle commentait et moi je me disais que l’imaginaire venait encore d’entrer dans la réalité. Et je regardais, et nous étions bien.

La traversée de Verviers n’a pas été longue, malgré quelques arrêts ici et là.
Mais je retournerai dans le coin, un restaurant à la mémoire de Pierre Rapsat s’y est ouvert.

Verviers, ce n’est plus juste Marabout. Verviers, c’est maintenant une escale dans mon parcours belge.