Un café?
Il est peut-être sans goût, mais il est coloré! Vous le trouverez à quelques mètres du Monument-National.
Il est peut-être sans goût, mais il est coloré! Vous le trouverez à quelques mètres du Monument-National.
Le monde ne mourra jamais par manque de merveilles mais uniquement par manque d’émerveillement. (Gilbert Keith Chesterton)
*toile de Fran Zainal
Maintenant que le temps est brume
et incessant l’assaut
d’ombres et d’humeurs, j’écoute
dans tes pas les hurlements du vent
et la saison heureuse
qui nous a perdus
Roberto Veracini
(dans Les poètes de la Méditerranée)
*choix de la lectrice de September McGee
Avant d’ouvrir Mémoires d’une enfant gâtée de Brigitte Pilote, il vaut mieux que vous attachiez tout de suite vos tuques, parce que tout va défiler à la vitesse grand V pendant 160 pages.
Jeanne, la narratrice, n’a pas froid aux yeux et veut laisser sa marque à tout prix. Après tout, elle a les mêmes initiales que Jésus-Christ et Jacques Cartier. C’est bien assez pour être convaincue qu’elle a un grand rôle à jouer. Enfin, c’est ce qu’elle croit, comme elle croit aussi qu’elle n’est pas une petite fille, mais une adulte dans un corps d’enfant puisqu’elle se comporte comme une adulte, a un raisonnement plus aiguisé et plus mûr qu’en ont un les adultes de son entourage, et qu’elle semble savoir où elle va alors que son propre univers est en pleine perdition.
Brigitte Pilote a créé une héroïne qui vous décoiffera avec ses analyses, ses remarques à l’emporte-pièce et sa vitesse d’exécution. Jeanne, alors qu’elle n’a que huit ans environ, va de plus vous bousculer un peu en faisant d’un certain Henry M. qui n’a rien à voir avec Montherlant un héros parce qu’il a vécu l’enfer des camps de concentration et qu’il a voulu consacrer sa vie à aider les femmes à assumer leur choix.
Vraisemblable? Sûrement pas! On n’est pas ici à une exagération près. Tout dépasse le possible et devient caricatural. Du vrai délire, un délire qui glisse, que dis-je qui dérape totalement quand Brigitte Pilote déplace ses personnages dans une commune où parents et enfants vivent chacun de leur côté, ces derniers, privés de crayons, recevant pour toute éducation des phrases tirées de la Bhagavad-Gītā. Mais ça en valait la chandelle. Jeanne va devenir célèbre : un homme à la caméra d’or s’intéressera à son cas.
Si vous avez tenu le coup jusqu’ici, n’avez pas perdu le souffle dans la descente des montagnes russes de ce que je vous ai relaté des Mémoires d’une enfant manquée ni votre tuque au passage, ce livre est pour vous. Moi, j’ai eu un peu de mal avec l’exagération et l’invraisemblance.
Titre pour le Défi Premier Roman 
Qu’elle chante seule,
notamment, Zinga zinga,
Mata saudade, en compagnie de Fernando_Lameirinhas,
ou Ka no separa (version portugaise de Ne me quitte pas) en compagnie du Metropol Orkest, la Néerlandaise d’origine cap-verdienne Dina Medina vous séduira avec son album Mornamente, où rythme et chaleur sont au rendez-vous de chacune des pièces.
À écouter sans modération!
Aucun pessimiste n’a jamais découvert le secret des étoiles, navigué jusqu’à des terres inconnues, ou ouvert un nouveau chemin pour l’esprit humain. (Helen Keller)
*toile de Domenico Zampieri
Rien n’est plus beau
qu’un amour qui ne soit pas immortel
qui a la souple respiration du voilier
endormant la vague
prodige oui mais qui se sait tributaire
d’un vent si incertain
qu’il voudrait d’un seul déploiement de son erre
boire toute une nuit d’étoiles et de lune pleine
un amour comme une joie d’enfance
grandie de sa fin trop proche
ce qui se tient timide
au faîte de l’instant
nid d’hirondelle
dans le noir
ah ce n’est pas cela un amour de légende
qui se targue des mélancolies
et geint à genoux sous la couronne des roses
toi mon aimée demeure princière en ton rire
chaque matin devant ta mort et ma mort
sois libre et fière et ferme
car il suffit de la caresse d’un rire
pour que tout en nous se recompose
et que soit le monde uniment
sous nos mains le passage et la durée
la nudité d’une âme dans la douceur du corps
nous mourrons mon amour sans rien perdre
si nous séjournons visages étonnées
dans l’instant qui nous prolonge
et fait de nos gestes les plus simples
— baiser murmure épaule lente —
un feu dormant
demeurons mon aimée
fût-ce au cœur d’un sanglot silencieux
une joie ouverte
sommet de l’éclair
rire et bonté persistants
dans la disparition
Jean-Pierre Siméon
(dans Les poètes de la Méditerranée)
*choix de la lectrice d’Erin McGee Ferrell
Denise Boucher, dont la réputation n’est plus à faire depuis Les fées ont soif, ne s’était jamais adonnée au roman, privilégiant la poésie et la correspondance depuis sa grande entrée dans le monde de la dramaturgie. Elle signe donc son premier roman, à presque 80 ans.
Et tout un roman! Drôle, attendrissant, pas du tout politiquement correct, dans lequel la narratrice découvre, en rentrant d’Italie, que son appartement sous-loué en son absence est dans un tel état qu’elle se met à pleurer, en réalisant que la vieillesse vient de s’immiscer dans sa vie alors qu’elle n’avait jamais pensé à elle, et surtout pas à la préparer, car vivre est plus excitant que vieillir. N’importe quel professeur de taï chi vous le dira. Le sien, aussi.
La narratrice doit donc faire face à cette nouvelle donne imprévue. Elle marche moins vite, mais bon cela peut encore aller. Elle a des tonnes de bobos, des nouveaux en plus des anciens. Et puis? Cela ne doit pas l’empêcher de vivre dans la démesure, les projets et les rêves. Car l’adolescente qui sommeille en elle n’a jamais accepté de quitter son corps.
C’est donc pour contrer cet âge qu’elle rejette s‘il est synonyme de s’asseoir sur une chaise et attendre la mort que la narratrice imaginée par Denise Boucher s’ébroue et court en tous sens, écoutant l’une, aidant l’autre, tout en ne perdant pas de vue qu’elle doit aussi penser à elle-même de temps en temps. Pas question donc de bouder la cigarette : elle ne l’a pas tuée encore.
Et puis, pas question de se bercer non plus. Elle laisse ça aux autres. Ce qui donne un roman que d’aucuns taxeront de démesuré parce qu’ils ne veulent surtout pas savoir que vieillir ne signifie pas mourir. Parce qu’ils préfèrent imaginer que les vieux s’offrent de plus un joint de temps en temps et qu’il reste encore des rêves à leurs souliers. Au fond, cela les rassure de les mettre tous dans le même panier.
Mais Adèle n’a pas l’intention de joindre les rangs des vieux. Cinquante lettres adressées à sa sœur vous prouveront que Denise Boucher possède encore cette plume alerte et ce regard vif qu’elle a toujours eus. En fait, le livre fermé, il ne reste en tête qu’une seule question. Pourquoi a-t-elle attendu aussi longtemps pour écrire de la fiction?
Titre pour le Défi Premier Roman 
Croquées au Jardin botanique de Montréal où elles étaient plus que nombreuses, tant et si bien que ce sont là les premières d’une série…